Je sais que tes jours ressemblent aux pâles nuits que tu vis depuis que ce voleur de sourire a dérobé le tien. Je le sais trop bien parce que moi aussi, j’ai vécu des nuits blanches à me souvenir et des jours gris à ne pas plus dormir.

Je croyais, à tort, que je n’avais plus de raison de sourire. Mais un jour, j’ai bien réfléchi à tout ce qui m’était arrivé, à tout ce que je vivais à cause de cela et à tout ce qui se préparait pour l’avenir et je me suis mise à voir les visages des gens qui me supportaient.

Je voyais mon fils faire le clown pour me changer les idées, ma mère préparer de copieux repas pour me gâter, mes amis me téléphoner ou me sortir même quand je n’avais pas la tête à ça. Je voyais l’enquêteur désigné à mon dossier de plainte qui me jurait qu’il serait à mes côtés le jour J. Je voyais le procureur de la couronne décidé à faire condamner un homme qui avait osé s’imposer sur ma personne.

J’écrivais beaucoup à ce sujet, en faisant bien attention qu’on ne le reconnaisse pas, cet homme opportuniste, violent et méchant, celui qui avait profané mon corps dans tout ce que cela veut dire. Oui, j’écrivais sans cesse parce que l’écœurement que je ressentais était tel que j’avais besoin de cet exutoire.

Un jour pourtant, même si je croyais le bonheur perdu à jamais, je me suis posée la question : Que veux-tu exactement ? La justice ou la vengeance ?

Si, au commencement, je voulais réparation par vengeance en traînant en justice cet infâme individu, j’ai bien rapidement saisi toute l’ampleur de ma démarche lorsque les gens, réagissant à mes nombreux textes, m’ont écrit à leur tour.

J’ai pensé soudainement à toutes les victimes potentielles qu’il avait faites sans qu’elles n’aient le courage de le dénoncer. J’ai pensé à ses enfants et je me suis dit qu’ils étaient peut-être en danger. Et j’ai songé à toutes ces femmes qui pouvaient le croiser, comme moi je l’ai fait bien innocemment, et qui pourraient, si je n’y mettais pas un frein, se faire agresser elles aussi.

À ce moment, ne me restait plus que quelques mois avant le début des procédures en cour de justice. J’étais complètement démolie et je ne mangeais presque plus. J’enfilais les anxiolytiques comme on avale des bonbons. J’étais toujours dans une espèce de brouillard pour ne pas ressentir…

Et je me suis demandé ce qui me faisait tant défaut pour réapprendre à sourire. La douceur ! Voilà ce dont j’avais un urgent besoin. J’ai donc fait un ménage imminent dans mes connaissances et amis de l’époque comme ceux qui me jugeaient à mots couverts. Du coup, je me suis retrouvée plutôt esseulée. Mais j’ai tenu bon. Et puisque la vie n’aime pas le vide, d’autres personnes sont venues à ma rencontre et elles étaient vraiment charmantes avec moi.

C’est de la douceur de tous ceux qui étaient restés près de moi et de tous ceux qui s’étaient ajoutés dans ma vie que j’ai puisé le courage pour m’en donner aussi, de la douceur. Ces quelques mois qui me séparaient de la grande confrontation, je les ai aimés et choyés. J’ai savouré ainsi chaque moment.

Quand le jour J arriva, je ne me sentais pas seule. Oui, une amie m’accompagnait ce jour-là, mais dans mon cœur, j’avais avec moi une armée de gens qui m’aimaient et qui me soutenaient. J’étais peut-être vulnérable, mais c’était là une très grande force dans laquelle j’ai puisé chaque réponse que je devais donner.

Je sais que tout n’est pas rose pour le moment et je ne te mentirai pas. Il faut du temps. Mais dans tes moments sombres, pense à moi et à tous ceux et celles qui sont passés par le même chemin que toi.

Ensemble nous t’épaulerons, nous te seconderons, nous t’aimerons si fort que tu n’auras jamais été une personne si fière et forte, courageuse et volubile. Et dans ton cœur, quoi qu’il arrive en ce fameux jour, tu remporteras la plus belle chose qui soit : ta dignité tu récupéreras et ton sourire tu retrouveras.

Josée Durocher

auteure et blogueuse

Elle a choisi d’épouser trois causes sociales importantes: l’autisme et les agressions sexuelles ainsi que les violences conjugales. Ayant été victime trop souvent dans sa vie, elle a su, à force de résilience, se relever la tête et marcher vers son chemin de guérison. C’est un message positif qu’elle partage avec ses mots qui se veulent de véritables phares dans la noirceur trop commune vécue par trop de personnes.