Dans mon plus récent texte intitulé Autisme et « flashbacks » ne font pas bon ménage, il était question de statistiques atroces concernant les femmes autistes victimes d’agressions sexuelles.

Effectivement, ce n’est pas moins de 90% de cette catégorie de femmes qui sont victimes de telles violences.  Beaucoup de lecteurs nous ont alors questionnés à ce sujet et nous ont écrit pour qu’on leur explique pourquoi ce pourcentage est si élevé du côté de l’autisme au féminin.

PETIT TOUR DE L’AUTISME EN ACCÉLÉRÉ

L’autisme est un grand spectre dans lequel on situe plus ou moins les gens qui le portent d’après différents facteurs déterminants.  Chez la femme autiste, sa vulnérabilité relève souvent de sa très grande candeur.  Mais si on creuse un peu plus, on se rend bien compte qu’il n’y a pas que la naïveté qui entre en ligne de compte.

Ainsi, elles peuvent avoir des difficultés de communication et on leur accorde vraiment très peu de crédibilité lorsqu’elles dénoncent une agression.  Leur manque de connaissances et d’éducation sur le sujet de la sexualité doit être retenu comme un facteur élevant le risque d’être un jour des victimes.

Les femmes autistes ont également, et souvent, du mal à reconnaître un danger potentiel qui peut sembler évident pour les autres.  Elles peuvent s’emmêler quand vient le temps de reconnaître les gestes appropriés de ceux qui ne le sont pas et vice-versa.

Aussi, l’isolement dont elles sont victimes contribue souvent à la propension des crimes sexuels perpétrés sur elles.  Lorsqu’elles ont besoin d’attention et d’affection, elles peuvent se méprendre sur les intentions d’un abuseur ou d’un agresseur.

Fréquemment isolées au point de vue financier, sans toujours avoir suffisamment d’argent pour vivre seules, les femmes autistes sont plus susceptibles d’être victimes.  Elles peuvent aussi souffrir de dépendance physique ou psychologique, ce qui ne vient en rien aider la situation.

Leurs relations interpersonnelles peuvent être très difficiles et elles considèrent souvent que ce genre de relations est acceptable puisqu’elles ne connaissent majoritairement que cela.  Aussi, elles sont habituellement prédisposées, par leurs expériences passées, à la soumission et à l’obéissance aux règles établies par une figure d’autorité.  Elles ne sont pas habituées à exercer un réel pouvoir décisionnel sur leurs vies ni un contrôle de ces dernières.

Beaucoup de femmes autistes ont peu d’estime d’elles-mêmes et n’ont donc aucune notion de confiance en soi.  Elles ignorent également et souvent leur droit de refuser de se prêter à des actions sexuelles auxquelles elles n’ont pas envie de prendre part.

Évidemment, on parle des femmes, mais ces données sont les mêmes pour les hommes qui, ne l’oublions pas, sont aussi victimes de violences sexuelles. Il est d’ailleurs statué que la population autiste, femmes et hommes, est victime de sévices sexuels à 70%.

DE LOURDES CONSÉQUENCES

Outre les conséquences physiques notoires, comme les infections qui peuvent être transmises sexuellement, les grossesses non désirées ou les lésions génitales, on doit également tenir compte des conséquences psychologiques et comportementales.

Ainsi, la dépression et les états dépressifs arrivent en premier plan.  Ils sont suivis par l’angoisse, la régression à un stade inférieur de développement (dans certains cas) ou des difficultés au niveau interpersonnel ainsi qu’à l’isolement.

Ajoutons à cela de graves manifestations d’inconfort lorsqu’elles sont touchées (certaines ont déjà ce genre d’inconfort sans qu’il y ait eu d’agression ou d’abus sexuels), de l’inconfort particulier à l’endroit de certaines personnes, un manque d’efficacité à l’école ou au travail.

Mais ce n’est pas terminé.  Elles éprouvent souvent des ennuis de santé, de la peur, de l’anxiété, sont atteintes de stress post-traumatique, de troubles envahissant du sommeil, de troubles du comportement ou de comportements sexuels inadéquats.

LA PRÉVENTION

Il est possible pour les personnes autistes, femmes ou hommes, d’apprendre, à l’aide de programmes d’éducation et d’outils adaptés à leur niveau de compréhension, des façons de prévenir les agressions sexuelles.

Dr Isabelle Hénault, sexologue et psychologue, m’explique qu’avec l’aide de la thérapie cognitivocomportementale, il y a de grandes chances pour ces patients de s’en sortir et d’émerger pour donner suite à de telles violences.

Souvent, après quelques années de thérapies, certaines femmes reviennent à la rencontre de Dr Hénault, accompagnées de nouveaux conjoints qui sont aimants et qui désirent aider leurs compagnes à s’en sortir, enfin.

Dr Hénault est coauteure avec Anick Martin du livre Êtes-vous une Aspergirl qui s’ignore?, dont la sortie est prévue l’automne prochain.   Cet ouvrage est né d’une collaboration avec Valentina Pasin et nul autre que le très renommé psychologue américain Tony Attwood. Nous attendons avec impatience la venue de ce livre qui mettra en lumière la sexualité des femmes Asperger.

Rappelons que Dr Isabelle Hénault est directrice de la Clinique Autisme et Asperger de Montréal qui aide au diagnostic de plusieurs Asperger tous genres confondus et qui leur propose également de la psychothérapie. Elle est marraine de AFFA (femmes autistes Asperger francophone) situé en France.

Nous la remercions grandement pour sa contribution à cet article et pour la documentation qu’elle nous a fournie.

Clinique Autisme et Asperger de Montréal

Josée Durocher

auteure et blogueuse

Elle a choisi d’épouser trois causes sociales importantes: l’autisme et les agressions sexuelles ainsi que les violences conjugales. Ayant été victime trop souvent dans sa vie, elle a su, à force de résilience, se relever la tête et marcher vers son chemin de guérison. C’est un message positif qu’elle partage avec ses mots qui se veulent de véritables phares dans la noirceur trop commune vécue par trop de personnes.