Au début juin, j’ai été très interpellée par l’histoire de la jeune Noa Pothoven , victime de viols à trois reprises et d’agressions sexuelles. Elle souffrait de dépression sévère et de trouble alimentaire. Sa souffrance étant trop grande, elle avait demandé l’aide à mourir. Cet aide lui ayant été refusée, elle est décédée après avoir cessé de s’alimenter et de s’hydrater. Une enquête gouvernementale sera ouverte pour éclaircir l’histoire de Noa Pothoven aux Pays-Bas.

Au-delà de cette histoire d’une tristesse inouïe, j’ai également été profondément ébranlée par les nombreuses réactions face à sa demande d’aide à mourir et le débat qui s’en suivi sur la demande d’euthanasie pour les personnes souffrant de maladies mentales. Un débat déjà bien ouvert dans d’autres pays et une pratique déjà autorisée en Belgique et aux Pays-Bas dans certains cas particuliers pour lesquels la souffrance serait qualifiée « d’insupportable et sans perspective d’amélioration ».

Quand nous ouvrons un débat sur la possibilité d’euthanasie chez les personnes souffrant d’une maladie mentale, à mon avis, nous manquons de transparence et d’intégrité.

Pour reprendre cette histoire, cette jeune femme a demandé l’euthanasie pour avoir été victime de viols et d’agressions sexuelles. Telle est la vérité : j’ai été victime de viols et je demande l’euthanasie tellement grande est ma souffrance.

Mais quel message choisissons-nous collectivement d’envoyer? Quel message les victimes d’agression sexuelles percevront si l’on accepte l’euthanasie dans ces cas? Qu’il est impossible de se remettre d’un tel traumatisme... C’est d’ailleurs un commentaire qui revenait souvent : « On ne se remet jamais de ce type de traumatisme, elle est bien mieux morte. » Ouf… !

Un raz-de-marée de questionnements me vient en tête depuis. Bien forcée d’admettre que c’est une réalité qu’on ne peut nier. Celle de la société dans laquelle nous vivions. Celle du chacun pour soi. Celle dans laquelle prévaut l’individualisme. Celle dans laquelle les émotions et la souffrance humaine n’ont plus de place, effraient et font fuir.  

La résilience, un magnifique concept qui exprime la capacité pour un individu de poursuivre son développement et sa construction identitaire suite à un traumatisme. « La résilience est la capacité à vivre, à réussir, à se développer en dépit de l’adversité », selon Boris Cyrulnik. Or, la résilience ne peut se faire que dans un lien de confiance, de sécurité, d’empathie avec autrui. C’est la clé. C’est essentiel.

Alors, on la puise où cette résilience?

Quand personne ne veut entendre ces indicibles, surtout quand il s’agit d’enfant, surtout quand il s’agit d’inceste. Quand la vie va trop vite, que les horaires sont trop chargés et qu’on te dit qu’on n’a pas le temps pour t’écouter. Quand les gens sont eux même pris avec leur propre détresse. Quand l’altruiste ne fait plus partie de nos valeurs collectives. Quand la société entière nous fait croire que le bonheur des autres n’est pas de notre affaire. Quand on t’envoie directement chez un psy pour ne pas à avoir à écouter ta souffrance parce qu’elle fait peur, qu’on la juge trop lourde. Quand tu dois gérer les émotions des autres en plus des tiennes. Quand tout s’effondre autour de toi quand tu oses briser le silence. Quand tu perds ta famille et tes amis, quand ta vie vole en éclat. Quand la société juge et méprise encore ceux qui dénoncent, ceux qui ont été violentés.

Le véritable débat que nous devrions avoir est la part de responsabilité collective que nous avons face à la détresse et la souffrance d’autrui. Nous sommes tous concernés comme par exemple, dans ce cas-ci, part les violences sexuelles que subissent encore un trop grand nombre de personnes. Le bonheur tout comme la souffrance nous concerne tous, en tant qu’être humain social, nous vivons tous en interdépendance. Nous avons tous le pouvoir de changer la vie d’une personne en lui apportant soutien au moment crucial où elle en a le plus grand besoin.  

Parce que dans notre société actuelle, il est toujours plus facile de se déresponsabiliser en disant que le traumatisme est trop grand pour s’en remettre. Que la personne est détruite à tout jamais, que la reconstruction de soi est impossible. Que son cerveau comporte trop de séquelles psychologiques. Qu’on ne se remet jamais d’un tel traumatisme. Que la personne souffre d’une maladie mentale « incurable ». Que l’euthanasie est pour « son bien ».

La vérité est que nous avons si peur du vécu humain et nous ne savons quoi en faire…

Nous ne savons pas comment accueillir les émotions humaines. Nous ne savons pas comment offrir une simple qualité de présence, sans jugement, sans conseil. Alors, dans ces conditions, que reste-t-il à une personne prisonnière de sa souffrance?

On peut se remettre de traumatisme engendré par des violences sexuelles.

Mais, la société, collectivement, a un rôle majeur à jouer dans cette capacité à rebondir que nous avons tous les êtres humains. On nous parle d’interventions, de soins et de suivis psychologiques, de maladies mentales. Mais, au-delà des soins et de la maladie mentale, il y a l’être humain qui ne demande qu’à être reconnu, considéré, écouté dans un climat bienveillant, empathique, sécurisant. Alors, pour puiser notre résilience, peut-être devrions-nous collectivement prendre les moyens et le temps d’investir dans la relation humaine et affective.

Mélanie Ouimet

Auteure et blogueuse

Je m'appelle Mélanie Ouimet, j'ai 30 ans et je suis autiste. Je suis mariée et je suis maman de trois enfants de 5 ans, 3 ans et 15 mois, autistes ou en attente d'un diagnostic. Je suis la fondatrice du mouvement de La Neurodiversité - L'autisme et les autres formes d'intelligence qui a été crée en janvier 2015. La neurodiversité, c'est la beauté de la nature, de la vie. Chaque être vivant est différent dans chaque partie de son corps et de son esprit.