Attention :  Ce texte pourrait toucher certaines personnes, en choquer d’autres, mais nul ne restera indifférent.

Je suis autiste Asperger.  J’ai été victime de violences sexuelles à plusieurs reprises dans ma vie.  Certaines personnes m’ont jugée ou critiquée sévèrement pour l’infamie qu’on a ainsi fait subir à mon corps.  Certaines personnes me trouvaient vraiment stupide de me faire avoir la dernière fois tout comme la première.  

Honnêtement, je ne sais trop où cette rédaction va me mener car j’ai l’intention d’ouvrir les horizons sur deux sujets méconnus :  l’autisme et les violences sexuelles.  À vrai dire, peu de personnes semblent parler de ces sujets quand, comme moi, ils ne détiennent pas de doctorat ou une spécialisation en relation d’aide.

Dans le monde autistique

Je ne parlerai pas des autres, juste de moi.  Mais les autres, vous savez…. Ils existent, eux aussi, et sont nombreux à souffrir, souvent en silence, parce que personne n’est là pour les écouter.  De mon côté, j’ai su (ou j’ai eu la chance de) trouver des gens qui m’ont aidée psychologiquement. Mais ce ne fut pas chose facile pour autant.

En tant qu’Asperger, je souffre d’hypersensibilité.  Je suis donc hypersensible à mon environnement et à tout ce qui le compose.  Ainsi l’éclairage d’une pièce peut me fatiguer, les sons entendus quotidiennement aussi, la température, etc.

Je suis aussi une hypersensible quand vient le temps de parler d’émotions.  Souvent, on croit à tort que les autistes sont des êtres dénués d’émotions.  C’est faux.  Nous en avons comme tout le monde!  Dans mon cas, j’ai juste beaucoup de mal à les vivre… à les gérer.  Pour imager mes propos, disons que tout ce que je vis, je le vis mille fois plus intensément que quelqu’un qui n’a pas ma condition d’Asperger.

Une agression

Quand on m’a agressée en 2015, j’ai cru devenir complètement folle.  J’ai vécu ce que toute victime vit, c’est-à-dire de l’anxiété, de la peur, du doute, de la honte, de la culpabilité, etc.  Comme expliqué plus haut, tout cela était très intense dans mon cas.

Et c’était aussi le cas des fameux « flashbacks ».  Lors de telles reviviscences, les victimes ont la nette impression de revivre le souvenir douloureux.  Dans mon cas, encore une fois, c’était insoutenable!  L’agression se répétait en boucle dans ma tête et cela m’a pris plus de deux ans avant que tout cela ne devienne vivable.

Les victimes le savent bien. Une odeur, une image ou un son peuvent les ramener au cœur de l’agression qu’elles ont subie tant et ce, aussi longtemps qu’elles n’ont pas « nettoyé » ces souvenirs si durs à vivre.

En ce qui me concerne, j’ai travaillé très longtemps au cours de ma psychothérapie pour tenter de m’en défaire.  L’été suivant le viol, j’ai même eu des séances à raison de deux par semaine.  

Je ne savais pas, à l’époque, que j’étais autiste Asperger.  Je ne savais pas non plus que c’est au bas mot 90% des femmes autistes qui sont victimes d’agressions sexuelles. Cela concerne aussi l'autisme avec déficience intellectuelle.  La Dr Isabelle Hénault, sexologue et psychologue ainsi que directrice à la clinique Autisme et Asperger de Montréal a eu le gentil réflexe d’accepter  de m’accorder un moment avec elle afin de répondre à mes questions.

« Il n’y a pas que les Aspergirls (femmes Asperger) qui sont victimes d’une telle violence.  On retrouve des victimes sur tout le spectre de l’autisme! »

La Dr Isabelle Hénault s’est spécialisée dans le domaine des relations interpersonnelles et de la sexualité auprès des personnes Asperger.  Elle est connue mondialement pour son programme d’éducation socio-sexuel adapté et elle met son grain de sel dans plusieurs recherches au niveau mondial portant sur l’éducation sexuelle et la psychothérapie auprès des autistes Asperger.

Elle a reçu en consultation plusieurs femmes Asperger qui trouvaient, enfin, une personne de confiance pour se livrer et se libérer de l’emprise des toujours trop nombreux secrets associés aux violences sexuelles.

Pour avoir eu l’honneur de discuter avec elle au sujet de l’autisme, je peux vous assurer que je comprends parfaitement toutes celles qui vont vers cette femme douce et aimante.

« Les autistes vivent vraiment leurs émotions intérieurement de manière très forte.  En ce qui concerne les reviviscences, c’est véritablement comme de revivre le drame une fois de plus. »

Dr Hénault s’empresse aussi de me spécifier que si le pourcentage est si élevé concernant les femmes, ce n’est pas moins de 70% de la population autiste, tous genres confondus, qui serait victime d’agressions à caractère sexuel. Il est possible de traiter l’abus sexuel et le choc post-traumatique qui l’accompagne. L’approche est adaptée à l’autisme et permet, par l’éducation et la psychothérapie, d’atténuer les symptômes et de ré-apprivoiser la sexualité dans son ensemble (image corporelle, intimité, plaisir, etc.) C’est un long travail mais qui en vaut la peine.

Un retour vers soi

Après ma discussion pour le moins révélatrice avec cette femme si intéressante, je n’ai pas eu d’autre choix que de me déposer et me recentrer.  J’avoue qu’une certaine forme de découragement s’est emparée de moi :  je ne pouvais pas croire à ces pourcentages si alarmants quand je sais, en tant qu’autiste, comment cela se traduit chez les victimes.

Après un mal de bloc digne de ce nom et quelques larmes versées, c’est vers vous que j’ai décidé de me tourner.  Je ne m’explique pas toujours bien comment j’ai fait le tour de force de m’en sortir et j’ai mal à l’idée que d’autres vivent des drames aussi épouvantables.

Nous sommes 7 millions de mousquetaires et nous défendons toutes les victimes!  Je sais que ce texte ne passera pas sous silence.  Je sais que vous serez d’avis qu’on doit défendre les plus vulnérables d’entre nous comme nous nous affairons à le faire ici en sensibilisant la population sur de telles problématiques.

Merci de ne pas juger les limitations qu’ont certaines personnes à ne pas voir venir les coups.  Leur vulnérabilité, justement, fait d’elles des proies faciles.  Mais c’est en parlant que nous pourrons les éduquer.  Alors, passons l’information au suivant… SVP, passons l’information!

Nous remercions la Dr Isabelle Hénault pour son implication pour la cause, la sensibilisation et l’éducation.

Informations complémentaires sur le site de l’AFFA.

Josée Durocher

auteure et blogueuse

Elle a choisi d’épouser trois causes sociales importantes: l’autisme et les agressions sexuelles ainsi que les violences conjugales. Ayant été victime trop souvent dans sa vie, elle a su, à force de résilience, se relever la tête et marcher vers son chemin de guérison. C’est un message positif qu’elle partage avec ses mots qui se veulent de véritables phares dans la noirceur trop commune vécue par trop de personnes.