Cette photo a fait le tour du monde. Peut-être même plusieurs fois, à ce stade. Message de paix, d’amour et d’espoir, témoignage poignant d'une époque que l'on espère tous révolue (celle des guerres, s’entend), ce cliché de la victoire sur le Japon en 1945 garde une symbolique aussi puissante que positive.

Pourtant, nous savons depuis qu’il cache une face bien plus sombre… ce qui ne l'empêche pas de conserver toute son aura encore aujourd'hui ! Qu'en est-il réellement ? Petite piqûre de rappel.

La version officielle

V-J Day in Times Square, de son petit nom, est une célèbre photographie réalisée par le photographe Alfred Eisenstaedt pour le magazine Life, prise en 1945 au cœur du quartier de Time Square, à New York. V-J signifie « Victory over Japan » : le cliché célèbre donc la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec la reddition du dernier belligérant.

Prise le 14 août 1945, elle est initialement publiée dans le numéro 9 du magazine Life une semaine plus tard. Elle fait partie d’une collection de 14 photographies d'un article intitulé « Victory celebration » (qu'on ne fera pas l'affront de vous traduire), montrant des scènes de liesse à travers tous les États-Unis, à l'annonce de la fin de la guerre.

V-J Day, avec 4 autres photographies, fait l'objet d'une double page intitulée « Les hommes de guerre embrassent d'une côte à l’autre ». Elle a droit à sa pleine page côté droit, et est affublée de la légende suivante : « Au milieu de Times Square, à New York, une fille vêtue de blanc s’agrippe à son sac à main et à sa jupe pendant qu’un marin sans retenue plante fermement ses lèvres sur les siennes ».

La légende aurait donc dû rapidement nous mettre la puce à l'oreille !

La vérité

La jeune femme a en effet de quoi agripper sa jupe et son sac à main : des témoignages ultérieurs racontent en effet que les deux personnages ne se connaissaient absolument pas, et que la femme se fait arracher un baiser de force. Ce symbole du romantisme en prend tout de suite un sacré coup.

Si les protagonistes n'ont pas été clairement identifiés par le photographe, une assistante dentaire du nom de Greta Friedman assure être la femme de la photo. Et son témoignage est édifiant : à l'occasion de la sortie du livre The kissing sailor en 2012, elle témoigne dans plusieurs journaux qu’elle n’était absolument pas consentante pour ce baiser.

Greta dit ne pas avoir vu s'approcher l’homme, s'être faite attraper par surprise, et ne pas avoir pu se défendre face à cet homme très fort qui l'embrassait, sans évidemment qu'elle le lui rende.

Il s'agit donc ni plus ni moins d'une agression sexuelle, immortalisée et rendue célèbre à travers le monde. Peut-on comprendre la joie d'un marin qui fête la fin de la guerre ? Bien sûr, nous ne sommes pas des bêtes. Cela devait être une euphorie incroyable et inégalable. Donne-t-elle pour autant le droit de disposer du corps d'une femme non consentante ? La question ne mérite même pas d'être posée.

V-J Day on Times Square, la fin d’un mythe. Ou pas.

Malgré ces révélations effarantes, la photo n'a rien perdu de sa superbe. Ainsi, en 2015, des centaines de couples ont cru bon de recréer ce célèbre baiser à Times Square. Il a même entre-temps inspiré une statue géante dans le quartier. Le cliché continue donc d'être admiré comme un incroyable symbole de romantisme et d'amour, alors que c'est bien tout l'inverse qui se cache derrière. Cette face cachée de la photo ne l'est pourtant plus réellement, suite aux nombreux articles révélant le fin mot de l’affaire.

Il est assez effarant de voir que cela n'a rien changé à l'appréciation positive de l'opinion publique sur ce cliché historique : voilà qui en dit long sur le long chemin qu'il reste à parcourir avant de réellement respecter l’égalité homme-femme, et l'intégrité de tous…

Donald Duguay

Fondateur - rédacteur

Fondateur du mouvement, il est animé d’une grande passion à venir en aide au suivant. De victime d’agression sexuelle à survivant, il choisit maintenant de devenir un agent de changement au service de la cause.