Cette agression qui n’est pas à moi…

Couchée en position fœtale dans un lit qui me semblait tout à coup beaucoup trop grand et froid, je me suis remémoré cette phrase qu’une thérapeute m’avait dite : « Ce ne sont pas “tes” agresseurs… Ce sont “les” agresseurs. »

En tant que victime, on a souvent tendance à s’approprier l’agression et l’agresseur. On dit : « mon agression, mon viol, mes abus, mon agresseur, mon violeur, mon abuseur ». Et c’est peut-être là, dans ces adjectifs possessifs, que la grosse partie de nos reviviscences prennent forme.

Parce qu’à s’approprier l’agression ou l’agresseur, on en devient responsable et même coupable. Alors, pourquoi ne pas redonner ce qui appartient à l’autre et commencer, même si ce n’est pas toujours facile, à marcher vers notre chemin de guérison ?

J’étais celle qui s’appropriait tout ce qui m’arrivait et j’avais tort. J’avais tort parce que ces crimes ne m’appartenaient pas ni la honte que j’éprouvais. Alors, pour ce qui est de la culpabilité et de la responsabilité, on devine bien qu’il était faux de croire que je devais les porter aussi.

Les victimes ont bien assez de vivre les agressions et tout ce qui s’ensuit sans devoir en ajouter. Le jour où j’ai compris tout ça est un jour heureux puisque j’ai véritablement commencé à aller mieux.

Comme j’avais déjà été victime et que j’avais décidé de consulter une thérapeute pour me donner une chance supplémentaire de m’en sortir, j’étais fière d’avoir su retenir ces mots-clés : « Ceci n’est pas mon crime et ce n’est pas ma honte non plus. »

Durant les deux années qui ont suivi l’agression dont j’ai été victime en 2015, je me suis répété ces mots chaque jour, tel un mantra, même les jours où j’y croyais plus ou moins. Cela a eu pour effet que le jour J, devant un juge à l’air sévère, j’étais plus sûre de moi.

Oh, il y a bien des gens qui, dans mon entourage, ont tenté de me faire sentir coupable et responsable de ce que j’avais vécu. Cela m’a fait mal, mais pour un moment seulement. Parce que je n’étais ni coupable ni responsable et si, oui, il y a une part de responsabilité dans toute l’histoire, c’est bien dans la guérison qu’elle se situe.

Je suis responsable de comment je veux vivre ma vie maintenant et c’est à ça que je m’accroche actuellement. Et, honnêtement, c’est à ça que je veux m’accrocher pour le reste de ma vie. Ce sera mon mantra à moi et pour toujours.

Nous ne sommes pas obligés d’être des victimes toute notre vie ! Vient un moment où nous sommes également guerriers. Et, ensuite, vient le moment où, calmés, nous acceptons de vivre avec ce qui nous est arrivé, pas pour en souffrir pour toujours, mais pour être conscients que nous nous en sommes sortis, enfin.

J’ai, pour ma part, beaucoup de reconnaissance envers tous les intervenants que j’ai rencontrés suite aux agressions que j’ai subies. Si j’avais tant de choses à penser quand ça m’est arrivé et que j’ai aussi vécu des moments qui me semblaient hors du temps, une chose est bien réelle toutefois, toutes leurs paroles bienfaisantes prononcées doucement ont réussi à me calmer de ces trop gros coups de vent.

Josée Durocher

auteure et blogueuse

Elle a choisi d’épouser trois causes sociales importantes: l’autisme et les agressions sexuelles ainsi que les violences conjugales. Ayant été victime trop souvent dans sa vie, elle a su, à force de résilience, se relever la tête et marcher vers son chemin de guérison. C’est un message positif qu’elle partage avec ses mots qui se veulent de véritables phares dans la noirceur trop commune vécue par trop de personnes.