Comment grandir à partir de notre douleur

Écrit par
Mark Manson

Comment grandir à partir de notre douleur

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Mark Manson

Comment grandir à partir de notre douleur

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Mark Manson

Marguerite Johnson est née à la fin des années 1920 en Arkansas. Johnson, une femme noire et pauvre dans un sud gangréné par la ségrégation, n’avait pas vraiment un avenir prometteur. Elle a enduré les épreuves qu’ont endurées pratiquement tous les Afro-Américains pendant et au-delà de la ségrégation: statut de citoyen de seconde classe, exclusion économique et sociale, peur quasi constante des menaces physiques, la terreur, etc.

Comme si cela ne suffisait pas, les événements particuliers de la vie de Johnson ne lui faciliteront pas la tâche non plus.

À sept ans, elle a été violée par le petit ami de sa mère. Elle n'en a parlé qu'à son frère. Quelques jours plus tard, son agresseur a été retrouvé mort.

Elle a été tellement traumatisée par ces événements qu’elle n’a pas parlé à voix haute pendant cinq ans et demi. En marge de la société, de l'extérieur comme de l'intérieur, Johnson était apparemment enchaînée à une vie dure et solitaire empreinte de lutte et d'isolement.

Marguerite Johnson, cependant, changera plus tard son nom en Maya Angelou et deviendra une danseuse, une actrice, une scénariste, une poète, une leader éminente du mouvement des droits civiques des années 1960 et la première femme noire à écrire un best-seller hors fiction, ses mémoires, Je sais pourquoi l’oiseau en cage chante (I Know Why the Caged Bird Sings). Elle a remporté de nombreux prix dans plusieurs domaines et a même prononcé un discours inaugural à la présidence en 1993 (1).

Et ce qui était peut-être le plus impressionnant, c’est que, à un moment donné, Angelou a admis qu’elle n’était pas devenue ce qu’elle était malgré son traumatisme précoce, elle est devenue ce qu’elle était à cause de cela. Quand elle a écrit, elle a dit qu'elle avait écrit sur ses cicatrices, cicatrices qu'elle seule pouvait voir, toucher et sentir.

Soyons réalistes: le traumatisme n’est pas une « bonne » chose dans la vie. Toutes choses étant égales par ailleurs, aucun de nous ne devrait avoir à vivre ces choses horribles. Mais cela nous arrive à tous, à un moment ou à un autre. C’est simplement une réalité de la vie.

La plupart d'entre nous vivons au moins cinq ou six événements traumatisants au cours de notre vie: nous perdons un de nos proches, nous divorçons, nous perdons un emploi, nous obtenons un diagnostic effrayant chez le médecin, nous nous faisons agresser encore et encore - et la plupart du temps, après l'un de ces événements, nous en sortirons au moins un peu plus forts, un peu plus sages, et un peu une meilleure personne d’une certaine manière. (2)

Robuste face au trauma

Jusqu'à relativement récemment, le domaine de la psychologie étudiait principalement la façon dont le traumatisme nous fout en l’air. Il est logique que les psychologues pensent cela depuis des lustres.

À ses débuts, il y a plus de 100 ans, en tant que « science du charlatan », seuls les plus désespérés et les plus perturbés ont eu recours à une aide psychiatrique. Les gens ordinaires avec des problèmes courants ne sont pas allés voir ces pseudos scientifiques parce que c’était toujours quelque chose qui était stigmatisé, embarrassant ou honteux (et qui l’est malheureusement toujours).

En conséquence, les quelque 50 premières années de pratiques psychologiques / psychiatriques ont porté sur des cas vraiment difficiles. Vous savez, schizophrènes, maniaco-dépressifs, personnes suicidaires, etc.

Cela a créé une sorte de biais de sélection. Étant donné que les psychologues n’étudiaient que les cas de santé mentale les plus extrêmes, et que la quasi-totalité de ces cas impliquait un patient traumatisé par un terrible traumatisme, les premiers psychologues en arrivèrent à la conclusion logique que le traumatisme entraînait des problèmes de santé mentale de facto.

Mais ceci s’avère être faux. Et, en fait, c’est souvent le contraire.

Ce n’est que lorsque la psychologie et la psychiatrie ont pris de l’ampleur que le domaine a commencé à comprendre que les traumatismes sont incroyablement courants. En fait, le traumatisme est une réalité de la vie. Et non seulement la plupart d’entre nous ne succombent pas à de graves crises mentales, mais de nombreuses personnes finissent par grandir et devenir plus fortes en raison de leurs douleurs passées. Près de 90%, des personnes ayant vécu un événement traumatique connaissent également au moins une forme de croissance personnelle au cours des mois et des années suivants. (3)

Ces personnes finissent par ressentir un plus grand sens de l'appréciation dans la vie, leurs priorités changent, leurs relations sont plus chaleureuses et plus compatissantes, elles sont plus intelligentes émotionnellement, elles puissent dans une plus grande source de force personnelle et elles voient de nouvelles possibilités dans leur avenir. Une vie qu’ils n’avaient même jamais envisagée auparavant.

Maintenant, avant de continuer à vous dire: « Mon Dieu, Mark Manson a déclaré que tout ce que je devais faire, c’était de vivre une partie de l’expérience de ce traumatisme déchirant qui me pulvérise cœur, et ma vie deviendrait finalement comme je la veux. Abordons donc ce traumatisme!

Euh… Non. Il y a plus que ça.

Le traumatisme n’est pas la fin, c’est le début

Il s’avère que le traumatisme dans nos vies, sous quelque forme que ce soit, n’est pas ce qui nous rend plus forts dans ce cas. Toutes ces citations inspirantes avec des couchers de soleil ringards sur l’adversité persistante et « Ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort », elles vous induisent en erreur en vous faisant croire que supporter une certaine forme de peine suffit à vous protéger contre les difficultés à venir.

Ce n’est pas tout à fait vrai.

C’est ce qui vient après le traumatisme qui compte vraiment. Ce n’est pas la survie au traumatisme qui vous rend plus fort, c’est le travail que vous faites en conséquence du traumatisme qui vous rend plus fort.

Les expériences traumatisantes nous secouent au plus profond. Elles nous font remettre en question nos croyances fondamentales sur le monde et notre place dans celui-ci. Cela nous amène à nous interroger sur le degré de bienveillance, de gentillesse et de prévisibilité dans le monde et chez les personnes qui nous entourent. Certains traumatismes rappellent notre mortalité, une chose à laquelle la plupart d’entre nous ne veulent pas penser.

Et puis vous voilà traumatisé, désorienté, perdu et remettant en question tout sur votre vie. À ce stade, vous pouvez utiliser l'une des deux méthodes suivantes:

Vous tombez de la falaise mentale proverbiale et faites l'expérience de vraies merdes qui entraînent beaucoup de dysfonctionnements (mais c’est moins fréquent que vous ne le pensez);

Vous utilisez cela comme une opportunité de forger un nouvel ensemble de croyances et une nouvelle vision du monde plus résiliente et durable que votre vision du monde précédente (beaucoup plus commun que vous ne le pensez).

Pensez-y comme à un tremblement de terre qui déchire une ville. Tout est mal foutu après la violence tectonique qui fait des ravages. Mais après cela, les bâtiments peuvent être reconstruits avec de nouvelles connaissances sur l’intégrité structurelle et les personnes ont la possibilité de concevoir des systèmes plus résilients pour se protéger des séismes futurs. La ville ne fait pas que « rebondir » à son état antérieur: elle est devenue une ville plus sage et plus résiliente.

Et ainsi, quand nos vies sont perturbées par une merde personnelle d’une si grande magnitude, nous avons la possibilité de nous reconstruire. Quoi qu'il en soit, nous porterons la mémoire et la douleur de l'expérience, de la même manière que les habitants d'une ville portent la mémoire et les pertes d'une catastrophe naturelle comme un tremblement de terre.

La question à ce stade est, comment allons-nous nous reconstruire nous-mêmes?

La vie après le trauma

Le traumatisme crée un point avant et après distinct dans nos vies. Le traumatisme crée des moments que nous n'oublierons probablement jamais.

L'ampleur de notre développement personnel après un traumatisme dépend beaucoup du récit que nous construisons autour de ce point avant et après. (4)

Il est normal de ruminer sur votre douleur, de vous interroger sur son sens et de ressentir toute combinaison de culpabilité, de honte, de peur et de solitude. Cela peut vraiment nous enfoncer. Vous finissez par rejouer le traumatisme encore et encore dans votre tête, comme un mauvais film que vous êtes obligé de regarder dans un théâtre où vous êtes attaché à une chaise et où vos paupières sont scotchées bien ouvertes. Cela semble surréel. Et chaque répétition est presque aussi douloureuse que la précédente. C’est comme si votre cerveau se frappait encore et encore pendant des mois, voire des années.

Mais aussi merdique que cela soit, c’est en fait une étape cruciale dans la création d’un récit autour de votre traumatisme. (5) Le récit que vous construisez vous aidera à sortir des recoins sombres de votre esprit et vous conduira finalement à un meilleur endroit. En tant qu’êtres humains, nous devons donner un sens au monde qui nous entoure et, comme je l’ai déjà dit, les traumatismes ont rarement un sens, ils nous arrivent dessus comme une tonne de brique.

Alors, à quoi devrait ressembler ce récit? Eh bien, il y a quelques points à garder à l'esprit:

1. Il ne s’agit pas de mériter

Notre penchant naturel lorsque quelque chose d’horrible se produit est de se demander: « Pourquoi moi? Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter cela? » En général, plus nous sommes jeunes ou pire l'expérience, plus nous en viendrons naturellement à nous en vouloir de notre douleur. Nous en viendrons à penser qu'il doit y avoir quelque chose qui ne va pas chez nous et que nous avons fait quelque chose pour nous attirer la situation.

L’étape la plus importante pour comprendre le sens de notre douleur est de comprendre qu’il ne s’agit pas de mériter. Cela vaut pour nous-mêmes, mais aussi pour les autres. Il ne s’agit pas de mériter. La douleur n'est pas un jeu à somme nulle. Si quelqu’un nous fait du mal, leur faire du mal en retour ne rend pas les choses meilleures.

En fait, la douleur est le contraire. La douleur est contagieuse. C’est comme un virus. Plus nous serons blessés, plus nous serons enclins à nous blesser davantage et à blesser davantage les autres. Nos propres lacunes perçues seront utilisées pour justifier de nouveaux comportements destructeurs envers nous-mêmes et envers ceux qui nous entourent.

C’est important de reconnaître cela et de l’arrêter avant qu’il aille trop loin. Nous n'avons rien fait pour mériter notre traumatisme. Personne ne mérite un traumatisme. Donc mériter n'est pas le point. C’est juste quelque chose qui arrive.

2. Une nouvelle appréciation de la vie

Je me souviens de la mort d'un de mes amis, cela m'a immédiatement fait prendre conscience de mes autres amitiés et comment elles étaient fragiles et ténues. Je me suis efforcé de dire à mes amis que je me souciais d'eux et qu'ils étaient importants pour moi. Cela a eu pour effet de renforcer certaines de mes relations, malgré le fait que je venais de vivre une perte intense.

Parce que les traumatismes nous confrontent à la possibilité de notre propre mortalité et à la possibilité que la plupart de ce que nous pensions être vrai du monde puissent ne pas l’être, il a pour effet secondaire intéressant de révéler ce que nous avons pris pour acquis, souvent durant une grande partie de nos vies. (6)

C’est une douleur extrême qui a la capacité étrange de clarifier ce qui compte vraiment dans nos vies et d’éviter toute inhibition ou doute quant à savoir si nous devrions en tirer avantage ou non.

3. Parlez-en!

Les récits ne se forment pas dans le vide, ils n'existent que lorsqu'ils sont communiqués à d'autres. Les chercheurs ont constaté maintes et maintes fois qu’un prédicteur puissant de la croissance personnelle à la suite d’un traumatisme est la volonté de s’exprimer sur le traumatisme dans le contexte d’un réseau social de soutien. (7)

Trouvez un ami, un membre de votre famille, un thérapeute, votre iguane comme animaux de compagnie et partagez votre expérience, vos sentiments, vos doutes et vos peurs qui entourent votre traumatisme. Sortez de votre tête et partagez votre honte.

Une partie de la sagesse la plus profonde de votre vie viendra de votre traumatisme, mais cette sagesse ne pourra jamais être réalisée si vous ne la partagez pas sous une forme ou une autre.

Il y a un stigmate dans notre culture autour du partage de notre douleur. Malheureusement, le fait de révéler que nous souffrons se heurte à de nombreux tabous: nous devons être positifs et agréables, nos problèmes ne sont que cela, nos problèmes, et que l’autosuffisance des personnes signifie que nous obtenons ce que nous méritons.

Mais étouffer notre traumatisme ne fait qu'empirer les choses. Il nous envenime et nous infecte. Et c’est peut-être la plus grande leçon que nous tirons de Maya Angelou. C'est sa capacité à transformer sa douleur en un message d'espoir et d'autonomisation qui a conduit à sa guérison, et non l'inverse.

C’est partager notre douleur personnelle qui nous permet d’aller au-delà. Parce que c’est une chose de s’asseoir et d’intellectualiser nos problèmes pour nous-mêmes. Mais une fois que nous partageons et façonnons cette signification dans le monde qui nous entoure, notre douleur devient quelque chose d'extérieur à nous. Et comme c’est maintenant hors de nous, nous pouvons enfin vivre sans elle.

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- Mark Manson

Notes de bas de page

1-      Bizarrement, elle était aussi la première femme voyageuse de trolley noire à San Francisco.

2-      Et je ne compose pas ces chiffres. Voir le livre de Michaela Hass, Bouncing Forward: L’art et la science de cultiver la résilience.

3-      Calhoun, L. G. et Tedeschi, R. G. (2014). Manuel de croissance post-traumatique: Recherche et pratique. Routledge.↵

4-      Neimeyer, R. A. (2004). Favoriser la croissance post-traumatique: une élaboration narrative. Enquête psychologique, 15 (1), 53–59.↵

5-      Meichenbaum, D. (2006). Résilience et croissance post-traumatique: une perspective narrative constructive. Manuel de croissance post-traumatique: Recherche et pratique, 355–368.↵

6-      Tedeschi, R.G., et Calhoun, L.G. (1996). L'inventaire de croissance post-traumatique: Mesurer l'héritage positif du traumatisme. Journal of Traumatic Stress, 9 (3), 455–471.↵

7-      Tedeschi, R.G., et Calhoun, L.G. (2004). Croissance post-traumatique: fondements conceptuels et preuves empiriques. Enquête psychologique, 15 (1), 1–18.↵