Comment soutenir une victime d’agression sexuelle

Comment soutenir une victime d’agression sexuelle

Comment soutenir une victime d’agression sexuelle

C’est un moment de la vie particulièrement difficile que de survivre à une agression sexuelle. En plus de la lutte quotidienne pour rester en sécurité et en bonne santé, les survivants d’agressions sexuelles doivent également faire face à un cycle d'actualités et d’informations sans fin à ce sujet, ce qui constitue souvent un déclencheur du trauma chez les survivant(e)s avec tous les effets pervers que cela comporte.

Si vous n'êtes pas un(e) survivant(e) vous-même, mais que vous en êtes proche — peut-être un(e) partenaire, un(e) ami(e) ou un membre de la famille — vous ne pourrez peut-être pas comprendre pleinement ce qu'ils vivent, et vous pourriez vous sentir confus ou perdu sur la manière de mieux les soutenir. Voici ce que vous devez savoir et comment vous pouvez apporter votre soutien.

Écoutez leur histoire (s'ils veulent parler)

Si votre partenaire ou ami(e) semble avoir du mal à gérer, faites-lui savoir que vous êtes disponible s'il/elle a besoin de parler. Si vous ne l'avez pas déjà fait, écoutez leur histoire, si ces personnes sont prêtes à vous la raconter. Elles peuvent également vouloir exprimer leur colère, leur frustration, leur peur ou leur tristesse à propos des récents événements de l’actualité. Ne forcez pas votre ami(e) à vous parler ou à vous raconter son histoire, mais faites-lui savoir que vous êtes prêt à écouter tout ce qu'il/elle veut partager.

Beverly Engel, psychothérapeute, recommande à ce sujet de demander à la personne — surtout si elle est votre partenaire intime — si elle veut un contact physique (comme se tenir la main ou un câlin) pendant qu'elle raconte son histoire, mais sinon, lui donner un espace physique pendant qu'elle parle est très important. Le simple fait de raconter son histoire peut être intimidant sur le plan émotionnel et ramener à l’esprit des souvenirs dérangeants.

« Ne laissez pas vos propres sentiments de colère ou de tristesse vous empêcher d'être là pour votre partenaire », a déclaré Mme Engel. Se fâcher, même contre la personne qui a fait cela à votre ami(e) ou à un être cher n’aidera pas, dit-elle. En fait, cela pourrait simplement faire peur à votre ami(e) et le/la pousser à se refermer. Votre travail ne consiste pas à « réparer » votre ami(e), à le/la faire se sentir mieux ou à lui enlever sa douleur. Votre travail consiste simplement à écouter.

Il est particulièrement important de croire l’histoire de votre ami(e). C'est triste que cela doive être dit, mais c'est le climat dans lequel nous sommes en ce moment. Faites-leur savoir que vous les croyez avant tout.

Wendy Maltz, thérapeute sexuelle et relationnelle et auteure de « The Sexual Healing Journey: A Guide for Survivors of Sexual Abuse », a proposé cette liste pratique de réponses possibles :

•         « Merci pour le partage. »

•         « Tu n'es pas à blâmer pour ce qui t’est arrivé. »

•         « Tu ne mérites pas ce qui t’est arrivé. »

•         « Je suis désolé que cela te soit arrivé. »

•         « Tu n'es pas ce qui t’a été fait. »

•         « C'était de la violence sexuelle, pas de la sexualité. »

•         « Je te soutiens dans ton processus de guérison. »

•         « Je te respecte pour avoir abordé ce sujet. »

•         « Je t'aime. »

Renseignez-vous

Bien que chaque victime et chaque histoire soient uniques, il est utile de vous renseigner sur les effets des agressions sexuels. Ce n'est pas la responsabilité d'un(e) survivant(e) de vous éduquer — surtout quand il est si facile d'en lire plus par vous-même — et être informés des effets potentiels au préalable fera de vous un meilleur partenaire de rétablissement. Les livres et les sites web sont un excellent point de départ.

En tant que psychothérapeute spécialisée dans la thérapie sexuelle, je travaille avec de nombreux survivant(e)s d'agressions sexuelles et leurs partenaires. Les impacts de l’agression sexuelle peuvent être extrêmement difficiles à comprendre si vous n'avez pas vécu l’agression vous-même, et bien vous renseigner peut aider à connaître certains des impacts courants que l’agression peut avoir sur une personne. Voici quelques exemples courants que je vois dans ma pratique. Il ne s'agit en aucun cas d'une liste exhaustive, et n'oubliez pas que l'expérience de chaque survivant(e) est unique.

Dissociation : le corps d'un(e) survivant(e) peut être physiquement présent, mais son esprit peut être dans un endroit complètement différent, en particulier pendant les moments intimes.

Se « déclencher » : les survivant(e)s peuvent sursauter ou se tendre lorsque quelqu'un se rapproche trop, même s'il s'agit de quelqu'un qu'ils aiment et en qui ils ont confiance. Certains mots, actions, sons, gestes ou même odeurs pourraient les mettre dans un état d'agitation accru. De nombreux survivant(e)s d'agressions sexuelles peuvent également être hypervigilant(e)s.

Difficulté à prendre des décisions éclairées : Certains survivant(e)s d'agressions sexuelles trouvent difficile de prendre des décisions saines concernant leur vie sexuelle après une agression. Ces personnes peuvent avoir une mauvaise image corporelle d’elles-mêmes ou une faible estime de soi. Elles peuvent se retrouver intimes avec des gens qui ne les respectent pas ou dans des situations qui mettent à risque leur sécurité.

Faible libido ou évitement des relations sexuelles : de nombreux survivant(e)s ne veulent pas revisiter les activités spécifiques qui les ont traumatisés.

Honte : de nombreux survivant(e)s ont l’impression d’être des biens cassés ou endommagés. Les victimes de violences sexuelles envers les hommes peuvent ressentir un type de honte différent, car ces violences ne sont pas discutées aussi souvent et portent un autre type de stigmatisation.

Cette liste ne doit pas être utilisée pour diagnostiquer votre proche, mais plutôt pour vous donner une base si cette personne veut discuter de la façon dont son agression peut affecter sa vie.

Soyez une source de soutien continue

Votre ami(e) ou un proche va très probablement continuer à avoir des réactions aux nouvelles, aux dîners de famille, à l'intimité ou même à des événements apparemment aléatoires. Voici ce que vous pouvez faire à ces moments :

Continuez à écouter. N'essayez pas de donner des conseils ou de résoudre le problème. Écoutez.

Laissez-les ressentir leurs sentiments. Il peut être extrêmement difficile de voir une personne que vous aimez souffrir, mais elle a besoin d'espace pour s'exprimer. Ne dites pas des choses comme « remontez le moral » ou « ne pleure pas ». Restez à leurs côtés pendant qu'elle éprouve leurs sentiments.

Faites savoir à votre proche que vous faites partie de son réseau d’aide. Dites à cette personne que vous êtes heureux d'éteindre le téléviseur, de sortir de la maison ou de laisser un événement avec elle.

Demandez-lui si vous pouvez faire quelque chose pour l’aider. Il/elle n'aura peut-être pas toujours de réponse, ne saura pas, mais il est bien de lui préciser que vous souhaitez apporter votre soutien et votre engagement.

Apprendre à prendre soin de soi

Encouragez votre proche à obtenir autant de soutien que possible. Cela peut inclure la psychothérapie, la thérapie sexuelle, les groupes de soutien, les lignes de crise ou parler à d'autres proches de confiance. Vous pouvez toujours proposer de les emmener à leurs rendez-vous, de les sortir pour le déjeuner après une réunion, ou même de les supporter en séance de thérapie.

Cependant, c'est en fin de compte à votre proche de prendre ses propres décisions concernant son processus de guérison. Mme Maltz conseille ceci : « Bien que la guérison soit un processus auquel vous pouvez participer, ce n'est pas quelque chose que vous pouvez contrôler ou faire arriver. Les survivant(e)s guérissent selon leur propre calendrier, en fonction de leur propre préparation et motivation. La guérison a plus de chances de se produire lorsque c’est le/la survivant(e) mène le rythme et que vous travaillez en équipe, les deux partenaires main dans la main dans un processus de guérison. »

Il est également important pour vous d'obtenir votre propre soutien. Mike Lew, auteur de «Victims No Longer: The Classic Guide for Men Recovering from Sexual Child Abuse», a noté : « Les personnes qui aiment et soutienne les survivants suivent un processus parallèle à celui des survivants eux-mêmes, souvent avec moins de soutien, moins de ressources et le sentiment qu'ils ne méritent pas le soutien parce que cela ne leur a pas été fait à eux. » Il est difficile d'entendre l'histoire de quelqu'un qui vous est proche au sujet de son agression. Comprenez que vous pouvez avoir vos propres réactions et que vous méritez également un soutien. Pensez à suivre votre propre thérapie personnelle.

Honorez leur rétablissement

Se remettre d’une agression sexuelle est un long processus qui n'est jamais vraiment terminé. Le chemin vers le rétablissement peut également sembler différent pour chaque victime, mais Mme Maltz a noté que les étapes les plus courantes incluent « reconnaître ce qui s'est passé, identifier les répercussions, résoudre les sentiments au sujet des mauvais traitements passés et de l'auteur (ou des auteurs), arrêter les comportements négatifs, récupérer son pouvoir personnel, réapprendre le toucher, aborder les problèmes de sexe et d'intimité, et plus encore. »

« Soyez patient », a déclaré Mme Maltz. « C'est probablement le plus gros cadeau que vous puissiez offrir. » En cours de route, il est important pour vous et votre proche de reconnaître et d'honorer votre travail acharné. Vous pouvez faire une activité ensemble après chaque séance de thérapie, comme préparer un repas spécial ou faire une promenade. Ou partez pour un week-end lorsque le cycle des nouvelles et actualités devient trop lourd à porter. Le processus de guérison peut ressembler à deux pas en avant, un pas en arrière, mais toutes formes de progrès méritent d'être reconnues comme telles.

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Vanessa Marin est une psychothérapeute agréée spécialisée dans la thérapie sexuelle.

Publié dans le New York Times