Assise là, dans la salle d’interrogation de la police d’une ville que je connaissais à peine, mon cerveau semblait vraiment scindé en deux.  D’une part je répondais aux questions que me posait l’enquêteur et de l’autre je n’arrêtais pas de me répéter intérieurement la phrase que je me qui ne me quittait plus depuis l’agression : « C’est impossible que ça m’arrive à moi! »

Oui, on m’avait agressée.  Et j’étais là à ne cesser de me demander pourquoi.  Oui, pourquoi moi? Après tout, je ne correspondais pas du tout à la victime rêvée… mais je me trompais.  J’étais bel et bien la victime d’un crime qu’on avait prémédité.

Mon système de croyances en a pris pour son rhume ce soir-là.  Contrairement à ce que je croyais auparavant, le viol pouvait être perpétré contre des femmes de mon âge et de mon acabit.  Et moi, pas sexy pour deux sous, j’avais du mal à intégrer cette information.

J’avais 45 ans bien sonnés et je pesais le poids de deux personnes réunies.  Aussi bien dire que je ne suis pas celle qui se fait chanter la pomme bien souvent!

Aussi, une agression sexuelle n’était pas motivée toujours par le sexe.  Je m’explique… c’est davantage une question de contrôle qui est imposé à l’autre qu’une attirance sexuelle mal gérée.

J’étais là, dans ce cubicule du département de police, et je réalisais l’ampleur de ma découverte.  Et j’avais mal à l’âme tellement j’étais écœurée de constater que, moi qui me pensais à l’abri de tout ça, pas une seconde ce soir-là, je ne l’avais été.

C’est cet écœurement de mon cœur en déconfiture qui m’a permis d’aller jusqu’au bout dans les étapes menant à la cour, afin de voir l’agresseur puni pour ce qu’il avait osé me faire subir.

Chaque fois que je perdais courage, une petite voix intérieure me disait de persévérer.  Il m’est arrivé souvent de l’entendre à la toute dernière minute, quand j’avais le combiné du téléphone en mains, prête à passer un appel pour tout annuler.

Depuis l’agression, jamais cette voix intérieure ne m’a quittée.  Je ne sais s’il s’agit de mon intuition ou de ma conscience.  Cela m’importe peu.  Ce qui est important toutefois c’est toute la confiance que j’ai en elle… en moi.

Le jour du procès est arrivé et l’enquêteur n’a pu cacher sa surprise de me voir aller de l’avant. Il faut dire qu’une semaine auparavant, il m’avait demandé de réécouter ma déposition et j’avais été incapable de le faire complètement, encore une fois écœurée dégoûtée de toute cette histoire.  J’avais fait une crise de panique et il m’avait emmenée prendre l’air.  Je ne peux donc pas lui en vouloir pour son air surpris car, moi-même, j’ai souvent pensé ne pas être en mesure de me rendre si loin dans le processus.

Et c’est la tête haute que je suis sortie du palais de justice ce jour-là, laissant derrière moi les détails d’une sordide affaire et un agresseur nerveux de ne pas savoir ce qu’il adviendrait de lui.

Je sais maintenant et je le dis à qui veut l’entendre que, peu importe qui nous sommes et comment nous sommes, tout le monde peut se faire agresser.  Être prudent revêt alors une importance capitale.

Heureusement, tous les hommes (et les femmes) ne sont pas des agresseurs.  J’ai, depuis cet événement marquant, rencontré des gens tellement charmants.  Oh, j’en ai rencontré d’autres qui tentaient, eux aussi, de prendre du pouvoir sur moi mais puisque je reconnaissais désormais le genre, je m’en éloignais rapidement.

Je vis maintenant ma vie avec la leçon que j’ai su retirer de tout ça.  Je la vis en étant heureuse et en m’émerveillant devant tout ce qui m’émerveillait avant et tout ce que je ne voyais plus parce que trop de souffrance.  Cet individu n’a plus de pouvoir sur ma personne, car je ne lui en cède pas un pouce!

Enfant, on m'a éduquée en me répétant qu'il est toujours possible de transformer le négatif en positif, mais je ne comprenais pas vraiment ce que ça signifiait. Maintenant, cela prend tout son sens.  Mon pouvoir m’appartient et je ne le cèderai plus jamais! Je serai celle qui éclairera les ombres sur la route de ceux et celles qui ont besoin de lumière.  Mon expérience, je la partage pour briser une fois pour toutes, les fausses croyances que les gens peuvent entretenir.  Sensibiliser contre ce genre de violence, sous toutes ses formes, c’est sensibiliser pour la vie et le bonheur d’être vivant.

Josée Durocher

auteure et blogueuse

Elle a choisi d’épouser trois causes sociales importantes: l’autisme et les agressions sexuelles ainsi que les violences conjugales. Ayant été victime trop souvent dans sa vie, elle a su, à force de résilience, se relever la tête et marcher vers son chemin de guérison. C’est un message positif qu’elle partage avec ses mots qui se veulent de véritables phares dans la noirceur trop commune vécue par trop de personnes.