La Fédération des syndicats de l'enseignement clamant que ses membres demeurent peu à l'aise avec les nouveaux cours d'éducation à la sexualité qu'ils se voient forcés à enseigner. Certains parents encore inquiets, perplexes ou troublés. D'autres au contraire très enthousiastes. Des commissions scolaires qui essaient de s'organiser à l'intérieur des directives additionnelles avec plus ou moins de facilité. En cette fin d'année scolaire trop tardivement ensoleillée, comment faire le point sur la nouvelle matière obligatoire qui semble continuer à soulever des points d'interrogation, petits ou grands?

Bernard Ouellet a travaillé comme orthopédagogue depuis 1991 et jusqu'en 2015, en milieu  hospitalier ainsi qu'en milieu scolaire. Pendant quelques années, il a aussi été enseignant titulaire de classes d'enfants rencontrant des difficultés à plusieurs niveaux. À chaque nouvelle année il a été amené à côtoyer et à épauler des jeunes ayant vécu des situations difficiles, y compris des agressions et violences sexuelles. Des filles et des garçons qui avaient été violés. Maltraités. Profondément affectés par la violence perpétrée ou vécue par leurs parents et proches. Cette souffrance qu'il percevait et vivait à travers ses élèves l'a ainsi poussé à retourner aux études, cette fois dans le domaine de la sexologie : il voulait mieux comprendre ce genre de réalité et s'outiller davantage afin de venir en aide aux enfants dont il avait la charge. Une fois sa maîtrise de sexologie en poche, il a également offert des services de consultation en tant que sexologue, et il est devenu chargé de cours à l'université de Sherbrooke dans le but de former les intervenants en milieu scolaire dans le domaine de l'éducation à la sexualité. Depuis 2015, il a effectué quelques remplacements en tant que directeur adjoint dans des écoles primaires de Montréal. Il est présentement le directeur de l'école Sainte-Bibiane.

M. Ouellet croit dur comme fer que les nouveaux cours d'éducation à la sexualité, obligatoires à compter de l'année 2018-2019, sont non seulement appropriés et utiles à nos enfants, dès le préscolaire, mais aussi essentiels à leur développement. Les volets multiples dont ils sont composés sont en adéquation avec ce qu'il connaît intimement du sujet – notamment son étendue. « On le sait bien », mentionne-t-il dans le guide « L'éducation sexuelle à l'école primaire » qu'il a coécrit avec Caroline Bernier-Riopel et publié en 2011, « la sexualité ne se limite pas qu'à une relation sexuelle. Le cerveau étant le principal organe sexuel, tout ce qui s'y trouve est aussi important que ce qui se passe en bas de la ceinture. » C'est pour couvrir toutes les dimensions de cet aspect de notre vie que le Ministère de l'éducation a décidé de développer six volets distincts, à l'intérieur desquels s'inscrit le contenu des cours dispensés aux élèves (nous nous sommes concentrés ici sur ce qui concerne les écoles primaires): « Globalité de la sexualité », « Croissance sexuelle et image corporelle », « Identité, rôles, stéréotypes sexuels et normes sociales », « Vie affective et amoureuse », « Agression sexuelle et violence sexuelle », « Grossesse et naissance ». Vaste et captivant programme!

Marie-Claude et Caroline sont toutes deux enseignantes au premier cycle d’une école primaire, à Montréal. Elles préfèrent conserver l’anonymat le temps de cet article. Elles ont chacune dix-sept années de métier derrière elles. Pendant leurs études à l'UdeM, il n'existait aucun cours sur l'éducation à la sexualité au cursus, et lorsqu'elles ont commencé leur carrière, en 2002, il n'y avait pas de directive claire de la part du Ministère concernant ces cours pour les enfants. Dans les différentes écoles où elles ont travaillé jusqu'à présent, la pratique courante était qu'une infirmière scolaire vienne ponctuellement enseigner aux élèves du primaire l'aspect anatomique et contraceptif de la sexualité, avec, parfois, des notions un peu superficielles sur le consentement et les agressions sexuelles. Depuis cet automne, elles se retrouvent chargées d'enseigner ces cours dans leurs classes, en plus des nouvelles notions apportées par les volets développés récemment par le Ministère. Une nouveauté partielle pour les deux enseignantes.

Car des interventions en matière d'éducation à la sexualité, elles ont eu à en faire d'innombrables fois au cours des dix-sept dernières années, sans toutefois toujours les nommer de la sorte : À chaque fois que quelqu'un se moquait d'un élève à cause de son poids ou d'un autre aspect de son apparence, il y avait matière à aborder des notions d'image corporelle et d'acceptation de soi et d'autrui. À chaque fois qu'un élève était profondément triste de se sentir rejeté par l'un de ses amis, il était temps de discuter d'amitié, d'affection et des manières que nous avons d'entrer en relation aux autres. Lorsque le comportement d'un enfant montrait des signes de graves problèmes familiaux comprenant des abus sexuels, il incombait aux enseignantes de creuser davantage pour savoir s'il fallait accompagner l'élève de différentes manières, le référer à d'autres intervenants ou même effectuer un signalement à la DPJ. Chaque discussion sur la naissance d'un petit frère ou d'une petite sœur était le point de départ potentiel vers l'enseignement de la reproduction humaine et des relations d'amour qui unissent les parents entre eux ainsi qu'avec tous les autres membres de la famille. Et chaque dispute enfantine se soldant par une injure détournant un terme sexuel pour en faire quelque chose de péjoratif était l'occasion de mettre les pendules à l'heure, expliquer les termes utilisés et encourager les élèves à s'en servir correctement, sans les affubler de sentiments négatifs.

Si la sexualité ne se limite pas à son aspect génital et reproductif, si nous y voyons l'ensemble des comportements, des pensées, des sensations, des émotions et des valeurs sociales qui mènent le rapport à notre propre corps et à sa rencontre intime à autrui, alors il est facile de voir que tous les adultes ayant des contacts fréquents avec des enfants sont un jour ou l'autre amenés à faire l'éducation à la sexualité – dans les familles, en premier lieu, mais aussi dans les écoles, dans les équipes sportives, dans les rassemblements de quartier. « L'éducation à la sexualité est une activité communautaire à grande échelle », écrit M. Ouellet dans son guide. D'après lui, elle commence dès la naissance de nos enfants et devrait se faire consciemment tout au long de leur enfance avec des mots exacts, simples et adaptés à chaque âge, en utilisant des situations de la vie courante pour alimenter des discussions et introduire des concepts cruciaux pour leur bien-être et leur sain développement personnel et social.

La véritable nouveauté pour Marie-Claude et Caroline réside dans l'organisation désormais formelle de l'enseignement du sujet. Elles ont maintenant la charge de donner cinq heures de cours d'éducation à la sexualité par année (qui deviennent quinze heures pour les élèves du secondaire). – Ou plutôt, pour être exact, la direction de leur école, comme toutes les directions des écoles du Québec, a l'obligation de se mobiliser pour charger un ou des intervenants de ces cours. En principe, n'importe quel intervenant peut en avoir la responsabilité. Des orthopédagogues, des infirmiers ou infirmières scolaires, des psychoéducateurs et psychoéducatrices sont à même d'enseigner un ou plusieurs volets de contenus par classe. En pratique, tous ces spécialistes sont, pour de nombreuses écoles québécoises, une denrée rare. Ce sont donc le plus souvent les enseignants qui doivent s'acquitter de la tâche. Ceux-ci peuvent refuser de le faire, puisqu’aucun intervenant scolaire (enseignant ou spécialiste) n'est strictement obligé de s'en charger, mais puisque les directions scolaires doivent trouver des personnes responsables de donner ces cours dans leurs établissements respectifs, il n'est pas difficile d'imaginer que si les seuls disponibles sont les enseignants, le choix est limité et vite fait.

C'est une chose d'intervenir auprès des élèves quand une situation se présente et d'y consacrer une dizaine de minutes ou un peu plus, au gré des besoins. C'en est une autre de donner un cours avec des contenus précis, sur une période beaucoup plus longue. Pour commencer, il faut faire de la place dans l'horaire souvent déjà assez chargé en réaménageant l'organisation des autres cours. Il faut ensuite se sentir confortable avec la matière. Il faut également structurer le cours, trouver des outils et de la documentation pour enseigner les notions aux élèves, bref il faut bâtir une animation sur le sujet. Pour ce qui est de la documentation et des outils pédagogiques, ils sont en théorie fournis par la commission scolaire à laquelle appartient chaque école; dans le cas de l’école où travaillent Marie-Claude et Caroline, la CSDM. Pour l'instant, celle-ci a mis des vidéos explicatives d'une quinzaine de minutes pour la plupart des volets destinés aux classes du primaire à la disposition des intervenants voulant les utiliser, ainsi que des listes de références bibliographiques. Ces vidéos, explique M. Ouellet, impliquent trois niveaux d'aisance potentiels : elles peuvent être montrées aux élèves telles quelles, sans y apporter trop d'explications ou de commentaires supplémentaires; elles peuvent être suivies d'une discussion avec les élèves; enfin, elles peuvent être visionnées par morceaux, entrecoupées de questions adressées aux enfants, puis suivies d'exercices ou mises en scène du cru de l'intervenant.

Pour cette première année, Caroline et Marie-Claude ont choisi d'utiliser les vidéos de la CSDM pour la plupart des volets devant être enseignés dans leurs classes, et elles ont eu de courtes discussions avec leurs élèves après le visionnement. Elles trouvent les vidéos relativement bien faites mais auraient aimé avoir des outils supplémentaires à leur disposition afin de se sentir plus à l'aise pour prolonger les cours et mieux les structurer. La CSDM offre bien une formation, non-obligatoire, aux intéressés, mais les enseignantes jugent que celle-ci ne semble pas assez complète ni assez facile d'accès. Caroline mentionne que la formation de cette année, d'une durée de trois heures, n'était disponible qu'à distance et de soir, ce qui ne convient pas à tout le monde.

Malgré tout, les quelques cours d'éducation à la sexualité ayant ainsi eu lieu dans leurs classes se sont bien déroulés. Il y a été question tout d'abord de la définition de la sexualité, en parlant de ce qui se passe dans la tête, le cœur et le corps en des termes simples et peu détaillés; puis d'identité, de rôles et de stéréotypes de genre, en énumérant entre autres les attributs et activités généralement associés aux garçons et aux filles et en amenant les enfants à constater qu'il est possible de s'y conformer ou pas, sans que cela ait d'incidence négative au niveau personnel ou social. Les élèves étaient réceptifs et ouverts, et les parents dans l'ensemble peu inquiets. Parmi ces derniers, certains ont demandé à discuter avec les enseignantes avant les cours mais aucune opposition ne s'est fait sentir de leur part. Si quelques échanges entre parents ont démontré de la perplexité ou un malaise devant le contenu, qui paraissait à certains peu utile à de si jeunes enfants, rien n'a transparu devant les enseignantes.

Le seul volet éducatif ayant soulevé quelques émotions plus fortes a été le dernier à être dispensé : il concernait les agressions et violences sexuelles. Un parent a notamment exprimé sur les réseaux sociaux son désaccord avec le sujet enseigné, disant qu'il le trouvait tout de même « intense » pour les enfants. Ce volet était aussi celui que Marie-Claude et Caroline se sentaient le moins à l'aise d'aborder avec leurs élèves. Il semblerait que dans plusieurs écoles du primaire à travers la province, nombreux sont les enseignants ayant de la difficulté à dispenser cette partie des nouveaux cours.

Mylène Lafortune est psychoéducatrice à l'école Saint-Marc depuis 8 ans, et dans le réseau scolaire depuis 16 ans. Pour elle, parler de choses considérées par certains comme délicates avec les élèves est monnaie courante. Dès le début de cette année scolaire, pendant les réunions que la direction de l'école a organisées avec les enseignants et autres intervenants à propos des cours d'éducation à la sexualité, elle s'est portée volontaire pour animer le volet « Agression sexuelle et violence sexuelle », et ce dans toutes les classes auxquelles il est censé être enseigné, c'est-à-dire les 1ères, 3èmes et 5èmes années du primaire.

Pour ce faire, elle n'a pas trouvé de vidéo dans la banque de la CSDM, mais une liste de références très fournie qui ne lui a pas été d'une grande aide car les documents et ouvrages auxquels elle renvoyait étaient trop nombreux pour être tous consultés et ne correspondaient pas forcément à la réalité des élèves. Mme Lafortune a donc construit un power point imagé et inspiré des contenus développés par le Ministère de l’éducation afin de se préparer pour les ateliers d’une manière qui convenait davantage à ses attentes. Elle y a dédié, avec l'aide de la stagiaire qu'elle a eu la chance d'avoir pendant cette période, de nombreuses heures et beaucoup de réflexion. Elle a également suivi la formation « Les comportements sexuels problématiques chez les enfants et l'intervention en contexte de dévoilement d'une agression sexuelle », offerte par la Fondation Marie-Vincent. Il s'agit d'une fondation dont la mission est la prévention de la violence sexuelle et l'accompagnement des enfants en ayant été victimes ainsi que de leurs familles, et elle n'a aucun lien avec la CSDM ou le Ministère de l'éducation.

Au terme de ce travail, Mme Lafortune avait en main un atelier différent par classe, qu'elle a pu animer pendant le mois de mai à raison d'une heure par groupe. Avec les 1ères années, elle a commencé par définir, avec les termes exacts, ce que constitue une agression ou violence sexuelle. Elle a expliqué que le corps de chacun lui appartient, et que personne ne peut toucher les parties intimes d'un autre ou l'obliger à des contacts physiques qui ne lui conviennent pas. Elle a fait le parallèle entre les règles de sécurité de la conduite en vélo et celles concernant la sécurité en matière de sexualité; par exemple celle de toujours se limiter aux endroits indiqués par les parents, comme une partie précise d'une ruelle ou d'un parc. Puis elle leur a raconté l'histoire d'une fillette de leur âge qui se fait garder par une tante et que ses deux cousins à peine plus vieux qu'elle invitent avec insistance à se déshabiller en la narguant et l'accusant de ne pas en être capable. La fillette se déshabille et est prise en photo nue par les cousins, qui essaient de la toucher d'une manière qui ne lui plaît pas, mais n'y parviennent pas. Elle en parle à sa tante, qui, gênée, minimise l'incident. Cette réaction ne lui convient pas, alors elle en parle à ses parents.

Avec les 3èmes années, l'histoire était différente : il était question d'un entraîneur de sport et d'attouchements réels. Avec ces élèves un peu plus vieux, Mme Lafortune a insisté sur le fait que les agresseurs peuvent être connus de leur victime, faire partie de leur vie et même de leur famille proche, et sembler par ailleurs tout à fait « normaux ». Elle a répété l'importance de persévérer pour se faire entendre d'un adulte de confiance en cas de situation problématique. La notion de consentement a également été introduite. En 5ème année, tous ces thèmes ont été revisités avec plus de détails et plus de nuances.

En tant que psychoéducatrice de longue date dans cet établissement scolaire, Mme Lafortune est idéalement placée pour enseigner ces notions aux élèves. En cas de trouble ou de dévoilement de faits vécus par les enfants, elle est à même de faire un suivi, et ce sur une courte ou sur une longue durée. Quant aux parents des élèves à qui les ateliers ont été donnés, elle a insisté pour leur envoyer au préalable une lettre expliquant ce qu'elle allait aborder avec les enfants ainsi qu'une liste de ressources pour aller plus loin si c'était le désir de chaque famille. Comme ça a été le cas pour Caroline et pour Marie-Claude, quelques parents ont voulu discuter des ateliers avec elle, mais il n'y a eu aucune réaction négative. Les enfants ont été dans l'ensemble réceptifs aux messages enseignés. Certains d'entre eux n'ont pas offert de réactions, d'autres ont posé des questions, quelques-uns semblaient en connaître déjà beaucoup sur le sujet et plusieurs ont activement participé à la discussion. La psychoéducatrice est prête à répéter l'expérience l'année prochaine.

Est-il encore nécessaire de faire un plaidoyer en faveur de l'éducation à la sexualité pour tous les élèves de nos écoles, même les plus jeunes? Les faits sont là : La sexualité est une partie essentielle et inhérente à chaque être humain, dès sa naissance. Elle influence notre rapport à nous-mêmes, ainsi que notre rapport aux autres. En abordant les thèmes qui la constituent avec nos enfants, nous ne réveillons rien d'étranger qui devrait être laissé dormant afin de préserver leur supposée innocence – nous leur parlons d'éléments qu'ils connaissent ou pressentent déjà et nous les outillons afin qu'ils avancent dans la vie avec plus de connaissance, plus d'aisance, plus de discernement quant au monde qui les entoure et qui les forme. Si le terme « sexualité » fait encore peur à certains, nous pourrions tout simplement suivre la proposition de M. Ouellet et appeler ces cours « Éducation à l'intimité », ce qui ne serait que plus logique et plus exact.

Voici d'autres faits : Plus on informe les jeunes en matière de sexualité, plus on repousse l'âge de leur première relation sexuelle. Plus on les éduque en ouvrant leur esprit à la diversité et à la multiplicité qui les attend dans le vaste monde, plus on les prépare à suivre les valeurs de notre société et plus on les aide à s'accepter eux-mêmes et à vivre leur intimité sereinement. Plus on leur parle de notions comme le consentement et les relations saines et égalitaires, mieux on les prépare pour interagir de manière claire, sécuritaire et agréable avec leurs futurs partenaires. Plus on les familiarise avec la part sexuelle de leur existence, plus ils seront à même de se sentir confortables avec cette réalité incontournable une fois adultes.

Dans la conception des cours d'éducation à la sexualité, la récente réforme semble avoir pris en compte tous ces faits. Si points d'interrogations il y a sur le sujet, ils semblent se situer dans l'organisation et la logistique de la chose. Comme le démontrent les exemples exposés précédemment, il existe probablement un besoin d'encadrement supplémentaire afin de former, outiller et soutenir les intervenants du milieu scolaire ayant reçu la charge de ces nouveaux cours. Jusqu’à présent il n'existait à notre connaissance, hormis l'université de Sherbrooke, aucune université québécoise offrant des cours sur l'éducation à la sexualité pour les enseignants du primaire ou du secondaire. L’UQÀM vient tout juste de mettre en place un programme court de premier cycle en éducation à la sexualité en milieu scolaire totalisant 9 crédits, disponible à compter de l’automne 2019. Les formations données par certaines commissions scolaires semblent peu satisfaisantes. En outre, elles ne sont pas obligatoires et peuvent donc facilement être ignorées par des intervenants et enseignants déjà fort occupés ou même surchargés. Les outils offerts par ces mêmes commissions scolaires ne sont pas encore forcément adéquats. Et si certaines écoles, à l'image de Saint-Marc, ont la chance de pouvoir compter sur un nombre d'intervenants dévoués et enthousiastes, on peut bien imaginer d'autres établissements scolaires ayant moins de ressources, à l'intérieur desquels les enseignants se retrouvent à devoir enseigner à reculons une matière qu'ils ne maîtrisent pas et dont ils préféreraient de loin ne pas se charger.

Il faudrait justement tenir compte également du niveau d'aisance des intervenants avec la matière. Par là nous ne désignons pas seulement le niveau de connaissance du contenu et des outils pédagogiques utilisés pour l'enseigner, besoins que des cours et des guides pédagogiques pourraient combler, mais le niveau de confort personnel de ces professionnels avec le sujet de la sexualité. Comme le mentionne Mme Lafortune, une formation ne suffit pas forcément pour qu'un intervenant se sente à l'aise d’enseigner le volet « Agression et violence sexuelle » à des élèves : il faudrait tenir compte de la sensibilité et du vécu de chacun. Serait-il utile d'offrir des cours sur la sexualité, non seulement à nos élèves, mais aussi à ceux parmi les adultes qui sont chargés de les éduquer souhaitant en recevoir? En tout cas, il semble indubitable qu'il existe le besoin de dégager plus de moyens afin de disposer d'intervenants spécialisés en la matière en plus grand nombre, qu'ils proviennent des établissements scolaires à proprement parler ou non, afin de donner des cours de qualité par des personnes confiantes et qualifiées auprès de nos enfants.

Soyons toutefois indulgents. La mise en place de la réforme est très récente, et il est à espérer que son organisation s'affinera et s'améliorera avec le temps. Si des incohérences et des lacunes subsistent au niveau logistique, il serait de loin préférable de persévérer en trouvant de nouvelles solutions aux difficultés rencontrées en chemin plutôt que de se contenter de constater les problèmes : le jeu en vaut assurément la chandelle.

Christina Hatziandreou

Les sept millions de mousquetaires tiennent à remercier Bernard Ouellet, Marie-Claude, Caroline et Mylène Lafortune pour les entretiens qu'ils nous ont accordés pendant la préparation de cet article.

Pour de plus amples informations sur le programme de l'éducation à la sexualité au primaire mais aussi au secondaire, nous référons au site internet du ministère de l'éducation et de l'enseignement supérieur, www.education.gouv.qc.ca/enseignants/dossiers/education-a-la-sexualite/liste-des-contenus/

Christina Hatziandreou

Rédactrice

Les mots et la philosophie n'ont aucun secret pour elle. Un pilier de la rédaction lorsque l’on se retrouve avec un sujet plus délicat ou plus brûlant à aborder. La personne parfaite pour éclairer les recoins les plus sombres d’une thématique.