Les données de Statistique Canada récemment révélées font état de victimes de violence conjugale masculine significative.

Les gouvernements ont souvent recours à des enquêtes de population pour évaluer l’ampleur des problèmes sociaux. Notre compréhension de la violence conjugale repose en grande partie sur l’Enquête sociale générale (ESG) sur la victimisation menée par Statistique Canada tous les cinq ans. Les citoyens sont invités à indiquer s’ils ont été victimes de violence domestique au cours des cinq années précédentes.

Trois chercheurs canadiens ont pu accéder aux données brutes de l’ESG de 2014 et, dans un article novateur publié le 15 avril 2019 dans la revue Partner Abuse, ils présentent des conclusions qui contredisent fondamentalement les idées reçues sur la violence domestique.

Voici les points saillants de leur recherche: Prévalence et conséquences de la violence entre partenaires intimes au Canada, telle que mesurée par le Sondage national sur la victimisation : Gros plan sur les victimes, rédigé par Alexandra Lysova (SFU), Donald Dutton (UBC) et Emeka Dim (Université de la Saskatchewan) :

1. Les hommes étaient beaucoup plus susceptibles que les femmes de signaler une victimisation liée à la violence domestique. Plus précisément, 2,9 % des hommes et 1,7 % des femmes ont signalé des agressions physiques et/ou sexuelles.

2. Les hommes étaient plus susceptibles que les femmes d’avoir subi des formes graves de violence domestique (comme se faire frapper ou donner un coup de pied). Plus précisément, 1,1 % des hommes et 0,5 % des femmes ont signalé des formes graves de violence domestique.

3. Les victimes masculines étaient moins susceptibles que les victimes féminines d’avoir signalé des blessures physiques et des impacts émotionnels à court terme de la violence domestique. Plus précisément, 12 % des hommes victimes avaient subi des blessures physiques, contre 27 % des femmes victimes. Les femmes sont moins susceptibles de subir une violence grave, mais sont plus susceptibles d’être blessées lorsqu’elles le sont, en grande partie à cause de la taille, de la taille, du poids et de la force moyens plus élevés des hommes.

4. Les hommes et les femmes sont également susceptibles de souffrir des effets à long terme de la violence domestique sur la santé mentale, notamment des symptômes liés au TSPT.

5. Dans l’ensemble, la violence domestique a diminué au cours des dix dernières années (7 % en 2004 ; 6 % en 2009 et 4 % en 2014), mais les données récentes laissent entrevoir une nouvelle hausse depuis 2014.

6. Différentes relations ont des taux d’incidence différents, le taux le plus élevé étant de 11 % chez les femmes lesbiennes et bisexuelles.

Ces résultats soutiennent l’élaboration de programmes de recherche, de politiques publiques et d’interventions qui reconnaissent les actes de violence perpétrés par des femmes et tiennent compte à la fois des spécificités des deux sexes. Notre gouvernement doit s’impliquer dans plusieurs projets visant ces directions.

1. Les femmes risquent davantage de se blesser gravement et de mourir dans un contexte de violence familiale. Par conséquent, les programmes d’intervention devraient continuer à donner la priorité aux femmes victimes. Dans le même temps, les hommes subissent également des sévices graves ayant des conséquences graves pour eux et leurs enfants. Il convient que certaines ressources soient axées sur les hommes et leurs enfants.

2. Le Canada doit s’organiser pour créer des services d’aide aux victimes et des refuges pour pères et enfants. Au Canada, il existe actuellement 627 centres d’hébergement pour femmes violentées. Chaque année à Toronto, plus de 400 hommes sont à la recherche d’un refuge sûr et l’ouverture du premier refuge de Toronto pour hommes et enfants victimes de violence ne suffira pas à la demande.

3. Les recherches sur la victimisation masculine sont bien en retard par rapport aux recherches sur la victimisation féminine. Le Canada doit investir dans la recherche spécifiquement sur les victimes de sexe masculin. En particulier, nous devons mieux comprendre le lien entre la victimisation masculine, le sans-abrisme et les problèmes de santé mentale. Un projet de recherche financé par le gouvernement fédéral intitulé « Les sans-abri masculins en tant que conséquence de la violence domestique », qui a mené une enquête auprès de 250 hommes sans abri sur leurs expériences en matière de violence domestique, démontre une forte causalité.

4. Les services de police doivent s’orienter vers des politiques de lutte contre la violence domestique sexistes. La police doit appliquer des procédures d’investigation communes aux victimes masculines et féminines, au lieu d’adopter une approche sexospécifique qui résulte parfois à arrêter un homme victime plutôt qu’une femme agresseur.

5. Les programmes de dépistage hospitaliers devraient évoluer vers des politiques inclusives. Les hommes et les femmes, et pas seulement les femmes, devraient être interrogés sur leurs expériences avec la violence domestique lors de l’admission à l’urgence.

6. Les programmes et les politiques du gouvernement devraient utiliser un langage non sexiste pour décrire les victimes et les auteurs de violences domestiques.

7. Les agences d’aide aux victimes de tout le secteur devraient se joindre aux campagnes de sensibilisation du public visant à élargir la compréhension du public sur la violence domestique. Les hommes non moins que les femmes bénéficient de la famille, des amis et des collègues de soutien, mais beaucoup de gens n’acceptent toujours pas que les hommes puissent être victimes de violence domestique.

Sur la base de ces conclusions et du consensus qui se dégage parmi les chercheurs, les recommandations suivantes sont destinées à Statistique Canada pour améliorer l’exactitude et la fiabilité des données sur la violence domestique :

1. Statistique Canada devrait cesser d’évaluer la violence familiale en posant des questions réservées aux victimes. Le même individu est souvent à la fois victime et auteur. Plusieurs grandes enquêtes américaines qui ont demandé aux victimes s’il s’agissait également d’agresseurs ont conclu que la violence bilatérale dans laquelle les couples sont mutuellement violents est la forme la plus courante de violence conjugale. C’est aussi la forme de violence domestique dans laquelle les femmes sont plus susceptibles d’être blessées.

2. Statistique Canada devrait renoncer à la « victimisation criminelle » au profit des enquêtes en population générale. Les enquêtes sur la victimisation criminelle créent un biais bien connu du « filtre de la criminalité » et insistent en particulier sur la victimisation masculine, car les hommes sont moins susceptibles de reconnaître que leur victimisation en matière de violence domestique était un crime.

3. Statistique Canada devrait cesser de citer les données de la police dans ses portraits de violence familiale. Les données de la police sont totalement incompatibles avec les enquêtes de population générales de Statistique Canada et avec le consensus qui se dégage actuellement autour de la violence entre les sexes et la violence conjugale. En effet, les données de la police ne prennent en compte que les cas d’abus compatibles avec les politiques institutionnelles relatives à la violence domestique. Les données policières n’enregistrent que les incidents pour lesquels la police a procédé à une arrestation ou lorsque la police a choisi de consigner un incident comme une violence domestique. Au Canada, la plupart des services de police sont tenus d’adopter une approche sexospécifique dans les affaires de violence familiale et traitent donc les enquêtes relatives à des actes perpétrés par des hommes et des femmes différemment, refusant souvent de prendre des mesures contre une femme violente. Dans de nombreux cas, les victimes de sexe masculin se retrouvent arrêtées après avoir appelé la police, ce qui signifie que les cas de victimisation de sexe masculin sont en fait consignés dans les données en tant qu’instances de perpétration par un homme. Cela peut expliquer pourquoi les hommes victimes sont beaucoup plus susceptibles de signaler leur insatisfaction à l’égard de la police, selon l’ESG de 2014.