Le public est informé de la violence conjugale à l’égard des femmes depuis des années. Le phénomène parallèle de la violence conjugale à l’égard des hommes n’est pas aussi bien connu ni aussi bien compris du grand public. Toutefois, les conclusions d’études récentes permettent de mieux saisir l’enjeu de la violence envers les hommes dans les relations intimes. Statistique Canada a commencé à recueillir des données sur la violence entre partenaires intimes, concernant à la fois les hommes et les femmes, dans le cadre de l’Enquête sociale générale (ESG) menée en 1999.

Les hommes et les femmes interrogés devaient répondre à dix questions portant sur la violence physique et d’autres comportements violents ou abusifs de leur présent ou de leur ancien partenaire intime au cours des périodes de 12 mois et de 5 ans précédant l’entrevue téléphonique1. Une proportion presque égale d’hommes et de femmes ont déclaré avoir été victimes du comportement violent de leur partenaire intime et de violence psychologique. Pour certains chercheurs, les motifs qui incitent les femmes à la violence envers leur partenaire intime masculin peuvent différer de ceux qui incitent les hommes à la violence envers leur partenaire intime féminin et les femmes subissent de plus graves blessures que les hommes. Néanmoins, les actes de violence commis par les femmes à l’égard des hommes et leurs conséquences méritent que l’on s’y arrête.

Le présent document vise à mieux faire connaître ce type de violence en résumant les résultats des études sur les comportements violents dont sont victimes les hommes dans leurs relations intimes avec les femmes.

𝗗𝗲𝘀𝗰𝗿𝗶𝗽𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱𝗲𝘀 𝗰𝗼𝗺𝗽𝗼𝗿𝘁𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁𝘀 𝘃𝗶𝗼𝗹𝗲𝗻𝘁𝘀

Même si le titre du présent document, à savoir La violence à l’égard des hommes dans les relations intimes, a trait à la violence dont sont victimes les hommes dans leurs relations intimes hétérosexuelles, il n’aborde pas la violence qui a cours dans les relations entre partenaires du même sexe. Dans ce document, l’emploi de l’expression « violence à l’égard des hommes » sert à désigner toutes formes de violence, qu’il s’agisse d’actes de violence physique ou de violence non physique. Cette expression désigne aussi tout acte de violence commis par une femme dans l’intention d’infliger une blessure physique, d’intimider ou de causer une souffrance psychique à son partenaire intime masculin. Des gestes tels que le fait de bousculer, de pousser, d’empoigner ou de gifler, et par lesquels il est peu probable de causer une douleur ou une blessure importante, appartiennent à la première forme de violence.

Ce comportement se produit souvent dans des relations empreintes également de violence physique.

𝗟𝗶𝗺𝗶𝘁𝗲𝘀 𝗱𝗲𝘀 𝗲́𝘁𝘂𝗱𝗲𝘀 𝘀𝘂𝗿 𝗹𝗮 𝘃𝗶𝗼𝗹𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗮̀ 𝗹’𝗲́𝗴𝗮𝗿𝗱 𝗱𝗲𝘀 𝗵𝗼𝗺𝗺𝗲𝘀

Il est difficile de comparer les résultats des études en raison de la manière dont elles ont été menées. Par exemple, dans certaines d’entre elles, les répondants devaient indiquer s’ils avaient eu des comportements violents avec leur partenaire, alors que dans d’autres, ils devaient indiquer s’ils les avaient subis. Les définitions de la violence et les outils utilisés pour mesurer les actes de violence diffèrent également selon les études. Certaines recherches indiquent un taux de violence plus élevé lorsque les répondants remplissent eux-mêmes un questionnaire que lors des enquêtes menées au moyen d’entrevues en personne ou au téléphone.

Les enquêtes par téléphone se limitent souvent aux francophones ou aux anglophones et, bien sûr, aux ménages qui ont le téléphone, ce qui revient à exclure certaines tranches de population.

𝗖𝗼𝗺𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗺𝗲𝘀𝘂𝗿𝗲-𝘁-𝗼𝗻 𝗹𝗮 𝘃𝗶𝗼𝗹𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗮̀ 𝗹’𝗲́𝗴𝗮𝗿𝗱 𝗱𝗲𝘀 𝗵𝗼𝗺𝗺𝗲𝘀?

Pour mesurer la violence à l’égard des hommes, plusieurs études réalisées en Amérique du Nord et dans d’autres pays ont utilisé des versions adaptées de la Conflict Tactics Scale-CTS de la violence en général.

𝗧𝗮𝘂𝘅 𝗱𝗲 𝘃𝗶𝗼𝗹𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗽𝗵𝘆𝘀𝗶𝗾𝘂𝗲

Statistique Canada dans le dernier ESG a interrogé plus de 11 000 hommes de 15 ans et plus. Parmi ceux qui avaient une partenaire au moment de l’enquête ou au cours des cinq années précédentes, 7 % avaient été victimes au moins une fois d’une quelconque forme de violence conjugale, comparativement à 8 % des femmes dans la même situation. En fait, 13 % de ces hommes ont rapporté avoir subi de tels actes plus de dix fois au cours de la même période. On ignore si le taux de violence conjugale envers les hommes est en train de changer, parce que Statistique Canada a commencé à recueillir des données sur les hommes victimes de violence seulement à compter de 1999.

Par contre, il est intéressant de noter qu’en 2000, un plus grand nombre d’agressions commises par des femmes à l’égard de leur partenaire masculin ont été signalées à la police comparativement à 1995. Depuis 2006, la police note une augmentation de 30% des voies de fait de type 2 envers les hommes de la part de leur partenaire féminin. Dans une enquête réalisée au Canada, on a demandé à 528 femmes de 18 ans et plus, mariées ou vivant avec un conjoint de fait, d’indiquer si elles avaient eu des comportements violents à l’égard de leur partenaire intime au cours des 12 mois précédant l’enquête. Dans cet échantillon, 23,3 % des femmes ont déclaré avoir été violentes avec leur partenaire au moins une fois au cours de l’année écoulée. Parmi les hommes, 12,3 % ont déclaré avoir été victimes de violence de la part de leur partenaire de sexe féminin au cours des 12 mois précédant l’enquête, tandis qu’une proportion à peu près égale de femmes, soit 12,5 %, ont déclaré avoir usé de violence à l’endroit de leur partenaire masculin.

Les conclusions de l’ESG ont révélé que les hommes battus tendaient, plus souvent que les femmes, à indiquer que leur partenaire leur avait lancé un objet, les avaient giflés, leur avait donné des coups de pied ou les avait mordus ou frappés. Dans l’enquête menée au Canada, un pourcentage identique de femmes et d’hommes ont déclaré avoir commis des actes mineurs ou sévères de violence physique à l’égard de leur partenaire.

𝗧𝗮𝘂𝘅 𝗱𝗲 𝘃𝗶𝗼𝗹𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗽𝘀𝘆𝗰𝗵𝗼𝗹𝗼𝗴𝗶𝗾𝘂𝗲

La violence psychologique se caractérise par diverses formes de comportement où l’un des deux partenaires cherche à rabaisser ou à contrôler l’autre. L’ESG fait état de sept différentes formes de violence psychologique allant de la tentative de limiter les contacts de l’autre partenaire avec le monde extérieur à celle de lui limiter la possibilité de s’informer sur sa situation financière. Environ un homme et une femme sur cinq ont déclaré avoir subi une forme de violence psychologique dans leur relation intime au moment de l’enquête ou dans les cinq années précédentes. Une proportion quasi similaire de 11 % d’hommes et de 9 % de femmes ont déclaré avoir été victimes de deux formes de comportement contrôlant « il ou elle est jaloux ».

En plus d’évaluer les perturbations affectives et la souffrance causées par la violence psychologique, il est important de comprendre que cette forme de violence peut dégénérer et aller jusqu’à la violence physique ou l’accompagner. Selon l’ESG, le pourcentage des actes de violence subis sur cinq ans au cours d’une même relation étaient dix fois plus élevés parmi les hommes qui révélaient avoir aussi subi de la violence psychologique. Des études antérieures indiquent également une forte corrélation entre la violence psychologique et la violence physique, bien qu’il faudrait disposer de données longitudinales pour déterminer s’il existe une orientation causale. De manière générale, il est très difficile de déterminer les « causes » de la violence compte tenu des interactions complexes entre les différents facteurs et de l’absence d’études antérieures ou postérieures.

𝗛𝗼𝗺𝗺𝗲𝘀 𝗮̀ 𝗿𝗶𝘀𝗾𝘂𝗲

Selon une étude menée sur 12 mois, les jeunes hommes courent quatre à cinq fois plus de risque que les plus âgés de subir la violence de leur partenaire féminin. L’étude fait état d’un taux de 4 % d’hommes de 25 à 34 ans comparativement à 1 % d’hommes de 45 ans et plus, et d’un taux de 21,8 % d’hommes de 18 à 29 ans comparativement à 4,2 % d’hommes de 65 et plus. Ce risque semble plus fort parmi les hommes conjoints de fait que parmi les hommes mariés. L’existence de conflits dans d’autres sphères que la relation intime semble accroître nettement le risque de violence entre partenaires.

Les femmes qui ont déclaré avoir des conflits importants dans cinq sphères précises de leur vie étaient quatre fois plus susceptibles d’agresser leurs partenaires masculins que les femmes qui déclaraient avoir des conflits peu importants. Des bouleversements ou des tensions pouvant favoriser les conflits, notamment le chômage, un faible revenu, une faillite personnelle, un recul dans la carrière, des heures supplémentaires pour joindre les deux bouts et une incertitude financière prolongée, constituent également des facteurs pouvant susciter un accroissement du taux de violence. Par ailleurs, il faut souligner que les différences dans le niveau de scolarité et de revenu des partenaires ne semblent pas avoir de lien avec le risque de violence conjugale.

𝗖𝗼𝗻𝘀𝗲́𝗾𝘂𝗲𝗻𝗰𝗲𝘀 𝗱𝗶𝗿𝗲𝗰𝘁𝗲𝘀 𝗲𝘁 𝗶𝗻𝗱𝗶𝗿𝗲𝗰𝘁𝗲𝘀 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝘃𝗶𝗼𝗹𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗮̀ 𝗹’𝗲́𝗴𝗮𝗿𝗱 𝗱𝗲𝘀 𝗵𝗼𝗺𝗺𝗲𝘀

Dans le cadre de l’ESG, 13 % des hommes victimes de violence de la part de leur partenaire ont déclaré avoir été blessés et 3 % avoir eu besoin de soins médicaux. Une méta-analyse récente de plus de 80 études sur les agressions physiques entre partenaires hétérosexuels a montré que 35 % des personnes blessées par un partenaire intime et 39 % de celles qui avaient dû recevoir des soins médicaux étaient des hommes. Des analyses narratives récentes ont également fait ressortir la souffrance affective des hommes victimes de violence. Alors que les femmes doivent lutter contre les hommes violents et contre les habitudes, les attitudes et les structures sociales qui les coupent de leur capacité d’agir, les hommes victimes de violence dans leurs relations intimes avec les femmes sont confrontés au maintien d’un idéal viril.

Dans une analyse narrative approfondie, on a étudié les effets de la violence physique sur 12 hommes mariés âgés de 25 à 47 ans. Ces hommes avaient subi diverses blessures telles que des ecchymoses et écorchures multiples, côtes déplacées, lésions aux parties génitales, traumatismes crâniens mineurs, lacérations nombreuses et lésions internes. Les femmes avaient fait usage de cintres, de couteaux à viande, de ciseaux, de tournevis, de téléphones cellulaires, leurs ongles, de casseroles et de poêles, de rouleaux à pâtisserie, de clés et autres projectiles.

L’étude donne quelques indications sur les sentiments éprouvés par ces hommes victimes de violence et les conséquences de leur expérience sur leur identité

Ils ont pensé ne pas avoir réussi à acquérir les caractéristiques que la culture définit comme masculines, dont l’indépendance, la force, la rudesse et l’autonomie. Ils ont également fait état des réactions fréquentes d’incrédulité, de surprise et de scepticisme du personnel des centres pour les victimes de violence conjugale, des institutions juridiques et des hôpitaux, et de leurs amis et voisins lorsqu’ils leur ont révélé les actes de violence qu’ils avaient subis. Ces réactions peuvent ajouter au sentiment de violence dont ils ont été victimes. Même s’il est impossible de généraliser ces résultats, ils montrent clairement qu’il faut entreprendre des recherches pour cerner les facteurs contextuels qui influent sur les motifs, les causes et les effets de la violence physique et psychologique que les hommes subissent.

Selon l’ESG, 25 % des hommes victimes de violence conjugale ont déclaré que leurs enfants avaient vu ou entendu les actes de violence dont ils faisaient l’objet. Une documentation de plus en plus importante a trait aux effets à long terme de la violence familiale sur les enfants, notamment :

• les effets comportementaux comme l’agressivité et la délinquance, et les effets psychologiques comme l’anxiété, la dépression et une faible estime de soi;

• la probabilité que les enfants élevés dans un milieu violent aient également des relations conjugales violentes une fois adultes.

Les conséquences indirectes peuvent aller plus loin si l’on tient compte des coûts économiques qu’elles peuvent avoir pour l’ensemble de la société. Trois études ont montré que la violence à l’égard des femmes coûte, à elle seule, des milliards de dollars au Canada chaque année.

𝗣𝗿𝗲́𝘃𝗲𝗻𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗲𝘁 𝗶𝗻𝘁𝗲𝗿𝘃𝗲𝗻𝘁𝗶𝗼𝗻

La prévention au niveau personnel consiste à apprendre aux partenaires comment réagir dans un conflit sans avoir recours à la violence physique ou psychologique. La prévention au niveau situationnel consiste à réagir de manière positive aux événements-charnières stressants et discernables. Bien sûr, il est toujours possible de mettre un terme à une relation, solution souvent préconisée par les professionnels, mais ce choix revient entièrement à la personne concernée. La prévention au niveau social consiste à modifier les normes qui influent sur les relations interpersonnelles au sein de la famille et de la société dans son ensemble, c’est-à-dire à apporter les changements nécessaires pour réduire l’inégalité entre les sexes, les conflits au sein des couples et les tensions interpersonnelles.

En outre, il faut constamment s’efforcer de mieux informer le public et de diminuer la tolérance à la violence.

𝗖𝗼𝗻𝗰𝗹𝘂𝘀𝗶𝗼𝗻𝘀

La violence dans les relations intimes est inacceptable, qu’elle soit le fait des hommes ou des femmes, et la violence à l’égard des hommes est un problème social complexe qui mérite d’être soigneusement examiné. Il est nécessaire d’intervenir pour prévenir et faire diminuer la violence physique et psychologique dès qu’elle survient.

Contrairement à des situations de violence perpétrées à l’extérieur du foyer ou vécues avec des personnes étrangères, le partenaire violent et sa victime sont souvent liés par des sentiments d’amour, d’affection et d’attachement. Il faut toutefois rappeler qu’un acte ou des menaces de violence, peu importe le contexte, constituent des infractions au Code criminel du Canada.