Le deuxième couperet de l’agression sexuelle : le silence

Le viol, les abus, les agressions sexuelles, l'inceste… Autant de tragédies bien souvent indissociables du silence. Un silence pesant, écrasant même, véritable double peine pour les victimes : comme si l'agression ne suffisait pas, le traumatisme et le silence coupable les rongent encore un peu plus, si c'est possible.

Ce fléau du silence est à la fois incompris de la société, qui le juge d'un œil critique, et vécu comme un mal permanent par les victimes, qui n'arrivent pas à s’en défaire, et à enfin libérer leur conscience.

Nous allons voir que le silence suite à des agressions sexuelles est malheureusement une triste réalité. Il ne concerne pas les seules victimes, mais celles-ci en souffrent à un point qu'on peine à imaginer.

Le silence, une réalité effrayante

Les chiffres ont malheureusement la dent dure. La majorité des personnes ont du mal à le comprendre, mais très peu de femmes victimes de viol ou de tentatives de viol portent plainte. Une enquête de l'Insee et de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales livre à ce sujet des chiffres effrayants pour l'année 2014 en France.

Ce ne sont en effet pas moins de 84 000 femmes qui ont été victimes de viol ou de tentatives de viol cette année-là. Soit une moyenne de 230 par jour… Sans compter toutes celles que justement le silence nous empêche de prendre en compte. Sur ces 84 000, seulement 10 % d'entre elles ont porté plainte. Pire encore, plus de la moitié de ces victimes ne consultent même pas un médecin, appellent un numéro vert ou demandent de l'aide à une association.

Pour information, on dénombrait, selon l’Institut national d’études démographiques, 2 700 hommes victimes d’au moins un viol en 2016. Sachant que la loi du silence les frappe peut-être plus durement encore que les femmes.

Et ne parlons pas des chiffres tout aussi aberrants du harcèlement sexuel au travail…

Les motifs du silence

Le pire, c'est que les victimes sont en plus culpabilisées, pour ne pas dire moquées, de ne pas porter plainte. Les raisons de ce silence sont pourtant multiples.

En premier lieu arrivent la honte et la culpabilité. Les victimes de viol ont peur d'être raillées, de se voir rétorquer les fameux boniments du genre « Vu comme tu étais habillée, tu l'as sûrement un peu cherché ». Il y a aussi la stigmatisation qui explique le silence : raconter son viol, c'est s'exposer à ne plus être définie que par lui jusqu’à la fin de ses jours, et à ne plus jamais pouvoir développer une relation saine avec les autres.  

Beaucoup de viols et d’agressions sexuelles ont lieu dans le cercle proche : cela complique encore plus la prise de parole, car la victime peut avoir peur des représailles, et ne pas vouloir jeter l'opprobre et la discorde dans le cercle familial.

Ajoutons enfin la méconnaissance et la crainte du système judiciaire, qui peuvent décourager les victimes de se faire connaître.

LES silences

Le silence ne touche pas que les femmes victimes de viol. Il brise également la vie des hommes, dont les stéréotypes les empêchent encore plus d’avouer les événements dont ils ont été victimes. Le silence frappe aussi les témoins, l’entourage, la société… Les agressions sexuelles restent encore un sujet plus que tabou, qui met mal à l'aise aussi bien les victimes que les autres.

Un mal absolu

Le silence n’est rien de moins qu’un fléau. Un fléau qui nous ronge, nous culpabilise, nous dévore de l’intérieur, quotidiennement. Nous avons la sensation que le briser est impossible, mais que vivre avec l’est tout autant. C'est une véritable chape de plomb, qui nous maintient au sol et nous empêche d’avancer.

Si vous êtes victime, nous savons à quel point il est pénible de sortir de ce silence. Sachez que si vous y parvenez, la sensation de liberté qui s’ensuivra sera à la hauteur de la souffrance encourue durant tout ce temps. Vous n'êtes pas seule, beaucoup d'associations et organismes peuvent vous aider. Si vos proches vous aiment véritablement, ils sauront vous écouter avec tendresse et compréhension, et vous aider à vous décharger de ce fardeau.

Si vous êtes témoin ou connaissez une victime d'agression sexuelle, soyez indulgent et plein de compassion lorsqu’il s'agira pour elle de briser le silence. Sachez que cela demande un effort incommensurable, alors respectez-la ! Le poids du silence est une torture qui peut tous nous concerner un jour ou l’autre, alors aidons-nous mutuellement à l'affronter avec humanisme.

Donald Duguay

Fondateur - rédacteur

Fondateur du mouvement, il est animé d’une grande passion à venir en aide au suivant. De victime d’agression sexuelle à survivant, il choisit maintenant de devenir un agent de changement au service de la cause.