Dans le premier cas de figure, nous verrons pourquoi et comment Hélène David a failli lamentablement à la tâche qui lui incombait avec sa réforme des institutions d’enseignements. Plus navrante encore, Sonia LeBel semble suivre les traces de la première, puisque les échos émanant du groupe de travail constitué pour réformer l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale sont plus que décevants.

Qu’une ministre de la Justice laisse le soin à une députée de Québec solidaire de déposer un projet de loi visant à abolir le délai de prescription, que les libéraux en plus de quinze ans au pouvoir n’ont jamais été tentés de faire, démontre le peu d’importance qu’elle accorde au dossier. Qu’elle veuille faire une fleur politique à Christine Labrie, femme de bonne volonté, ne soulève que l’aspect calculateur et froid de l’individu aux commandes. Nous verrons pourquoi il aurait été largement préférable de voir Sonia LeBel sonner la charge elle-même pour envoyer un message fort aux institutions qui seront responsables de la mise en œuvre de la réforme à venir.

Pour ce faire, nous prendrons l’exemple-cadre des institutions d’enseignements. Mais celui-ci peut aussi bien s’appliquer à la réforme sans dents et sans réelle volonté politique mijotée par Sonia LeBel. Rappelons qu’il aura fallu que Véronique Hivon s’avance si vigoureusement dans ce dossier, risquant au passage de faire perdre la face à la ministre de la Justice, pour faire bouger la CAQ. Sans elle, aucune mesure de réforme n’aurait été entreprise sur le sujet par la CAQ. Nous en voulons pour preuve les appels que nous avons nous-mêmes faits au siège de ce parti tout juste avant le déclenchement de la dernière élection tout autant qu’après. Pour la CAQ, ce n’était ni un enjeu prioritaire ni une réforme qui figurait sur leur écran radar de quelques manières.

Alors pour le bien de tous, et surtout celui de Sonia LeBel, voici un petit cours de politique 101…

Les politiques visant à promouvoir l’égalité et l’équité des genres dans le domaine de la formation initiale et continue des enseignants, de leur rétention et du soutien qui leur est apporté doivent être au cœur des réformes, des politiques et de la planification de l’éducation à l’échelle nationale. Depuis les années 60, plusieurs initiatives ont été mises en œuvre pour promouvoir les questions d’égalité des genres de telle sorte que les femmes et les hommes soient à la fois acteurs et bénéficiaires du processus de développement. Des évaluations ont été faites, des instruments de politique internationaux et régionaux ont été signés et ratifiés par des États, et des plans d’action et des stratégies ont été élaborés, en particulier au niveau des pays. Malgré cela, les questions liées au genre, telles que les inégalités d’accès aux ressources et aux bénéfices de l’éducation, notamment le droit à l’éducation, aux services de santé, ainsi que la protection contre la violence restent des défis majeurs pour tous. L’un des principaux points de départ pour progresser vers l’égalité des genres est de prendre en compte les questions de genre dans le processus éducatif et, plus précisément, d’intégrer la perspective de genre dans la formation des enseignants en général et dans les IFE (Institut de formation d’enseignants) en particulier. Force est néanmoins de constater que bon nombre de politiques éducatives et, plus particulièrement, les rares politiques de formation des enseignants qui existent ne traitent pas des inégalités et des injustices entre les genres qui prévalent dans ce secteur. C’est ce qu’il ressort d’une évaluation des politiques de formation des enseignants et des politiques éducatives

Les objectifs de ce texte :

1. clarifier le concept de politique ;

2. décrire brièvement et commenter les différentes composantes d’une politique ;

3. expliquer le cycle d’élaboration des politiques et les questions d’égalité des genres qui se posent à chaque phase du processus d’élaboration des politiques ;

4. exposer les étapes à suivre pour intégrer la perspective de genre dans la formation des enseignants.

Les instruments internationaux servent de cadre élargi aux pays et aux régions pour formuler des politiques qui prennent en compte les questions relatives aux droits de l’homme et d’autres questions de développement. Au niveau régional par exemple, la mise en œuvre de la DUDH (Déclaration universelle des droits de l’homme) en Afrique a débouché sur l’adoption en 1981, par l’Organisation de l’unité africaine (OUA) de l’époque, de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, laquelle est entrée en vigueur en 1986. De nombreux pays ont également formulé un Plan national d’action pour l’égalité des genres en vue d’honorer les engagements qu’ils avaient énoncés dans la Plateforme pour l’action de Beijing (BPoA). Il apparaît ainsi que, s’inspirant des grandes lignes tracées dans les instruments internationaux, les États ont abordé les questions relatives aux droits de l’homme par le biais de leurs instruments nationaux, en l’occurrence leurs constitutions, leurs lois et leurs politiques. Dans la plupart des cas, les lois et les politiques nationales reposent sur des instruments juridiques internationaux et régionaux ou sont formulées dans le cadre des instruments juridiques internationaux, régionaux et nationaux. Les politiques nationales servent, à leur tour, de cadre aux institutions et aux organisations pour élaborer leurs politiques. Par conséquent, avant toute initiative de politique, un établissement doit commencer par un examen des politiques nationales afin de s’assurer que le contenu de cette politique institutionnelle soutient la mise en œuvre de la politique nationale. Les établissements peuvent aussi jouer un rôle en effectuant une analyse critique de la politique nationale. Dans le contexte de la formation à l’enseignement par exemple, des membres du personnel d’IFE peuvent faire une analyse critique de la politique de formation des enseignants ou de la politique de l’enseignement supérieur sous l’angle du genre et soumettre à débat ces questions de genre, ce qui peut conduire à une révision de la politique. La figure 1 illustre les rapports qui existent entre les politiques institutionnelles et les instruments nationaux, régionaux et internationaux.

Figure 1

Il existe différentes définitions du concept de politique en fonction du contexte. La définition utilisée dans ce texte est celle qui est donnée par Pal (2002, p. 2). Selon Pal, « la politique est une manière d’agir ou de s’abstenir d’agir adoptée par les pouvoirs publics pour résoudre un problème donné ou un ensemble de problèmes interdépendants ». Une définition voisine présente la politique comme « une ligne directrice ou un cadre adopté par les pouvoirs publics pour résoudre un problème particulier ou un ensemble de problèmes interdépendants ».

L’importance de la politique et, plus précisément, de la politique éducative, a été résumée dans les termes suivants : « [Une politique nationale…] peut… guider les décisions et actions futures de développement de l’éducation de façon cohérente, y compris celles des agences de coopération internationale. Elle représente aussi un engagement public du gouvernement sur l’orientation future du secteur » (Jallade, Radi et Cuenin, 2001, p. 46).

Une politique comprend au moins trois composantes de base : définition du problème, objectifs et instruments.

Le problème correspond à la question à résoudre par la politique. Dans le contexte de la formation des enseignants par exemple, une inégalité de répartition des IFE dans les diverses régions d’un pays, qui prive certains groupes d’un accès à la formation, peut être considérée comme un problème. Identifier et définir des problèmes prend parfois beaucoup de temps et peut être le résultat de discussions menées à différents niveaux. Ces précisions ne figurent toutefois pas dans le document de politique lui-même ; les problèmes majeurs sont habituellement discutés dans les coulisses.

Les objectifs, qui sont la deuxième composante, sont liés à la définition du problème. Ils expriment notre vision de la situation dans laquelle nous voulons être après résolution des problèmes qui ont été identifiés. Dans l’exemple ci-dessus (inégalité de répartition des IFE), notre objectif peut être la mise en place d’au moins un de ces établissements dans chaque région d’ici la fin de la cinquième année qui suit la formulation et la validation de la politique. On distingue habituellement deux types d’objectifs, les objectifs généraux et les objectifs spécifiques. Ils doivent être énoncés clairement dans la politique.

Les instruments de politique, la troisième composante, désignent les moyens utilisés pour aborder les problèmes afin de résoudre le problème qui a été défini et, par là même, atteindre les objectifs. Les instruments de politique répondent à la question du « comment ». Dans certaines politiques, ils sont appelés « stratégies ». Ce sont simplement les moyens exposés dans la politique pour pouvoir atteindre les objectifs. Les instruments peuvent indiquer un projet de structure chargée de mettre en œuvre la politique, les sources de financement recensées ou une liste des divers partenaires du développement. Dans l’exemple cité précédemment, la création d’un partenariat entre le gouvernement et la communauté ou entre le gouvernement et diverses organisations internationales en vue de mobiliser des financements et bénéficier d’une assistance technique peut être la stratégie choisie pour implanter des IFE dans chaque région.

Une politique doit garantir la cohérence interne des trois principaux éléments : définition du problème, objectifs et instruments. Il convient donc de formuler les objectifs de telle sorte qu’ils traitent le problème qui a été identifié et les stratégies nécessaires pour permettre aux responsables de la mise en œuvre d’atteindre les objectifs. Par ailleurs, une politique doit être verticalement et horizontalement compatible (l’action publique adoptée dans un secteur ne doit pas être en contradiction avec l’action adoptée dans un autre secteur).

Le cycle d’élaboration des politiques

La description des phases du cycle d’élaboration des politiques varie selon les auteurs (Haddad, 1995 ; Pal, 2002). Dans sa version la plus couramment adoptée, le cycle comprend : la définition du problème, l’établissement du programme d’action, la formulation de la politique, l’adoption de la politique ou la légitimation de la politique, la mise en œuvre de la politique et l’évaluation de la politique. La figure 2 illustre ces différentes phases du cycle d’élaboration des politiques.

Figure 2
Politique sexospécifique

Formuler une politique sexospécifique suppose d’avoir conscience et connaissance des positions différentes que les femmes et les hommes occupent dans une société, ainsi que de leurs possibilités différentes d’accès aux ressources et de maîtrise des ressources. Une politique sexospécifique vise à éliminer les inégalités entre les sexes dans le secteur où elle est mise en œuvre. Elle rend dès lors possible l’égalité des genres en faisant en sorte que les hommes et les femmes bénéficient de manière identique et équitable de la mise en œuvre de la politique. Par définition, une politique sexospécifique examine la question du genre dans toutes ses composantes de base en intégrant la perspective de genre.

Dans ce contexte, l’intégration de la perspective de genre consiste à connaître l’existence de disparités liées au genre, leurs causes et leurs conséquences et à faire en sorte de les prendre en considération à chaque phase du cycle d’élaboration de la politique ou de l’analyse et de la révision de la politique. Elle renvoie aux efforts visant à examiner et modifier les processus de formulation et de mise en œuvre de la politique, dans tous les domaines et à tous les niveaux, sous l’angle du genre en vue d’éliminer et de corriger les disparités qui existent ou apparaissent entre les hommes et les femmes. Elle correspond à une stratégie conçue pour modifier le processus de conception, de mise en œuvre et d’évaluation de la politique en fonction des besoins, priorités, centres d’intérêt et valeurs sexospécifiques et souvent diversifiés d’hommes et de femmes qui occupent des positions différentes (True, 2003).

Intégration de la perspective de genre dans la politique de formation des enseignants

Deux cas peuvent se présenter pour les IFE. Soit ils n’ont pas de politique du tout, soit ils ont une politique, mais celle-ci ne prend pas en compte les questions de genre ou n’intègre pas la perspective de genre. Dans le premier cas, ils doivent élaborer leur propre politique sexospécifique. Dans le deuxième cas, ils doivent revoir leur politique sous l’angle du genre. Cette partie du texte est consacrée à l’intégration de la perspective de genre à chacune des phases du cycle d’élaboration des politiques selon la séquence illustrée sur la figure 2 : définition du problème, établissement du programme d’action, formulation de la politique, légitimation de la politique et évaluation de la politique.

Définition du problème

La définition du problème expose la nature, l’ampleur et l’importance du problème dans le contexte de l’environnement politique existant (engagements politiques et juridiques internationaux, régionaux et nationaux). Cette phase consiste à identifier un problème, à l’examiner et à explorer des solutions possibles en menant des recherches et des discussions. Elle exige de cerner les contours du problème de façon aussi claire que possible. Elle suppose d’avoir au préalable recueilli des informations dans divers documents et collecté, le cas échéant, des données primaires. Elle nécessite, en outre, des IFE qu’ils situent le problème dans le contexte des politiques nationales et des plans de développement pertinents. Plusieurs types de questions sont susceptibles de faciliter l’identification d’un problème, par exemple : Qu’attend-on des IFE sur le plan de leur contribution à la réalisation d’objectifs convenus aux niveaux national et international, comme l’EPT (Éducation pour tous) et les OMD (Objectifs du Millénaire pour le développement) ? Quelles sont les questions sur lesquelles ils doivent concentrer leur attention, en particulier les questions d’égalité des genres ? La pénurie d’enseignants est-elle un problème ? La question des écarts liés au genre parmi les enseignants s’est-elle posée ? Les disparités de genre entre les filles et les garçons sont-elles un problème ? Y a-t-il un lien avec les écarts liés au genre dans le corps enseignant ? Ces questions parmi d’autres aident à identifier les problèmes de formation des enseignants, de même que les problèmes de genre qui se posent au niveau national et qui peuvent être traités en formulant une politique adaptée dans les établissements concernés.

S’appuyant sur une analyse exploratoire des questions relatives aux enseignants et au genre qui sont exposées dans des documents nationaux, les IFE ont à examiner les problèmes qui les concernent. Quels sont les problèmes à traiter par un IFE ? Il peut s’agir par exemple du faible niveau des effectifs, de la qualité de l’éducation, du manque de formateurs d’enseignants qualifiés, de la pénurie de financements, etc. Quel que soit le problème qui est identifié, l’établissement doit l’étudier du point de vue de l’égalité des genres. Pour cela, il doit commencer par rechercher les disparités de genre pouvant exister dans divers domaines et à différents niveaux parmi les étudiants, les enseignants et le personnel administratif. Cette recherche peut ainsi porter sur :

- la proportion d’hommes et de femmes dans le personnel enseignant ;

- la proportion d’hommes et de femmes dans le personnel enseignant, par qualification ;

- la proportion d’hommes et de femmes à des postes administratifs clés ;

- la proportion d’hommes et de femmes parmi les stagiaires ;

- la proportion d’hommes et de femmes parmi les stagiaires, par performances académiques.

Ce type de statistiques et d’analyse préliminaire permet de révéler d’éventuelles disparités liées au genre et, par la suite, d’en examiner les causes. De plus, l’attitude institutionnelle, manifestée par l’existence d’instruments en faveur de l’équité et de l’égalité tels que l’action positive, de structures telles que des points focaux pour le genre et d’autres pratiques comme une politique de lutte contre la violence fondée sur le genre et des études au sein de l’établissement, est un indicateur du type de problèmes à traiter dans le cadre de la politique.

Établissement du programme d’action

Après avoir identifié le problème, il faut statuer sur la nécessité d’une politique. Dans l’affirmative, il faut s’efforcer d’informer les personnels et les décideurs concernés du problème et des solutions possibles pour en faire une question nécessitant une politique. Les politiques, stratégies, programmes ou structures déjà existants peuvent parfois résoudre une partie du problème. Par exemple : Le programme de développement professionnel continu qui est en place peut-il répondre au problème de qualification des enseignants ? Est-il possible de lutter contre les disparités de performances entre les genres par l’introduction d’aides didactiques plutôt que par une politique ? La politique nationale ou le plan national d’action pour l’égalité des genres déjà en place permettent-ils d’y remédier ? Dans ce cas, l’établissement peut être amené à revoir les politiques, programmes ou structures existants et, parallèlement, à y introduire une perspective de l’égalité des genres afin de les renforcer et d’être plus efficace dans la résolution des problèmes. Si des politiques sexospécifiques existent, les IFE peuvent être conduits à élaborer un plan plus concret pour les mettre en œuvre, tandis que, pour d’autres problèmes, une politique peut s’imposer. Dans ce cas, le problème peut être soumis à l’autorité concernée sous la forme d’un programme d’action.

Définition des objectifs ou des résultats

Après avoir défini le problème et si la nécessité d’une politique est établie, il faut définir les objectifs à atteindre pour résoudre le problème en question. Dans le contexte des IFE, les objectifs peuvent être d’augmenter les effectifs, d’améliorer la qualité, d’obtenir des ressources, de limiter la forte rotation des effectifs ou de réduire les disparités entre les genres.

Les objectifs de la politique doivent énoncer de façon claire et précise les préoccupations touchant au genre. Si le problème concerne le taux d’abandon des femmes ou des hommes, l’un des objectifs peut être de « faire en sorte que les deux sexes achèvent leur cycle complet de formation ». Dans ce cas, il faut aussi prendre conscience que des mesures différentes sont parfois indispensables pour que les femmes et les hommes bénéficient équitablement des résultats. Dans un IFE par exemple, en fonction de l’évolution des disparités entre les genres dans ce contexte spécifique, il peut être nécessaire d’adopter une action positive pour les admissions et de proposer des aides didactiques pour les hommes et pour les femmes. Différents types d’indicateurs de performance et de données ventilées par sexe sont à utiliser pour refléter les dimensions de genre. Les objectifs énoncés doivent prendre en considération les divers obstacles liés au genre auxquels sont confrontés les femmes et les hommes pour bénéficier des résultats dans des conditions égales et équitables (Status of Women, 1996, p. 16).

Formulation de la politique

La formulation de la politique comprend essentiellement deux étapes : déterminer les options possibles pour une politique et sélectionner l’option optimale. Dans le cadre de ce processus, il peut être nécessaire de débattre des choix qui s’offrent en analysant à la fois les avantages et les coûts de chaque option. Une recherche, comportant une étude approfondie du problème au moyen de données primaires, secondaires ou les deux, permet de dégager les options possibles. S’agissant de la collecte d’informations, il est important d’accéder à toutes les données afférentes à l’établissement de formation des enseignants, consulter toutes les personnes et toutes les organisations concernées et utiliser des données numériques ventilées par sexe. Une analyse des politiques existantes peut aussi être menée. Sur la base des informations qui ont été recueillies, sont ensuite présentées les options optimales pour atteindre l’objectif de la politique de manière efficace et effective.

Pour que les questions d’égalité des genres soient prises en compte dans le processus d’analyse et de discussion, il convient de considérer les positions différentes que les femmes et les hommes occupent dans une société et les conséquences qui en résultent sur les effectifs et la réussite des femmes et des hommes dans des IFE. Le genre, en tant que cadre analytique, doit être pris en considération dans l’analyse et les options qui sont présentées. Il importe en outre d’inclure les hommes et les femmes dans le processus de formulation de la politique.

Pour intégrer les questions liées à l’égalité des genres dans le choix d’une politique destinée à promouvoir l’égalité et l’équité des genres, l’un des critères de choix est l’absence d’éléments juridiques, économiques et culturels faisant obstacle à une participation équitable. La contribution de la politique envisagée à la réalisation des autres engagements politiques et juridiques du gouvernement est un atout pour son acceptation.

Légitimation de la politique

Pour qu’une politique obtienne un statut juridique, elle doit avoir la forme d’un document de politique officiel approuvé par les autorités concernées de l’établissement de formation des enseignants, ainsi que par le ministère ou les services ministériels concernés, selon les structures et les pratiques du pays en question. Cette étape est importante, car elle confère une légitimité à la politique. Une politique, dès lors qu’elle est approuvée, sert également d’instrument de plaidoyer et de document pour mobiliser des fonds.

Mise en œuvre de la politique

La mise en œuvre désigne les activités concrètes proprement dites à réaliser pour atteindre les buts et les objectifs de la politique. À ce stade, un certain nombre de décisions importantes sont prises concernant les réglementations, les structures, le budget et les partenariats. Toutes ces décisions sont essentielles pour mettre en œuvre la politique. La mise en œuvre d’une politique implique un engagement. L’expérience montre que bon nombre de pays et d’organisations disposent d’instruments de politique très performants, mais, la plupart du temps, sur le papier. Après l’élaboration de la politique, phase qui mobilise énormément de ressources, sa mise en œuvre mérite une grande attention. La première question à se poser est celle des changements indispensables pour mettre en œuvre la politique. Faut-il instaurer de nouvelles règles et réglementations institutionnelles ou plutôt revoir les règles et les réglementations existantes ?

Dans un établissement de formation des enseignants par exemple, faut-il revoir les réglementations relatives à la formation continue pour faire en sorte que les hommes et les femmes en bénéficient dans des conditions égales et équitables ? Faut-il prévoir une politique de lutte contre le harcèlement sexuel ? Faut-il élaborer une stratégie de mobilisation des ressources ? Quelles sont les structures à mettre en place ou à remanier ? Des crédits supplémentaires sont-ils nécessaires ou faut-il plutôt réexaminer les dotations budgétaires actuelles à la lumière de l’égalité des genres (cf. budgétisation sexospécifique) ? Comment suivre le déroulement du processus de mise en œuvre ? Comment les informations sont-elles compilées et partagées ? Tous ces aspects et bien d’autres sont à étudier. Et pour chacun d’eux, il faut se poser la question suivante : Comment créer une situation dans laquelle à la fois les hommes et les femmes bénéficient de la mise en œuvre de la politique ? Dans le domaine budgétaire, on peut envisager d’affecter des crédits à des activités spécifiques ciblées en direction des hommes et des femmes ou en direction de personnes issues de régions défavorisées ou de personnes handicapées, etc.

Évaluation de la politique

L’évaluation consiste à suivre et mesurer le processus et les effets de la mise en œuvre de la politique. La recherche et l’analyse font partie des stratégies utilisées pour déterminer si les objectifs de la politique ont été atteints et si des résultats imprévus, positifs ou négatifs, sont apparus. Le processus d’évaluation a comme autre d’objet d’identifier les différents types d’effets : directs ou indirects, à court terme ou à long terme. Les informations issues de l’évaluation sont destinées à servir d’apport au prochain cycle ou processus d’élaboration des politiques.

L’étape de suivi et d’évaluation de la politique est habituellement délicate, car elle exige une grande cohérence dans le suivi, la collecte d’informations et les efforts pour pouvoir comparer les objectifs de la politique avec le résultat des activités réalisées pour la mettre en œuvre. Les objectifs de la politique servent de cadre à tout instrument conçu pour collecter et compiler des informations en vue de l’évaluation. Les instruments ainsi conçus doivent inclure le genre comme catégorie d’analyse et incorporer la problématique hommes-femmes dans les questions. Les questions ayant spécifiquement trait aux femmes et aux hommes qui sont exposées dans la définition du problème doivent être examinées, et les données recueillies durant le processus de collecte doivent concerner à la fois les hommes et les femmes. Dans le contexte des IFE, les données à réunir sur les effectifs, les performances et la réussite, la formation continue, l’avancement, le leadership et l’administration doivent être ventilées par sexe. Les données relatives aux activités menées pour répondre à des questions de genre, comme le harcèlement sexuel, doivent aussi être analysées pour guider la formulation de la politique. Selon la durée d’exécution de ces activités, il peut être nécessaire d’examiner leurs effets à court terme et à long terme. Dans la mesure où l’objectif global d’une évaluation de la politique est de consolider ses points forts et d’éliminer ses points faibles, il est important de mettre à profit les apports de l’évaluation de la politique dans le cycle suivant de l’élaboration des politiques.

De la politique à la planification

La diffusion d’une politique est une étape cruciale de sa mise en œuvre. Toutes les parties prenantes concernées doivent connaître la politique, l’accepter, se l’approprier et adhérer à sa mise en œuvre. Il faut donc associer les parties prenantes au processus bien avant d’élaborer la politique. Par ailleurs, la diffusion de la politique permet d’en avoir une connaissance plus approfondie, les responsables de la mise en œuvre utilisant la politique comme cadre de référence au cours des différentes phases de sa mise en œuvre.

Comme on l’a indiqué précédemment, une politique est une ligne directrice ou un cadre. Pour la mettre en œuvre, il faut en décomposer les objectifs en éléments applicables lors d’un processus dit de planification. C’est la raison pour laquelle les politiques institutionnelles sont habituellement suivies de plans institutionnels, lesquels traduisent les objectifs de la politique en activités spécifiques destinées à en faciliter la réalisation. À titre d’exemple, pour mettre en œuvre la politique d’un établissement de formation des enseignants, il est d’usage d’établir un plan de mise en œuvre sur cinq ans qui décrit une situation de départ, des cibles et des indicateurs. Le plan peut en outre indiquer des organismes responsables et des lignes directrices à appliquer pour le suivi.

Selon la nature du problème, la structure en place et le contexte juridique existant, la mise en œuvre d’une politique peut nécessiter des mesures juridiques. Dans un établissement de formation des enseignants par exemple, il peut être nécessaire d’adopter une action positive (s’il n’en existe pas), de désigner un point focal pour le genre, d’affecter des crédits pour des activités spécifiquement conçues pour des femmes et les hommes ou pour des groupes qui requièrent un traitement différencié afin de bénéficier de la politique dans des conditions aussi équitables et identiques que les autres. On peut également avoir besoin de revoir la réglementation en matière de dortoirs ou d’hébergements, etc.

La mise en œuvre d’une politique exige souvent de modifier des structures existantes ou d’en créer de nouvelles pour en assurer le suivi ou la responsabilité. Dans un établissement de formation des enseignants par exemple, la responsabilité de mettre en œuvre la politique peut être confiée au responsable des affaires académiques ou au département de la planification, ou bien à une structure spécialement créée à cette fin. Après désignation ou création de la structure responsable, il est important d’affecter des ressources humaines et financières en quantité suffisante pour mettre en œuvre la politique. Il s’agit là d’un point majeur, car les plaintes, en particulier dans le domaine de l’égalité des genres, portent fréquemment sur le manque de ressources financières et humaines qualifiées en la matière. À cet égard, l’instauration d’une budgétisation sexospécifique dans l’établissement aide à résoudre le problème.

La constitution de partenariats est un aspect fondamental de la mise en œuvre d’une politique. Dans bien des cas, l’IFE ne finance pas tout ce qui est prévu dans une politique. Dans de nombreux établissements, des personnes ou des responsables sont par exemple désignés comme point focal pour le genre afin de mener des actions de plaidoyer et d’établir des partenariats en vue de mobiliser des fonds ou d’autres ressources, par exemple une assistance technique. Des partenariats sont aussi possibles avec des organisations de la société civile (OSC) ou des organisations communautaires (OBC). Diverses stratégies de plaidoyer sont applicables pour établir des partenariats. Ce n’est qu’à l’issue de ces différentes activités préalables que la mise en œuvre proprement dite de la politique peut débuter.

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Sources:

Condition féminine Canada. 1998. Analyse comparative entre les sexes. Guide d’élaboration des politiques. Ottawa : Condition féminine Canada. http://publications.gc.ca/collections/Collection/SW21-16-1996F.pdf

Haddad, W. D. 1995. Le processus de planification et de formulation des politiques d’éducation : théorie et pratiques. Paris, Institut international de l’UNESCO pour la planification de l’éducation (IIPE).

Jallade, L., Radi, M. et Cuenin, S. 2001. Politiques et programmes nationaux d’éducation face à la coopération internationale. Quel rôle pour l’UNESCO ? Paris : UNESCO. http://unesdoc.unesco.org/images/0012/001226/122617fo.pdf

Pal, A. L. 2002. Beyond Policy Analysis: Public issue management in turbulent times. Scarborough: Nelson Education Ltd.

True, J. 2003. Mainstreaming Gender in Global Public Policy. International Feminist Journal of Politics, Vol. 5, N° 3, p. 368-396.

UNESCO. 2003. Cadre de mise en œuvre de la stratégie de l’UNESCO en matière de généralisation de l’analyse selon le genre pour 2002-2007. Paris : UNESCO.