Des neuroscientifiques de l’Université du Texas à Austin ont découvert un groupe de cellules dans le cerveau qui sont responsables de la réapparition inattendue d’un souvenir effrayant. Cette découverte pourrait conduire à de nouvelles recommandations sur le moment et la fréquence de l’utilisation de certains traitements de l’anxiété, des phobies et du trouble de stress post-traumatique (TSPT).

Dans un article publié dans la revue Nature Neuroscience du mois d’avril 2019, les chercheurs décrivent l’identification de « neurones d’extinction » qui suppriment les souvenirs effrayants lorsqu’ils sont activés, ou permettent à ces souvenirs de revenir lorsqu’ils ne le sont pas. Loin d’être un interrupteur qui permet de les éteindre, ce groupe de neurones agirait plutôt comme un contrepoids aux mauvais souvenirs.

Rappelons que le trouble de stress post-traumatique est une réaction psychologique consécutive à une situation lors de laquelle l’intégrité physique ou psychologique d’une personne, ou celle de son entourage, a été menacée ou effectivement atteinte (notamment en cas d’agressions sexuelles, viol, maltraitance, négligence de soins de la petite enfance, agression). Les capacités d’adaptation du sujet, son aptitude à gérer la situation, sont débordées. La réaction immédiate à l’événement aura été traduite par une peur intense, par un sentiment d’impuissance ou par un sentiment d’horreur.

Depuis l’époque de Pavlov et de ses chiens, les scientifiques savent que les souvenirs que nous pensions avoir laissés derrière nous peuvent surgir à des moments inopportuns, déclenchant ce que l’on appelle l’intrusion spontanée, une forme de résurgence. Il ne s’agit pas là seulement de vagues réminiscences, mais d'une incapacité à empêcher ces souvenirs de revenir nous hanter. Certains parlent même de reviviscence pour dire à quel point il s’agit davantage de véritables flash-backs envahissants que de simples souvenirs. Ce que les scientifiques ne savaient pas, c’était les raisons du phénomène, et surtout les détails de son fonctionnement. Mystère dont la science moderne commence lentement à lever le voile.

« Il y a souvent une résurgence de la peur initiale, mais nous en savions très peu sur les mécanismes », a déclaré Michael Drew, professeur agrégé de neuroscience et auteur principal de l’étude. « Ces types d’études peuvent nous aider à comprendre la cause potentielle de troubles, tels que l’anxiété et le TSPT, et peuvent également nous aider à comprendre les traitements potentiels. » Après avoir longtemps cherché la cause dans l’amygdale, c’est ailleurs qu’ils ont trouvé une piste de réponse.

Car l’une des surprises de Drew et de son équipe a été de découvrir que les cellules du cerveau qui suppriment les souvenirs de peur sont cachées dans l’hippocampe. Traditionnellement, les scientifiques associent la peur à une autre partie du cerveau, l’amygdale. Mais l’hippocampe, responsable de nombreux aspects de la mémoire et de la navigation dans l’espace dans lequel nous évoluons, semble jouer un rôle important dans la contextualisation de la peur, par exemple en attachant des souvenirs effrayants à l’endroit où ils se sont produits.

La découverte peut aider à expliquer pourquoi l’un des principaux moyens de traiter les troubles liés à la peur, la thérapie par exposition, cesse parfois de fonctionner. La thérapie par exposition favorise la formation de nouveaux souvenirs de sécurité qui peuvent prévaloir sur un souvenir de peur originel. Par exemple, si quelqu’un a peur des araignées après avoir été mordu par l'une d'entre elles, il peut entreprendre un traitement d’exposition en laissant une araignée inoffensive marcher sur lui. Les mémoires sûres sont appelées « mémoires d’extinction ».

« L’extinction n’efface pas la mémoire de la peur d’origine, mais crée plutôt une nouvelle mémoire qui inhibe ou fait concurrence à la peur d’origine », a déclaré Drew. « Notre article démontre que l’hippocampe génère des traces de peur et d’extinction dans la mémoire, et que la concurrence entre ces traces détermine si la peur est exprimée ou supprimée. »

Cela étant dit, il pourrait être nécessaire de revoir les pratiques recommandées concernant la fréquence et le moment de l’exposition au traitement, et de nouvelles voies pour le développement de médicaments pourraient être explorées.

Lors de leurs expériences, Drew et son équipe ont placé des souris dans une boîte et ont provoqué la peur avec un choc inoffensif. Après cela, quand une des souris était replacée dans cette boîte, elle affichait un comportement de peur jusqu’à ce que, avec une exposition répétée à la boîte sans choc, les souvenirs d’extinction se forment et que la souris n’ait plus peur.

Les scientifiques ont pu activer artificiellement la peur et supprimer les traces de l’extinction en utilisant un outil appelé optogénétique pour activer et désactiver les neurones d’extinction. L’optogénétique permet de rendre des neurones sensibles à la lumière en combinant le génie génétique et l’optique. Elle permet de stimuler spécifiquement un type cellulaire en laissant les cellules voisines intactes.

« La suppression artificielle de ce que nous appelons les neurones d’extinction provoque la résurgence de la peur, alors que leur stimulation empêche la résurgence de la peur », a déclaré Drew. « Ces expériences révèlent des pistes potentielles pour supprimer les peurs mésadaptées et prévenir les résurgences. »

Source: UT Austin

Donald Duguay

Fondateur - rédacteur

Fondateur du mouvement, il est animé d’une grande passion à venir en aide au suivant. De victime d’agression sexuelle à survivant, il choisit maintenant de devenir un agent de changement au service de la cause.