Lorsque des travailleurs sont victimes de violence domestique à la maison, des impacts se font sentir sur leur lieu de travail. Cependant, peu de recherches sont disponibles sur ce sujet.

Au total, 8429 personnes ont répondu à un sondage. Plus du tiers des répondants ont déclaré avoir été victimes de violence conjugale ; parmi eux, plus d’un tiers ont déclaré que la violence familiale affectait leur capacité à se rendre au travail et plus de la moitié ont indiqué que cela continuait au travail ou à proximité. La plupart ont déclaré que la violence conjugale affectait négativement leurs performances. Presque tous les répondants, quelle que soit leur expérience en matière de violence domestique, pensaient que cela avait un impact sur la vie professionnelle des victimes.

... nous apportons au travail tout ce qui se passe à la maison. Nous ne pouvons pas compartimenter ou séparer mentalement ces différents aspects de nos vies. Bien que, techniquement, l’employeur ou le syndicat ne soit pas tenu de fournir un abri ou une assistance aux employés victimes d’abus commis chez eux, le lieu de travail est un lieu logique pour fournir aide, soutien et ressources aux victimes de violence. – Un participant

Lorsque les travailleurs sont victimes de violence domestique à la maison, les impacts se font sentir sur le lieu de travail. Une analyse canadienne estime que les employeurs perdent chaque année 77,9 millions de dollars en conséquence directs de la violence conjugale, et que les coûts annuels personnels et liés au système attribués à la violence conjugale dans les secteurs social et de la santé canadiens sont estimés à des milliards1,2. Les estimations publiées aux États-Unis et en Australie sont pareillement élevées.

Travailler est un moyen essentiel pour que les personnes quittent une relation violente. La sécurité financière que procure l’emploi peut permettre aux gens d’éviter l’isolement et de maintenir, autant que possible, leur domicile et leur niveau de vie. Du même coup, il est clair que les victimes ayant des antécédents de violence familiale ont tendance à avoir des antécédents de travail plus perturbés, ont donc un revenu personnel inférieur, ont dû changer de travail plus souvent et sont employées à des niveaux plus élevés que les personnes sans expérience de la violence domestique. En outre, une littérature récente montre que la violence conjugale est une forme de violence qui affecte le lieu de travail et se produit réellement sur celui-ci. Les estimations du nombre de victimes de violence sexuelles dérangées par leur agresseur au travail (appels téléphoniques harcelants, par exemple) vont de 36 % à 75 %, et la plupart des victimes affirment que la violence conjugale affecte négativement leurs performances au travail. La violence domestique peut également affecter la capacité de la victime se rendre au travail (par exemple, par la contrainte physique), entraînent des congés et, en fin de compte, une perte d’emploi pour 5 à 27 % des victimes. De nombreuses victimes de violence domestique ont également signalé que leurs collègues étaient victimes de harcèlement, voire de menaces ou de préjudices de l’auteur. La majorité des recherches dans ce domaine ont été menées auprès de femmes victimes ; on dispose de moins de données sur l’impact de la violence sur les hommes et leur travail.

Les recherches portant sur la violence du point de vue de la santé et de la sécurité au travail ont tendance à être centrées sur la violence dans le contexte de relations non intimes (« violence entre travailleurs ») ou entre travailleurs et clients, clients ou patients. Comme cette forme de violence au travail est de plus en plus reconnue, des enquêtes ont été conduites aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Nouvelle-Zélande, en Turquie, au Pérou et en Australie, afin de recueillir des données spécifiques sur la prévalence et l’impact de la violence conjugale sur le lieu de travail.

Cet article présente les principales conclusions de la première enquête de recherche canadienne à grande échelle sur la prévalence et l’impact de la violence conjugale sur le lieu de travail. Plus précisément, il fournit (1) les taux d’exposition violence conjugale, (2) l’apparition de la violence conjugale au travail/à proximité, (3) l’impact de la violence conjugale sur les performances au travail, (4) l’impact de la violence conjugale sur la capacité des victimes à arriver à travail, (5) perte d’emploi et congés dus à la violence conjugale, (6) impact de la violence conjugale sur les collègues, (7) convictions quant à l’impact de la violence conjugale sur le lieu de travail, et (8) différences entre les sexes en ce qui concerne la violence conjugale au travail . L’étude a été menée en partenariat avec le Congrès du travail du Canada (CTC), qui regroupe 34 syndicats nationaux et 33 syndicats internationaux au Canada, ainsi que 98 fédérations du travail provinciales et territoriales, 111 conseils régionaux du travail et 12 fédérations du travail. Au total, les organisations représentent 3,3 millions de travailleurs canadiens.

Plus d’un tiers de ceux qui avaient déjà vécu de la violence conjugale ont déclaré que la violence affectait leur capacité à se rendre au travail, et plus de la moitié a indiqué qu’elle persistait d’une manière ou d’une autre sur le lieu de travail, par exemple par les appels téléphoniques de l’agresseur les harcelant.

Conformément aux enquêtes nationales sur la population, 24,25 plus du tiers des répondants, dont la plupart avaient un emploi au moment de l’enquête, ont déclaré avoir une expérience personnelle de la violence à un moment donné dans leur vie. Ce taux était plus élevé chez les femmes et parmi le petit sous-échantillon de personnes de divers sexes. Plus d’un tiers de ceux qui avaient déjà vécu de la violence conjugale ont déclaré que la violence affectait leur capacité à se rendre au travail, et plus de la moitié a indiqué qu’elle persistait d’une manière ou d’une autre sur le lieu de travail, par exemple par les appels téléphoniques de l’agresseur les harcelant. Ces taux sont comparables à ceux relevés lors d’enquêtes similaires menées à grande échelle en Australie et en Nouvelle-Zélande. Il n’est pas étonnant que la grande majorité des victimes de violence aient déclaré que cela avait eu une incidence négative sur leur rendement au travail, par exemple en étant distrait, fatigué ou malade. Ces résultats sont également cohérents avec les taux antérieurs d’effets négatifs sur la performance et les raisons qui les ont motivés. Dans l’ensemble, les hommes ont tendance à être moins susceptibles que les femmes de subir les conséquences négatives associées à la violence sur le lieu de travail.

La grande majorité des répondants, qu’ils aient ou non vécu personnellement la violence sexuelle, ont estimé que cela affectait « assez » ou « beaucoup » la vie professionnelle des personnes victimes de violence. Bien qu’il y ait eu de légères différences selon le sexe, il est clair que la plupart de ces travailleurs canadiens considèrent l’impact de la violence conjugale sur le lieu de travail, à l’instar d’autres enquêtes nationales, comme un problème important.

La base de données sur les impacts de la violence conjugale sur le lieu de travail commence tout juste à émerger et la majorité des études réalisées à ce jour ont été menées aux États-Unis. Certaines de ces recherches sont de nature qualitative et, bien que valant en soi, elles ne sont pas directement comparables à nos résultats quantitatifs. Nous n’avons connaissance d’aucune recherche directement comparable à nos analyses par sexe des impacts de la violence domestique sur le lieu de travail. Néanmoins, dans l’ensemble, nos conclusions sont cohérentes avec les recherches précédentes qui démontraient que la violence conjugale avait un impact significatif sur les travailleurs et les lieux de travail et qu’elle constituait donc une forme importante de « violence au travail ». Bien que les coûts économiques de la violence conjugale pour les victimes, les employeurs et la société soient très élevés, et exigent l’attention des décideurs et du public, les coûts personnels de la violence conjugale ne doivent pas être ignorés. Nos résultats contribuent à la littérature croissante qui fait de la violence domestique une question non seulement « domestique », mais bien au-delà de la maison, dans la vie professionnelle des victimes et même dans la vie de leurs collègues.

Le Bureau of Labor Statistics des États-Unis indique qu’environ 15 % des employeurs ont adopté une telle politique et 4 % des employeurs offrent une formation en matière de prévention de la violence conjugale.

Néanmoins, les employeurs ont été lents à réagir avec des politiques qui protégeraient les travailleurs. Le Bureau of Labor Statistics des États-Unis indique qu’environ 15 % des employeurs ont adopté une telle politique et 4 % des employeurs offrent une formation en matière de prévention de la violence conjugale. Des directives législatives et exécutives visant à élaborer des modèles de politique et à promouvoir les meilleures pratiques, en particulier dans le secteur public, ont été mises en œuvre aux États-Unis et au Royaume-Uni. Récemment, la législation et les réglementations administratives des États et des États-Unis ont également progressé, offrant des congés de travail aux victimes, visant à réduire la discrimination dans l’emploi liée à la violence domestique et à accroître la sensibilisation et la sécurité sur le lieu de travail. En Australie, depuis 2010, sur la base principalement des résultats de l’enquête décrite précédemment, 21 clauses prévoyant des congés payés et d’autres droits aux victimes de violence conjugale ont été incluses dans des accords d’entreprise négociés par les syndicats. Plus d’un million de travailleurs sont désormais couverts par des conventions collectives offrant des protections aux travailleurs en situation de crise.

Au Canada, les protections contre la violence conjugale des travailleurs sont principalement fournies par la législation sur la santé et la sécurité au travail. La plupart des juridictions ont une « disposition relative aux obligations générales » qui oblige les employeurs à prendre toutes les précautions raisonnables pour protéger la santé et la sécurité des employés. La présence d’une législation spécifique à la violence conjugale varie d’une province à l’autre. En général, les pays ne disposent pas de stratégies nationales pour lutter contre la violence domestique sur le lieu de travail et il n’existe actuellement aucune norme internationale du travail pour traiter ce problème. Sur le lieu de travail, il est urgent de développer et d’évaluer des interventions spécifiques en faveur des victimes et des auteurs.

En identifiant la portée et l’impact de la violence conjugale sur les travailleurs et les lieux de travail, cette recherche attire l’attention sur une forme importante et généralisée de violence sur le lieu de travail ; Cependant, ce n’est qu’un premier pas. Les prochaines étapes immédiates comprennent l’encouragement de l’utilisation de ces résultats par les gouvernements, les syndicats et les employeurs pour mettre en place et évaluer des pratiques proactives visant à atténuer l’impact de la violence domestique sur le lieu de travail, en particulier en ce qui concerne l’éducation des gestionnaires, des superviseurs et des travailleurs sur la violence conjugale sur le lieu de travail et tester des protocoles et des outils spécifiques pour protéger et soutenir les victimes et intervenir auprès des auteurs.

Pour améliorer la réaction des entreprises à la violence conjugale, sur le lieu de travail, le législateur, les employeurs, les syndicats et les défenseurs des droits de l’homme devront adopter une approche multiple pour protéger et soutenir les victimes et aider les auteurs à modifier leur comportement. En fin de compte, la prévention de la violence conjugale et de ses conséquences constitue un défi social collectif. Un lieu où des changements positifs peuvent se produire — pour les victimes, les délinquants et les employeurs — est le lieu de travail. Les résultats de cette enquête nous aideront à faire des pas dans la bonne direction.

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Source:  C. Nadine Wathen, PhD, corresponding author Jennifer C. D. MacGregor, PhD, and Barbara J. MacQuarrie, BA - J Occup Environ Med. 2015 Jul; 57(7): e65–e71