Ce texte pose les fondements et le cadre général permettant de comprendre les questions de genre. Quelle que soit la société dans laquelle ils vivent, les hommes et les femmes ont des conceptions, des besoins, des centres d’intérêt et des rôles différents. Dans de nombreux cas, ces différences sont accentuées par des facteurs, tels que la classe, la race, la caste, l’origine ethnique, la culture, les traditions et l’époque. Il existe, certes, des cas où les hommes sont désavantagés par rapport aux femmes. Le plus souvent, toutefois, les femmes et les filles ont un statut inférieur, moins de possibilités, plus difficilement accès aux ressources et moins de pouvoir et d’influence que les hommes et les garçons. Il en résulte des inégalités dont l’élimination devrait cependant conduire à un développement équitable des deux sexes. Le point positif est que, comme les rôles liés au genre sont acquis, ils sont susceptibles d’évoluer, d’où la nécessité d’un processus continu de plaidoyer et de formation. Les enseignants jouent un rôle clé dans les systèmes éducatifs et exercent habituellement une grande influence à l’extérieur en tant qu’agents du changement dans la société. Pour cela, ils doivent s’approprier pleinement le concept d’égalité des genres et d’intégration des perspectives de l’égalité des genres dans leurs activités quotidiennes, notamment dans les politiques, les programmes d’études et les services qu’ils mettent en place. La capacité de ces établissements d’intégrer la dimension de genre offre un vaste potentiel de progression vers l’égalité des chances de développement aussi bien pour les hommes que pour les femmes.

Formation des enseignants. Il est impératif de créer des politiques et procédures conçues pour doter les enseignants, futurs ou en activité, des connaissances, attitudes, comportements et compétences indispensables pour s’acquitter de leur mission. La formation des enseignants est un processus continu tout au long de la vie parce que l’acquisition de techniques, de connaissances et de compétences nouvelles leur est indispensable pour se maintenir à la hauteur du métier d’enseignant.

Clarification du concept de genre

Le concept de genre est généralement mal compris et, souvent, employé à tort ou au hasard pour désigner une proportion déséquilibrée d’hommes et de femmes dans une réunion. Le concept de genre est cependant bien plus qu’un concept numérique. Un moyen simple de comprendre ce que signifie le genre est de distinguer les notions de sexe et de genre.

Sexe. Se réfère aux différences biologiques entre les hommes et les femmes.

Genre. Renvoie aux rôles dévolus aux hommes et aux femmes dans une société donnée, et aux relations et représentations qui découlent de ces rôles.

Rôles et carrières liés au genre. Ils sont assignés par la société, par exemple : mère, père, mari, femme, fille, fils, chauffeur, mentor, enseignant, pasteur, imam, chef, président, aide-soignante, femme de ménage, cuisinière, etc. Chaque société attribue des rôles aux hommes et aux femmes en fonction des besoins et des perceptions propres à cette société. Ces rôles reflètent en général les croyances et les principes économiques, culturels, religieux et politiques d’une société. Si les rôles des hommes et des femmes sont semblables dans de nombreuses cultures, leur attribution au sein d’une culture donnée peut varier. Qui plus est, bien souvent, les rôles liés au genre déterminent et renforcent la dynamique du pouvoir à l’intérieur d’une société, ce qui conduit à des situations d’inégalité et d’injustice entre les hommes et les femmes…

Intégration de la perspective de genre. Processus selon lequel des approches et des considérations relatives à l’égalité des genres deviennent la norme, et non plus la seule responsabilité d’un individu (la plupart du temps une femme) ou d’un département de manière isolée et temporaire.

Caractéristiques de genre

À la différence des caractéristiques sexuelles, qui sont d’ordre biologique, les rôles liés au genre possèdent les caractéristiques dynamiques suivantes :

Comportement acquis. Dès l’enfance, nous apprenons ce que signifie la masculinité ou la féminité à travers des stéréotypes. On offre, par exemple, une voiture ou une tenue de sport à un garçon, et une poupée ou une trousse de couture à une fille. Toutefois, la prise de conscience se renforçant, ces pratiques évoluent dans de nombreuses sociétés et font ainsi progresser l’égalité et l’équité des chances de développement pour les deux sexes.

Changement avec le temps. Autrefois, les femmes n’avaient pas le droit de vote dans de nombreux pays, mais, avec le temps, la situation a changé. Le nombre de femmes économiquement actives dans le monde a, lui aussi, évolué rapidement au fil des années, et cette évolution a une influence sur les rôles des femmes et des hommes au sein des familles et des communautés.

Différences d’une culture à l’autre. Dans de nombreuses cultures, certains rôles (agriculteur, éleveur de bétail, docteur, chauffeur, pilote, etc.) sont réservés à un sexe particulier.

Différences au sein d’une même culture. La définition des rôles au sein d’une culture peut également varier à cause de divers facteurs, notamment sociaux, économiques, ethniques, religieux et politiques, y compris la classe sociale. À titre d’exemple, certains groupes culturels répartissent différemment les tâches agricoles dans la même société, et il arrive que ce soit la femme qui est chargée de prendre soin du bétail, alors que, dans une autre culture, ce rôle incombe à l’homme.

Autres caractéristiques importantes du genre

Relationnel. Le genre est d’ordre relationnel et renvoie à la manière dont les hommes et les femmes (pris non pas isolément) interagissent entre eux et sont socialisés, ainsi qu’à la dynamique et aux conséquences qui découlent de leurs rôles individuels et assignés.

Institutionnel. Le genre est « institutionnellement » structuré parce qu’il renvoie non seulement aux relations entre les hommes et les femmes au niveau personnel et au niveau privé, mais aussi aux systèmes sociaux, juridiques et religieux sur lesquels reposent les valeurs, les croyances et les cultures d’une société donnée.

Hiérarchique. Le genre a une dimension hiérarchique parce que les différences entre les hommes et les femmes (loin d’être neutres) ont tendance à attribuer plus d’importance et de valeur aux caractéristiques et aux activités associées à certains rôles, ce qui entraîne une inégalité des rapports de force.

Spécifique au contexte. Les rôles liés au genre et les relations de genre varient en fonction du contexte, de l’origine ethnique, de facteurs socioéconomiques et culturels, etc. Il est donc nécessaire d’inclure une perspective de diversité dans l’analyse selon le genre et le plaidoyer axé sur le genre.

Termes techniques relatifs au genre

De même que nous avons clarifié le concept de genre en distinguant, de façon simple, les notions de sexe et de genre, nous pouvons expliciter les termes techniques suivants qui sont employés par les défenseurs de l’égalité des genres et les spécialistes du développement et qui sont essentiels pour bien comprendre le concept de genre :

Accès. Aptitude à utiliser une ressource ou une possibilité, par exemple en cas d’héritage.

Besoins sexospécifiques pratiques. Besoins des femmes et des hommes qui découlent de responsabilités et de tâches associées aux rôles qui leur sont traditionnellement dévolus, ou nécessités perçues comme étant immédiates. Répondre aux besoins sexospécifiques pratiques peut améliorer la qualité de vie des hommes et des femmes. Toutefois, la satisfaction des besoins sexospécifiques pratiques ne remet pas en cause la division des rôles entre les sexes ou les rôles liés au genre. Il convient donc de cibler et de satisfaire les besoins sexospécifiques pratiques, en particulier des femmes, pour résoudre les problèmes de condition ou d’accès.

Condition. Conditions matérielles ou physiques dans lesquelles vivent des hommes et des femmes.

Intérêts sexospécifiques stratégiques. Position, pouvoir, statut et maîtrise des hommes et des femmes (les uns par rapport aux autres) sur des décisions et des ressources dans une société donnée. Cibler des intérêts sexospécifiques stratégiques et y répondre consiste à aider aussi bien des hommes que des femmes à réaliser une plus grande égalité et une plus grande équité en changeant des rôles et des stéréotypes négatifs existants fondés sur le genre.

Maîtrise/pouvoir. Aptitude à prendre des décisions concernant des ressources et des possibilités et à en retirer des bénéfices.

Position. Statut respectif des hommes et des femmes dans une société, ainsi que rapports de force qui régissent la maîtrise ou la prise de décision sur l’utilisation de ressources.

Une action positive peut, par conséquent, être nécessaire en cas de déséquilibre entre les chances de développement des hommes ou des femmes, pour qu’ils bénéficient de manière égale de ces chances de développement. Prenons un exemple : la création d’une crèche ou d’une garderie pour des mères qui allaitent et suivent parallèlement une formation répond à leurs besoins sexospécifiques pratiques. Toutefois, une politique permettant à ces étudiantes de différer leurs études et de reprendre leur formation après avoir accouché est une meilleure solution si l’on veut répondre à leurs intérêts sexospécifiques stratégiques. Une telle politique leur donnerait la possibilité de faire un choix entre les différentes solutions qui s’offrent à elles. Elle leur permettrait en outre de profiter des ressources et des possibilités existantes le cas échéant, sans leur donner l’impression d’avoir manqué une occasion à cause de leur grossesse.

Clarification entre besoins sexospécifiques pratiques et intérêts sexospécifiques stratégiques

Besoins sexospécifiques pratiques :

Renvoient aux ressources, installations et services qui permettent aux hommes et aux femmes d’assumer leurs rôles et de s’en acquitter, mais ne modifient pas nécessairement leur position dans la société :

• Sont perçus comme immédiats et à court terme.

• Impliquent les personnes comme bénéficiaires plutôt que comme participants actifs.

• Sont en rapport avec les conditions de la vie quotidienne : nourriture, logement, revenus, soins de santé, prestations sociales, etc.

• Sont facilement identifiables par ceux qui en ont besoin.

• Peuvent être satisfaits par des apports matériels spécifiques : nourriture, services de soins de santé, formation, etc.

• Peuvent en général être satisfaits sans modifier les rôles traditionnellement dévolus aux hommes et aux femmes et les relations de genre.

Intérêts/Besoins sexospécifiques stratégiques :

• Visent à modifier les rôles liés au genre par des interventions, comme l’accès à l’éducation, l’autonomisation économique, l’information, la participation et la prise de décision.

• Sont orientés vers le long terme.

• Incitent les personnes à jouer un rôle actif ou leur permettent d’être acteurs du changement.

• Établissent des corrélations entre la position défavorisée des hommes et/ou des femmes dans la société, la subordination, l’absence de ressources et d’éducation, la vulnérabilité à la pauvreté et à la violence, etc.

• Ne sont pas facilement identifiables par ceux qui en ont besoin.

• Peuvent être satisfaits par la sensibilisation à la dimension de genre, le renforcement de l’estime de soi des personnes, la confiance en soi, l’éducation, la formation pratique, la mobilisation politique, l’autonomisation par l’action positive.

• Peuvent contribuer à l’autonomisation des femmes et/ou des hommes et transformer les relations de genre.

Évolution des conceptions et des approches de l’égalité des genres

Les concepts d’égalité des genres et d’équité des genres sont le fruit d’une longue maturation. Ils ont évolué en fonction de différents objectifs, approches et stratégies qui non seulement sont spécifiques aux besoins mondiaux et nationaux, mais aussi varient au sein d’une culture et d’un groupe de plaidoyer à l’autre. Si l’on regarde l’histoire, l’égalité des femmes et la non-discrimination fondée sur le sexe ont été reconnues et établies pour la première fois par la Charte des Nations Unies (1945) et par la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) (1948). Mais, jusqu’à la fin des années 60, l’objectif de l’égalité était axé principalement sur la fonction de procréation des femmes, l’accès aux soins de santé, une bonne alimentation et la régulation des naissances. Durant les années 70 et 80, l’accent s’est déplacé du plaidoyer pour l’égalité des genres à l’échelle mondiale vers la contribution des femmes au développement économique national et international. Cette période a été marquée par la promotion de l’approche WID (Les femmes dans le développement) et par d’autres événements importants qui devaient faire date, comme la première Conférence mondiale sur les femmes qui s’est tenue au Mexique en 1975 et la déclaration de la Décennie des Nations Unies pour la femme entre 1976 et 1985.

Ces événements historiques ont tenté d’attirer l’attention sur les droits des femmes au développement et la reconnaissance de leur rôle et de leur contribution à l’économie nationale et internationale, mais ils ont surtout permis aux femmes de faire entendre leur voix, en particulier dans les pays en développement. En dépit de réalisations marquantes, les spécialistes du développement et les défenseurs de l’égalité des genres ont rapidement pris conscience des lacunes de l’approche WID, impuissante à remédier à l’inégalité des relations entre les hommes et les femmes en matière d’objectifs personnels et d’objectifs de développement. Le défaut commun à la plupart des projets WID était de ne pas prendre en compte les multiples rôles des femmes, aboutissant ainsi à des modèles de développement non viables et, à terme, défavorables aux femmes.

C’est la raison pour laquelle l’approche GAD (Genre et développement) a été adoptée à la fin des années 80, l’optique étant d’éliminer les disparités sociales, économiques et politiques entre les hommes et les femmes d’une manière plus holistique et pragmatique. Dans les années 90, les questions relatives à l’égalité des genres ont été dûment intégrées dans l’agenda mondial du développement, notamment les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).

Égalité des genres. Situation dans laquelle les femmes et les hommes bénéficient du même statut et ont des chances égales d’exercer leurs droits individuels et de réaliser pleinement leur potentiel pour contribuer au développement politique, économique, social et culturel et en recueillir les bénéfices. Elle exprime la valeur égale que la société accorde aux similitudes comme aux différences entre les femmes et les hommes et aux rôles différents qu’ils jouent. Offrir aux hommes et aux femmes des ressources, des possibilités et un soutien indépendamment de leur sexe biologique est une manière de promouvoir l’égalité des genres.

Équité des genres. Stade ou stratégie qui fait partie du processus de réalisation de l’égalité des genres. Des mesures ciblées sont souvent indispensables pour compenser des désavantages historiques et sociaux qui empêchent les femmes et les hommes d’être égaux par ailleurs. Ces mesures, comme l’action positive, peuvent nécessiter des différences de traitement entre femmes et hommes pour rétablir l’égalité. Mais elles ne doivent en aucun cas favoriser un genre par rapport à l’autre.

Source : Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture