En Résumé

D’après les informations de la police canadienne, la manifestation #MoiAussi est à l’origine de l’importante hausse des violences sexuelles signalées par la police. Celles-ci ont atteint un pic en octobre 2017 et ont par ailleurs connu une augmentation de 46 % en comparaison au mois d’octobre de l’année antérieure.

Il apparaît évident que la manifestation #MoiAussi a clairement influencé la déclaration des délits dans les diverses régions du pays. En ce qui concerne les provinces, le nombre de délits a le plus augmenté au Québec où la manifestation a été longuement médiatisée, où les grandes personnalités connues de tous ont été accusées de délits sexuels. D’importantes hausses ont également été décelées à Terre-Neuve-et-Labrador, de même qu’au Manitoba. Les proportions de délits sexuels étant logiquement plus élevées en milieu rural, on a cependant remarqué qu’en milieu urbain, les signalements représentaient le double des proportions observées en milieu rural au Canada suite à la manifestation #MoiAussi.

Généralement, les violences sexuelles notifiées à la police, avant et a l’issue du mouvement, ont pour la plupart été signalées peu de temps après qu’elles se soient déroulées plutôt que de nombreuses années précédemment, quoiqu’on ait noté une importante hausse des cas d’incidents vieux de plus d’une décennie et ayant été notifiés aux services de police. Le degré de gravité des violences sexuelles n’a pas pour autant varié suite au mouvement #MoiAussi, car les violences sexuelles continuent d’être de premier niveau et que moins d’un quart des victimes ont été heurtées corporellement.

À l’image des proportions avant la manifestation #MoiAussi, la plupart des victimes de violences sexuelles étaient du genre féminin et présentaient des proportions de plus en plus élevées après le mouvement. Le nombre d’auteurs présumés de violences sexuelles, dont l’âge était presque égal à celui des victimes, a aussi augmenté à la suite du mouvement #MoiAussi.  

À la suite de la manifestation #MoiAussi, les violences sexuelles notifiées par la police en milieu scolaire, ou celles où sont impliqués un ami de la victime, un colocataire ou une personne avec qui la victime a une relation de travail ont commencé à subir une hausse après le mouvement.

Rappelons que la hausse du nombre de violences notifiées par les services de police ne veut pas forcément dire que le nombre d’agressions ait réellement augmenté, puisqu’il ne s’agit que de celles ayant été signalées et considérées comme étant fondées par la police. Des études récentes montrent d’ailleurs qu’une seule agression sur vingt a été signalée par les services de police en année 2014. En plus de celles-ci, 17 % des violences sexuelles en 2016 et en 20 017 ont été considérées comme étant non fondées et ont été classées comme telles. Bien que les chiffres montrent une réelle augmentation, des violences sexuelles déclarées à l’issue de #MoiAussi, ils ne reflètent pas la proportion réelle de ces incidents au Canada.

Cette hausse est très sûrement due à un mélange des facteurs suivants :

1- Les victimes d’agressions sexuelles ont reçu un certain soutien ou des encouragements pour signaler une violence sexuelle et pour en parler, puisque ce débat était en vogue et qu’un grand soutien était apporté à ces personnes à travers le hashtag #MoiAussi.

2- Après s’être rendues compte de la gravité d’une agression sexuelle et pris conscience qu’elles ont été abusées sexuellement, les victimes dans un élan de prise de conscience ont décidé d’en parler. Peu importe, à quelle époque les incidents se sont produits, ils ont néanmoins été signalés, ce qui a accru le nombre de cas.

3- Les postes de police sont de plus en plus nombreux à soutenir les victimes et à les encourager à sortir de l’ombre. Au moyen de médias sociaux, de projets de grande envergure tels que la création de pôles de signalement des agressions sexuelles. Le fait que les affaires considérées comme étant non fondées aient été annoncées au grand public, cet état de choses aurait pu être considéré comme un manque de soutien envers les victimes.

4- Plusieurs services de police ont également promis de revoir les modalités qui permettent de définir si oui ou non un cas d’agression est non fondé. Une nouvelle méthode, en collaboration avec Statistique Canada et la police, permet désormais de décider si un cas d’agression est fondé ou non. La hausse du nombre de cas non classés est sûrement due au fait que les services de police aient commencé à appliquer cette méthode depuis 2017, bien que l’adoption soit prévue pour 2018.

La question qui persiste et qui reste sans réponse claire est de savoir si l’augmentation des cas de violences sexuelles veut signifier que les victimes ont de plus en plus une tendance à faire part de tels incidents à la police. Les informations issues de l’Enquête sociale générale à suivre et prévue pour 2019, permettra de juger si les attitudes en ce qui concerne les signalements ont bougé a l’issue du mouvement. Les analyses à venir des postes de police sont toutes aussi primordiales pour déterminer à quel point le mouvement #MoiAussi a pu avoir des conséquences dans le temps sur la déclaration des violences sexuelles après le dernier trimestre de 2017.

* Si vous avez manqué la première partie : Les dénonciations d’agressions sexuelles après et avant #MoiAussi

* Si vous avez manqué la deuxième partie : Agressions sexuelles non fondées - Comportement au sein de la police

Donald Duguay

Fondateur - rédacteur

Fondateur du mouvement, il est animé d’une grande passion à venir en aide au suivant. De victime d’agression sexuelle à survivant, il choisit maintenant de devenir un agent de changement au service de la cause.