Les violences conjugales constituent des tabous et des interdits qui alimentent de nombreux stéréotypes autour du sujet. Ceci réduit les personnes ayant subi ces violences à un sinistre silence. Cet inventaire vous permettra de faire la lumière sur une multitude de cas de violences conjugales.

Mythe : La violence conjugale est un fléau qui affecte seulement certaines communautés et certaines classes sociales.

Réalité : contrairement à la légende, toutes les couches de la société sans aucune distinction (économique et culturelle) vivent ce fléau. Des travaux de recherche prouvent qu’il existe des personnes chez qui le niveau de risque est plus élevé.

Les personnes victimes n’ont pas un prototype défini. Toutes les personnes de la société sont des victimes potentielles. En 2009 et 2014, l'Enquête sociale générale (ESG) ont toutes deux révélé que certains groupes enregistrent un fort taux de victimes. On peut regrouper dans ce lot les jeunes femmes, les femmes en voie de séparation, celles autochtones, celles ayant des limitations et les lesbiennes.

La dépendance financière, le manque de sociabilité, la marginalisation, etc. rendent vulnérables ces femmes et cela explique l’important taux de victimes féminines de ces communautés. À cela s’ajoute l’entassement des facteurs de risque dont font mention les nombreuses recherches sur ce phénomène.

Aux termes des enquêtes sociales générales de 2009 et 2014, les victimes se comptent aussi bien parmi les hommes que les femmes. Toutefois, il faut préciser que ces dernières subissent des agressions plus importantes et sévères. Au Québec et au Canada, les femmes constituent la majeure partie des victimes de violence conjugale.

Mythe : Dans un foyer, les femmes sont toutes aussi agressives que les hommes

Au Québec, les femmes sont plus exposées aux infractions perpétrées dans les foyers et qui sont punies par la loi que les hommes. Selon les études, il faut noter que peu d’hommes acceptent de s’engager dans le processus de dénonciation des violences dans le couple dont ils ont été victimes. Contrairement à ce que l’on peut croire, les chiffres des enquêtes sur la population canadienne montrent qu’il y a autant d’hommes et de femmes qui affirment avoir subi des violences physiques ou sexuelles commises par leur conjoint. Mais il est nécessaire de remarquer que la nature et l’impact des agressions conjugales sont en général plus dévastateurs au niveau physique pour les femmes que pour les hommes.

Théorie de la proportionnalité de la violence

Les résultats des études menées sur les violences dans les foyers à l’aide de Conflict Tactics Scale – CTS et autres outils similaires parlent de la proportionnalité de la violence. Les recherches de National Family Violence Surveys en 1975 et 1985 soutiennent la thèse selon laquelle les victimes se comptent de manière proportionnelle chez les hommes et les femmes. Alors qu’il y a les résultats du CTS et autres outils similaires, les informations ne concordent pas avec celles des services sociaux et de la police. Selon ces dernières sources, les femmes sont les plus agressées dans leur foyer. La possession d’informations sur les violences et disputes dans les foyers a été la raison principale de l’utilisation du CTS. Avec cet outil, le fait d’être appelée une victime de violence conjugale relève du fait d’avoir a été développé pour documenter la violence et les conflits au sein des familles. Dans le CTS, le simple fait de dire que l’on a été une fois victime d’agression physique ou sexuelle pendant un temps fait de quelqu’un une victime. Cet état de fait ne donne pas des informations sur les fréquences des violences, l’ampleur ou la portée ainsi que les impacts de la violence conjugale.

Hormis le fait que le CTS est utilisé dans plusieurs recherches, les chercheurs ne partagent pas le même point de vue quant au moyen de dénombrement de la violence conjugale. La sous-déclaration des caractères violents sur les femmes, imperfections de l’échantillon du groupe étudié, la minimisation des actes de violence, les limites de l’échantillonnage de la population à l’étude, mais aussi l’absence de considérations pour le contexte, les causes et effets de la violence rapportée sont les insuffisances primordiales évoquées par les chercheurs. Pour certains savants du domaine des violences conjugales, la similarité des taux de victimes des deux sexes résulte du fait que le dénombrement est fait sans tenir compte du contexte de l’acte violent et de la violence psychologique. Il est important de soulever que les chercheurs ne partageant pas la théorie de la symétrie de la violence ont approuvé l’idée que les femmes font aussi usage de la violence sur leur partenaire. Il est de ce fait nécessaire de définir le terme violence dans le contexte de cette théorie et aussi une explication pour accompagner les résultats des études.

Mythe : La violence conjugale est une difficulté relevant du plan privé.

Les agressions conjugales sont des difficultés qui touchent à la société et la loi, par le Code criminel, attache des sanctions à un nombre important d’actes de violence perpétrés dans les foyers.

Mythe : Le suicide conjugal est un acte de découragement, un geste d’amour.

Un acte rare et sinistre

Le suicide conjugal est un acte meurtrier auquel l’on attache très fréquemment une intention préalable. Généralement, il est considéré comme la fin d’une longue traversée empreinte d’agression et d’emprise.

Mythe : La violence dans le foyer, une chicane de couple

La fureur et le comportement agressif peuvent être la manifestation de la chicane de couple. La chicane de couple est le symbole d’un désaccord entre deux individus alors même qu’ils vivent dans une relation égalitaire. Il existe des signes distinctifs dans la vie d’un foyer qui constituent des pistes convaincantes de la violence conjugale. Plusieurs faits et gestes révèlent le caractère de la violence dans un couple tel que : la peur, les actes de domination de l’un des conjoints sur l’autre qui vit une certaine servitude et les intimités forcées de façon disproportionnée.

Faut-il parler de violence conjugale ou de la chicane de couple ?

Il est souvent très mal aisé de faire la part entre la violence conjugale et la chicane de couple. La vie de couple peut être par moment enclin aux sursauts d’émotions, sauts d’humeur, propos déplacés, paroles dévalorisantes, sentiments d’indignation ou tant d’autres gestes violents. Leurs manifestations ne se font pas de façon régulière au point de refléter l’assujettissement de l’un des conjoints.

Ces faits et gestes ne peuvent s’apparenter à la violence conjugale qu’à partir du moment où ils deviennent une habitude dans le foyer, sont présents dans le quotidien de la vie de couple ou lorsque le désir de soumettre l’un des conjoints devient récurrent. Le conjoint victime par crainte des réprimandes, des pulsions de son partenaire violent, et d’autres rejaillissements, s’interdit d’aborder le sujet ou d’affronter au vu et au su de tous son agresseur. La violence conjugale se dissocie de la chicane de couple par des signes significatifs tels que la peur et l’incapacité ou la faiblesse des réactions.

Mythe : Il est possible que les victimes amènent l’oppresseur à faire usage de la violence.

Il n’existe pas de circonstances ni d’actes pour accorder une raison valable à l’emploi de la violence comme une alternative ou une solution. Il n’existe que des faits favorisant la violence et non pas l’intention d’en provoquer. L’agresseur voit sa responsabilité engagée en cas d’actes de violence.

Mythe : La consommation de l’alcool est l’origine primordiale de la violence dans les couples.

Même si la violence subie par l’un des conjoints (près de 3 à 4) dans le foyer trouve son essence dans l’utilisation excessive de l’alcool, un élément de risque parmi une pléiade, il n’en demeure pas un motif assez valable pour recourir à la violence et ne peut servir de socle justificatif à ces comportements de violence dans le couple.

Mythe : Le partenaire violent a des problèmes psychiques.

Les troubles psychiques sont énumérés dans de nombreux cas de violence conjugale où l’homme est cité comme étant l’agresseur, mais l’on ne pourra se permettre de l’étendre à tous les hommes coupables de ces actes, car eux tous ne présentent pas cette défaillance mentale.

Mythe : La violence conjugale : une « perte de contrôle ».

La stratégie de traitement des violences dans le foyer juge que ces actes ne dénotent pas de la perte de maîtrise de soi ou contrôle, mais plutôt ils sont canaux d’expression de l’autorité ou de l’oppression sur l’autre conjoint.

Mythe : Les conjoints agressés en partageant toujours leur vie avec leur partenaire violent font le choix de ne pas s’affranchir du mal.

Il existe de nombreux motifs peu compréhensibles et moins faciles qui justifient le choix des victimes de continuer à partager leur vie avec le conjoint violent. Tant de facteurs rendent difficile la rupture du circuit des violences subies dans le couple, dont :

- la crainte des réprimandes.

Pour avoir la vie sauve et préserver celle des enfants, les victimes des actes de violence conjugale sont réduites au silence. Aussi la peur s’installe du moment où le partenaire agressif menace l’autre conjoint. De même, elles craignent que l’agression s’amplifie.

Animées d’une peur de ne pas être suffisamment protégé par les lois contre l’oppresseur en cas de rupture de la relation de couple, les victimes se refusent d’entamer un processus devant les juridictions afin de lever le voile sur le conjoint violent ou de le quitter.

- Le retranchement social.

En usant de son pouvoir de domination, l’oppresseur bloque tout accès à la société à sa victime. Elle est gardée loin de toute interaction avec ses proches (parents et amis). Le partenaire violent use de tous les moyens pour dévaloriser l’autre ou lui supprimer l’accès aux autres, tels ses proches, afin d’entretenir son hégémonie. Tout ceci crée un retranchement involontaire de la victime au sein de la société. Dans certains cas, les victimes se sentent délaissées par la famille et l'entourage pour les aider à s’affranchir ou faire sortir les enfants de cet environnement hostile.

- La peur du jugement.

Les victimes se sentent impuissantes de supporter les regards que les autres porteront sur leur cas. La sensation de ne pas être cru s’agrandit. L’appréciation ou l’avis des parents, de la famille, des proches et autres inquiètent les victimes.

- L’espérance renouvelée que le changement va s’opérer au niveau du conjoint violent.

Les violences conjugales vécues dans une relation laissent des traces du côté psychique et émotionnel. Il arrive que l’on trouve des liens de causalité avec la victime au lieu de s’en prendre au comportement du partenaire violent. À cet effet, il devient compliqué pour la victime de relier la cause à la vie de couple elle-même. Les victimes ne doutent pas un seul instant des illusions de changement offertes par le conjoint violent. Parfois, elles s’imaginent que la portée de leur sentiment pourra faire bouger positivement les lignes chez leur conjoint ou même que par un changement personnel celui-ci arrivera à se détourner de ses comportements malsains.

Mythe : La violence se traduit dans tous les compartiments de la vie d’un conjoint agressif et celui-ci n’hésite pas à vouloir exercer un pouvoir sur les personnes qui l’entourent.

Quand un conjoint est agressif, il ne l’est pas forcément dans sa vie avec les autres : au travail, avec les inconnus, etc. Il n’est pas nécessairement une personne ayant un passé marqué par des crimes.

Mythe : Il n’est pas fréquent que les enfants assistent aux scènes de violence dans le couple.

En 2004, l’Enquête sociale générale dresse un taux de 40 % des victimes féminines de la violence conjugale qui attestent que les enfants ont assisté (vu ou entendu) à la scène d’agression. Quant aux chercheurs, ils estiment presque à l’unanimité que ce taux est en dessous de la réalité du risque que courent les enfants dans les foyers marqués par la violence.

Mythe : La violence conjugale n’a pas d’impact sur les enfants s’ils ne sont pas la cible directe.

Aux termes de l’article 38c de la Loi portant sur la protection de la jeunesse, le fait pour un enfant d’être confronté à la violence dans le foyer alors même qu’il n’est pas le concerné est une affectation négative pour son bien-être. Cette exposition de l’enfant le plonge dans un environnement d’insécurité et cela peut freiner son évolution. Il est fortement envisageable que les enfants vivant dans un foyer où la violence est présente expriment un ensemble de répercussions impactant sur l’agissement de ces enfants. Le stress post-traumatique  est une illustration de ces conséquences dévastatrices de l’exposition des enfants aux violences conjugales. Ces impacts peuvent suivre l’enfant jusqu’à son adolescence.