Vue par une personne de l’extérieur, la solution est simple pour mettre fin au cycle de la violence conjugale/post-conjugale. Il suffit de se rendre au poste de police le plus près de chez soi et porter plainte. En réalité, ce n’est pas si simple que ça. Les victimes sont paralysées par la peur. Mais pourquoi ?

Une personne n’ayant jamais vécu de la violence conjugale ne peut comprendre le dilemme qui habite la victime. « Pourtant c’est facile, tu vas porter plainte et la police va te protéger ». Non, ce n’est pas simple. Car très souvent, la victime aime malgré tout son agresseur et ne veut pas lui faire de mal. Je sais, c’est difficile à croire. Parfois, elle ne l’aime pas nécessairement pour les bonnes raisons, mais il reste qu’elle a des sentiments pour celui-ci, ou croit en avoir. Ayant des sentiments, elle garde espoir que son agresseur change. Qu’il réalise le mal qu’il lui a fait et que l’amour l’emporte sur la violence, puisque c’est, croyons-nous, ce que l’humain est programmé à accomplir en son essence ; aimer. La victime ne peut donc concevoir qu’une personne puisse être capable de faire une telle chose sans réaliser un jour ou l’autre qu’elle a commis une erreur. Elle garde espoir que ce jour viendra et qu’elle sera là pour lui à ce moment pour l’accueillir et l’aider dans son cheminement. Cet espoir a malheureusement un très faible taux de réalisation. Il faut donc aider la victime à lui faire comprendre que ce n’est pas à elle de subir toute cette violence dans l’espoir qu’un jour peut-être, il changera. Qu’elle a droit au bonheur et que sa santé mentale et physique et celle de ses enfants sont la première chose dont elle doit prendre soin. En restant auprès de l’agresseur, c’est impossible d’accomplir tout cela.

En plus de l’amour qu’elle peut porter pour lui, la victime a peur. Mais peur de quoi ? Peur de perdre sa maison, sa vie qu’elle a bâtie. Ses enfants, sa dignité, ou du moins le peu qu’elle croit qu’il lui reste. Peur d’être abandonnée, d’être seule. Elle a peur qu’on la juge, qu’on ne la croie pas. Elle est consciente que les choses vont changer et que l’étape qui suit sera difficile.

Elle est terrorisée à l’idée que son agresseur puisse lui faire des représailles en apprenant ce qu’elle a fait. Malgré le fait que la police peut offrir une certaine protection dans certains cas, rien n’est infaillible. La victime à la tête remplie de : Et si ? « Et s’il faisait du mal à mes enfants, ma famille ou moi-même encore plus que ce qu’il fait déjà ? » Il est reconnu que l’agresseur est à risque de commettre des gestes irréparables lorsqu’il est mis au pied du mur. Sa peur est donc rationnelle, surtout si elle n’est pas protégée adéquatement et préparée avant le processus. Il est impératif de demander de l’aide de la famille, des amis, d’une maison d’hébergement ou d’un quelconque organisme et ne pas tenter de se sortir de cette situation seul.

« Si j’exagérais les choses et que finalement, je me fais des idées et que c’est moi qui suis le problème, de quoi vais-je avoir l’air ? » Croyez-le ou non, c’est une question qui tourmente incessamment la victime. Il est donc important de la rassurer en lui disant qu’aucune violence, quelle qu’elle soit, ne doit être tolérée et que jamais la façon dont elle se sent par apport à ce qu’elle vit n’est exagérée.

Trouver le courage d’aller porter plainte est une tâche ardue, c’est pourquoi il est fortement conseillé d’être accompagné d’une personne de confiance.

Ceci étant dit, aller porter plainte à la police n’est pas une tâche agréable à réaliser. L’environnement est froid. La victime peut attendre longtemps dans le vestibule avant qu’un policier de service disponible ne vienne la chercher. Trop souvent, les policiers sur place ne sont pas formés pour écouter et accueillir les victimes sans jugement, surtout lorsqu’on parle des formes de violences autres que l’agression physique. La dernière chose qu’une personne a envie de se faire dire quand elle va porter plainte, c’est que sa situation n’est pas aussi grave qu’elle le croit. Trouver le courage d’aller porter plainte est une tâche ardue, c’est pourquoi il est fortement conseillé d’être accompagné d’une personne de confiance. De même, il est utile de téléphoner les autorités préalablement pour s’assurer que la personne qui recevra la plainte sera formée pour traiter ce genre de plaintes.

Il est important d’aider la victime à verbaliser ses peurs et à l’aider à trouver une solution qui puisse être adaptée à chacune d’elles pour rendre le processus moins difficile. Bien que le système de justice comporte de grandes défaillances en matière de violence conjugale, entre autres, la non-reconnaissance de la violence psychologique au criminel, il est important de l’aider à aller chercher de l’aide pour se sortir de ce cercle vicieux. La tâche n’est pas facile, mais avec de l’accompagnement, il est plus facile de voir la lumière au bout du tunnel. Plusieurs ressources sont disponibles pour les victimes. Il suffit de les connaître et de demander de l’aide. Les services sont gratuits et les gens qui y travaillent sont compréhensifs et très efficaces. À titre d’exemple, la CAVAC (centre d’aide pour les victimes d’actes criminels) offre beaucoup d’aide tout le long du processus judiciaire. Les maisons d’hébergement offrent plusieurs services dont du soutien, une ligne téléphonique 24 heures sur 24, des thérapies et de la consultation individuelle ou en groupe pour les victimes et leurs enfants. Il ne faut pas oublier que si vous ou l’un de vos proches soupçonnez que la sécurité de vous-même ou quelqu’un est en danger, il est toujours plus prudent de composer le 911. N’attendez pas qu’il soit trop tard, parler peut faire LA différence.

Livia Bernier

auteure et blogeuse

Fougueuse et passionnée, Livia a un regard vif sur la violence conjugale et les agressions sexuelles qu’elle met au service de la cause. Elle donne un coup de jeune et de fraîcheur à des problématiques vielles comme le monde.