Cet homme était si narcissique que le prénom de Narcisse lui aurait fait comme un gant. Ce que je sais, avec le recul, c’est qu’il avait tout calculé, et ce, depuis nos tous débuts, pour arriver à ses fins. Et son dessein maléfique était de m’avoir juste à lui… juste pour lui.

J’étais beaucoup plus jeune que lui et il se disait très flatté que je daigne même le regarder. Je ne savais pas que j’allais tomber dans un piège tissé de mensonges, de stratégies pour en venir à lui appartenir.

La violence s’est installée insidieusement… psychologiquement. Si, au départ, j’étais traitée en Déesse et que les compliments fusaient à chacune de nos rencontres, au bout de quelques mois cependant, j’eus droit aux pots qui venaient avec les fleurs.

Je n’étais jamais assez maigre ou assez belle à ses yeux. Du coup, je pouvais être des jours sans manger, car il avait remarqué un ventre « imaginaire » que je devais cacher. Être nue avec lui m’était devenue si difficile, car j’avais la nette impression d’être un morceau de viande. Et, même s’il m’avait faite la plus belle des caresses, un geste tout à fait déplacé suivait. Et s’il passait son temps à me dénigrer physiquement, il voulait m’obliger à me soumettre à des actes sexuels inqualifiables.

Moi, quand il disait qu’il voulait me faire l’amour, j’avais l’impression de me rendre à la guerre, car je ne pouvais pas tout céder comme il le souhaitait.

Il m’avait convaincue que je n’étais rien sans lui et qu’il était mon air pour respirer. C’était la première fois que je vivais une relation aussi toxique bien que les relations précédentes m’y aient préparée.

Je m’éveillais en pleurant et m’endormais en pleurant aussi. Il était méchant et avant même que je ne m’en rende compte, il avait créé le vide autour de moi. Le laisser ? Pourquoi ? Pour où ? Je me sentais désemparée devant une rupture à laquelle je me surprenais à rêver, souvent.

Il m’abaissait de plus en plus. Il m’humiliait lorsque nous étions seulement nous deux pour assurer son pouvoir malsain sur moi. Mais très vite, il s’est mis à m’humilier devant les autres. Ces autres, ces gens qu’il côtoyait.

Chaque fois que je trouvais le courage de le quitter, il trouvait les mots pour me ramener. J’ai tellement voulu croire à cette histoire qu’elle a duré deux ans. Mais dans les faits, elle a duré de longues années après la rupture finale tellement il m’avait démolie.

C’est là, en thérapie, que j’ai compris cette notion de pouvoir personnel. Que j’avais le choix de ne plus lui en donner sur moi. C’est en thérapie aussi que j’ai saisi l’ampleur de tout ce qu’il exigeait de moi, et ce, à tous les points de vue.

Il m’avait fait tellement de promesses pour me garder sous son joug ! Je ne savais plus différencier le vrai du faux. J’étais perdue.

J’ai donc accepté de me regarder en face un jour et j’ai longtemps eu honte de moi par la suite. Comment en étais-je arrivé là ? J’en étais arrivée là parce qu’il était un pervers doublé d’un narcissique de première. J’en étais arrivé là parce qu’il était passé maître dans la manipulation la plus sordide de toutes, celle où il me blessait et me convainquait ensuite que c’était ma faute. J’expiais donc toutes les remarques qu’il me faisait et les bousculades dont j’étais victime.

Il m’a tellement écœuré des hommes que je ne leur faisais plus du tout confiance. Ce n’est qu’avec le temps que j’ai compris qu’ils n’étaient pas tous les mêmes.

Neuf mois après que je m’étais sauvée pour vivre ailleurs, il me téléphonait, fanfaron, en laissant un message sur ma boîte vocale. Il voulait me rencontrer, m’invitait à prendre un dernier verre histoire de mettre un véritable terme à notre « relation ». Le terme avait été mis des mois plus tôt par moi, mais dans son monde, dans sa conception du monde et de la réalité, c’était à lui c’était à lui de clouer le dernier clou au cercueil de notre histoire.

J’ai effacé son message sitôt l’avoir reçu et je me suis activée à avoir une vie meilleure pour moi et ma famille. Je n’ai pas réussi à rétablir les liens avec tous mes amis d’antan…

Ça s’est passé en 2002 et dix-sept ans après tout ce qu’il m’a fait vivre est bien frais dans ma mémoire. On parle de traumas et on a bien raison. Il m’arrive même de m’éveiller la nuit, en sueur, le cœur qui bat la chamade et d’avoir peur de me retourner dans mon lit et l’apercevoir à mes côtés.

On m’a dit qu’il avait changé. Je n’y crois pas. Le diable change souvent de visage, mais ça n’en demeure pas moins le diable.

Si j’avais su. Mais je ne savais pas. Et ce n’est que des années plus tard que j’ai réussis à m’ouvrir véritablement sur tout ce que j’avais vécu. La violence conjugale porte plusieurs noms et souvent les gens ont tendance à la minimiser.

C’est longtemps après avoir quitté cet homme que je me suis rendu compte que j’avais d’abord été sa proie, ensuite sa victime. Si j’avais la chance d’ouvrir un espace temporel pour aller à la rencontre de la jeune femme que j’étais juste avant de faire sa connaissance, je lui dirais tout ce qu’elle a su accomplir sans lui. Tous ses défis qu’elle a su relever et tous les sourires partagés par elle, pour elle et à cause d’elle.

Je lui dirais de ne jamais aller prendre ce premier verre avec le diable.

Josée Durocher

auteure et blogueuse

Elle a choisi d’épouser trois causes sociales importantes: l’autisme et les agressions sexuelles ainsi que les violences conjugales. Ayant été victime trop souvent dans sa vie, elle a su, à force de résilience, se relever la tête et marcher vers son chemin de guérison. C’est un message positif qu’elle partage avec ses mots qui se veulent de véritables phares dans la noirceur trop commune vécue par trop de personnes.