La violence sexuelle est un problème répandu associé à des conséquences négatives sur la santé tout au long de la vie. Des données nationales américaines récentes révèlent que, parmi les femmes rapportant des antécédents de viol, 40 % avaient été violées pour la première fois avant l’âge de 18 ans et 38 % entre 18 et 24 ans. Les années de collège peuvent être une période particulièrement vulnérable pour les femmes, compte tenu de l’augmentation de la fête et de la consommation d’alcool. Une étude a montré que 20 % des femmes au premier cycle étaient victimes de violences sexuelles depuis le début de leurs études. Néanmoins, les violences sexuelles sont un problème de santé publique évitable.

Des chercheurs (1) ont présenté les résultats d’un essai contrôlé randomisé d’une intervention visant à réduire l’incidence de la victimisation avec violence sexuelle parmi les étudiantes universitaires de première année au Canada. Ils ont constaté qu’un programme renforcé de résistance aux agressions sexuelles entraînait une réduction du risque de viol complet et de tentative de viol et, dans une moindre mesure, de tentative de coercition et de contact sexuel non consensuel au cours d’une période de suivi d’un an. Les chercheurs ont calculé que pour 22 femmes inscrites, l’intervention permettrait d’empêcher un autre viol achevé dans l’année suivant leur participation. Leur étude présente de nombreux points forts compatibles avec les principes de prévention efficace, notamment une conception rigoureuse, l’évaluation de plusieurs types de violence sexuelle et une intervention éclairée par la théorie et administrée au cours de multiples sessions utilisant diverses méthodes d’enseignement. Sa principale faiblesse est qu’il confie la responsabilité de la prévention aux victimes potentielles, occultant éventuellement la responsabilité des auteurs et des autres. Que se passe-t-il lorsque les femmes qui terminent l’intervention ne peuvent pas résister avec succès au viol ? Et les victimes masculines potentielles dans tout ça ?

Avec une approche de santé publique, le moyen le plus efficace d’avoir un effet sur la violence au niveau de la population consiste à mettre l’accent sur la prévention primaire auprès des auteurs potentiels dans le cadre d’une approche globale à plusieurs niveaux. L’accent étant actuellement mis sur la violence sexuelle aux États-Unis et au Canada, il peut être tentant de concentrer toute l’attention sur le groupe d’âge des collèges pour les efforts de prévention. Mais les données de prévalence brossent un tableau différent : nous devons commencer plus tôt.

Le modèle socioécologique constitue un cadre utile pour comprendre et prévenir la violence. Ce modèle suggère que les facteurs contribuant à la violence existent non seulement au niveau individuel, mais également dans le contexte des relations, des communautés et de la société au sens large. Pour prévenir la violence sexuelle, nous devons développer des stratégies à tous ces niveaux écologiques. La recherche a suggéré des approches prometteuses pour les populations d’adolescents et de collèges allant au-delà du niveau individuel. Par exemple, dans une étude, les taux de harcèlement sexuel et de harcèlement criminel étaient plus faibles dans un collège proposant un programme de formation de tiers que dans deux collèges sans programme. Une autre étude a évalué les effets d’un programme de prévention de la violence dans les fréquentations chez les athlètes masculins du secondaire, qui consistait à former des entraîneurs du secondaire à la modélisation de relations saines et respectueuses. L’intervention n’a eu aucun effet durable sur les résultats principaux (intention d’intervenir devant le témoin de comportements abusifs, reconnaissance des comportements abusifs et attitudes équitables envers les hommes), mais elle a permis de réduire les comportements négatifs occasionnels des témoins de violence dans les fréquentations (y compris les violences sexuelles) de la part des athlètes au suivi après un an.

Au niveau des écoles, un programme de prévention à New York comprenait une intervention au niveau du bâtiment qui utilisait une cartographie des points chauds pour identifier les zones non sécurisées dans les collèges et renforcer la surveillance du personnel ; dans un essai randomisé impliquant de nombreux collèges, l’intervention a permis de réduire les actes de violence sexuelle et la victimisation. Au niveau de la communauté plus large, étant donné que le nombre de points de vente d’alcool sur les lieux dans une zone géographique définie était positivement associé aux taux de viol, les politiques en matière d’alcool liées à la densité des points de vente et d’autres domaines méritent d’être prises en considération parmi les approches visant à réduire la violence sexuelle. Une évaluation rigoureuse de toutes les stratégies prometteuses décrites ici et d’autres est nécessaire pour renforcer la base factuelle de la prévention.

Donner aux femmes les moyens de résister à la violence et de se protéger, comme l’ont décrit les chercheurs, est un élément positif et raisonnable de la prévention de la violence sexuelle, et ce type d’approches a une longue feuille de route. Cependant, les approches centrées sur les femmes pour la prévention sont utilisées isolément non seulement pour détourner la responsabilité des auteurs potentiels, mais représentent également une solution partielle. Nous pouvons avoir un effet plus important grâce aux efforts combinés qui se concentrent également sur tous les étudiants, nonobstant le genre. Il faut aussi des outils de prévention qui s’adressent aux auteurs potentiels, les passants et les influences plus larges au niveau de la communauté.

Il n’y a pas de solution facile à ce problème. Les interventions rapides en une seule session contre la violence sexuelle ne sont pas efficaces et peuvent même être nuisibles. Les chercheurs ont décrit une intervention efficace au niveau individuel pour les femmes au collège. Des approches telles que la leur, bien que limitées par elles-mêmes, peuvent faire partie d’une approche globale à plusieurs niveaux, incluant notamment les hommes, les jeunes et les auteurs potentiels, pour faire face à cette crise de santé publique.

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1- Efficacy of a sexual assault resistance program for university women. Senn CY, Eliasziw M, Barata PC, Thurston WE, Newby-Clark IR, Radtke HL, Hobden KL. N Engl J Med. 2015 Jun 11; 372(24):2326-35.