J’avais passé une semaine exquise avec mes enfants que j’avais alors en garde partagée et, puisque nous étions vendredi, mon conjoint me dit qu’on mangerait de la fondue ce soir-là. Très heureuse de ce choix, je me suis empressée de lui témoigner le fait que je tenais à l’aider. Pour moi, ça allait de soi ! J’avais donc la charge de placer les viandes dans un grand plat de service qui, je le rappelle, n’allait servir qu’à nous deux puisque nous étions seuls chez lui.

Il habitait dans le même complexe d’édifices à appartements que moi. Le sien était situé en hauteur et de biais avec le mien, si bien qu’il avait le loisir de voir tout ce qui se passait sur ma terrasse.

Mais revenons à la fondue, vous voulez bien ?

Dans ma jeunesse, nous étions très pauvres ma mère et moi. Bien que je n’aie jamais manqué de rien, bah, de la fondue, on n’en mangeait pas. C’était davantage steak-blé d’Inde-patate, si vous voyez le topo !

Dans la petite cuisine près du salon je m’appliquais à étaler les viandes et ce n’est que lorsque j’ai posé la dernière tranche qu’il s’est mis à me crier après, me traitant de tous les noms au passage, mais surtout d’inculte, car je ne savais pas, selon lui, placer correctement les viandes dans le plat de service.

Devant cette colère qui ne me disait rien de bon, je me suis écartée des plats pouvant servir d’OVNI et je me suis déplacée jusqu’au salon. Malheur, il me suivait ! Il ne dérougissait pas de colère d’une colère que je connaissais bien et j’ai mis mon pardessus pour qu’il se calme. C’était pire que tout.  

Il avançait vers moi furieusement et m’invectivait du mieux qu’il le pouvait et de manière si sonore que je me suis dit que les voisins allaient débarquer. Personne ne vint cogner et moi, parce qu’il fonçait sur moi, j’ai étiré mes bras et l’ai empêché d’avancer en le poussant un peu.  

Il faut dire que dans le temps, je ne pesais que 55 kilogrammes et lui faisait le double avec ses 6 pieds 3 pouces.  

Il a rétorqué en se fâchant davantage et son regard changea tellement que je pouvais voir la haine en le regardant. Il n’en fallut pas plus et il me prit par les épaules et me lança contre le mur. Je venais de comprendre que cet homme ne m’aimait pas.

Je me suis sauvée. J’ai couru jusque chez moi où j’ai pleuré ma vie. Mon rêve d’amoureuse venait de prendre fin, du moins c’est ce que je croyais.

Il n’a pas pris une éternité pour me téléphoner et me « minoucher » les oreilles pour que je revienne chez lui. Je le croyais repentant et je l’ai cru. J’ai donc traversé le stationnement dans un soir noir et j’ai grimpé jusqu’au troisième étage de son appartement.

Là, j’ai encore pleuré. Lui aussi pleurait et me disait sur un ton neutre qu’il ne pourrait plus jamais me faire confiance parce que je venais de la sacrer là ! Finalement, ce soir-là, naïve et en manque d’amour, c’est moi qui m’excusais pour mon comportement qu’il disait déficient et pour avoir gâcher le souper.

Il avait jeté toute la nourriture dans la poubelle et me demanda, comme si de rien n’était, de lui faire cuire une tranche de jambon. Ce que j’ai fait, maladroitement parce qu’énormément stressée et ayant peur de faire quelque chose pour le contrarier.

Je venais d’entrer dans un cercle qui deviendrait plus que vicieux. Il ne lui en fallut pas plus pour m’empêcher de dormir prétextant que je ronflais beaucoup et qu’il ne pouvait fermer l’œil de la nuit. Des colères, il m’en a fait au lit très souvent.

Et si, par malheur, je me rebutais à aller chez lui prétextant d’autres occupations ou des responsabilités importantes, il ramenait tout, toujours, à lui comme s’il avait eu plus d’importance que moi.

Je l’ai quitté en cachette. Un jour qu’il travaillait, je suis partie avec mes enfants et ma ménagerie pour aller vivre dans un taudis. Là était mon assurance ! Il était si snob qu’il n’aurait jamais mis les pieds là-bas.

Il m’a cherché à l’école de mes enfants, au service de garde et même chez ma comptable. Heureusement, tous sont demeurés impassibles devant son insistance et personne n’a divulgué mon adresse.

J’ai vécu l’enfer avec X qui n’est plus dans ma vie depuis longtemps. Mais il aura su me traumatiser. Juste l’odeur du parfum qu’il portait me donne la nausée et me met dans tous mes états. C’est un sacré répulsif !

Aujourd’hui, il y a des années que je ne l’ai plus vu et je ne cherche pas de contact avec lui. C’est vraiment épuisée, au bout du rouleau que je me suis refait une vie et je protège celle-ci de toutes mes forces depuis.

L’amour avec un grand « A », je ne l’ai pas connu à ce jour et plus le temps passe moins j’y crois. Je dois être honnête avec vous amis lecteurs, même si je sais que mon cœur peut battre pour une autre personne, j’aime mieux me voir seule que battue par l’amour.

Josée Durocher

auteure et blogueuse

Elle a choisi d’épouser trois causes sociales importantes: l’autisme et les agressions sexuelles ainsi que les violences conjugales. Ayant été victime trop souvent dans sa vie, elle a su, à force de résilience, se relever la tête et marcher vers son chemin de guérison. C’est un message positif qu’elle partage avec ses mots qui se veulent de véritables phares dans la noirceur trop commune vécue par trop de personnes.