Ils s'en sont souvent sortis pendant des années et, pour ceux qu'ils harcelaient, il semblait que leurs auteurs ne paieraient jamais aucune conséquence. Puis vint le rapport qui détaillait les agressions sexuelles et le harcèlement de Harvey Weinstein, ainsi que sa chute des hauteurs d'Hollywood.

Un an plus tard, alors même que le mouvement #MeToo se heurte à une réaction fulgurante, il est possible de faire le point sur la manière dont l'affaire Weinstein a modifié les couloirs du pouvoir.

Une analyse du New York Times a révélé que, depuis la publication de l'exposé (suivi de plusieurs jours plus tard par une enquête du New Yorker ), au moins 200 hommes importants ont perdu leur emploi à la suite d'allégations publiques de harcèlement sexuel.

Quelques-uns, y compris M. Weinstein, font l'objet d'accusations criminelles. Au moins 920 personnes se sont manifestées pour dire que l'un de ces hommes les avait soumises à une inconduite sexuelle.

#MeeToo, une liste qui ne cesse de s'allonger :

Depuis avril 2017, plus de 250 personnalités influentes - célébrités , hommes politiques , PDG , etc. - ont fait l'objet de plaintes pour harcèlement sexuel, d'agressions ou d'autres allégations de conduite répréhensible.


Voici une liste partielle des accusés dans le mouvement #MeToo :


- Harvey Weinstein, producteur de film

- Ben Affleck, acteur

- Roy Price, ancien chef des studios Amazon

- Bob Weinstein, producteur de film

- Chris Savino, créateur de la grande maison de Nickelodeon

- Oliver Stone, réalisateur

- John Besh, chef étoilé

- Leon Wieseltier, ancien rédacteur en chef de The Atlantic  and The New Republic

- Lars Von Trier, réalisateur

- Alex Calder, musicien

- Twiggy Ramirez, ancien bassiste Marilyn Manson

- Terry Richardson, photographe

- George HW Bush, 41ème président des Etats-Unis

- Ethan Kath, membre fondateur de Crystal Castles

- Kevin Spacey, acteur

- Jeremy Piven, acteur

- Dustin Hoffman, acteur

- Andy Dick, acteur

- Steven Seagal, acteur

- et bien d’autres !


Plus de 150 personnes ont été ajoutées à la liste depuis sa première publication en décembre 2017. De plus en plus de victimes se manifestent presque tous les jours, beaucoup d’entre elles inspirées et enhardies par celles qui ont lancé le mouvement.

Seulement des hommes pointés du doigt ?

Bien que la perception générale selon laquelle seuls des hommes ont été accusés, il n’en reste pas moins que certaines femmes ont aussi été prises dans le collimateur du mouvement #MeToo.

En voici une liste non exhaustive :

- Asia Argento - Actrice, réalisatrice, figure du #MeToo : Un homme a déclaré l'avoir agressée sexuellement à l'âge de 17 ans. Elle a été renvoyée de X Factor Italy.

- Allison Mack - Actrice : Elle a été accusée de trafic sexuel en lien avec des allégations selon lesquelles elle aurait recruté des femmes pour devenir des «esclaves» du groupe Nxivm.

- Melanie Martinez - Auteur-compositeur-interprète : Une femme a déclaré que Martinez l'avait violée.

- Andrea Ramsey - Ancienne candidate à la Chambre des représentants des États-Unis (D-KS) : Un homme a rapporté qu'elle l'avait harcelé sexuellement et avait exercé des représailles lorsqu'il avait rejeté ses avances. Elle a abandonné sa course au Congrès.

- Avital Ronell - Professeur, Département de littérature allemande et comparée de l'Université de New York : Une ancienne étudiante l’a accusée de l'avoir harcelée et agressée sexuellement. Une enquête universitaire a révélé que Ronell était responsable de harcèlement sexuel et elle a été suspendue pour l'année universitaire.

- Cristina Garcia, présidente du caucus législatif des femmes : Deux hommes ont déclaré que Garcia avait fait des avances inappropriées à leur égard. L’un d’eux, ancien membre du personnel législatif, a déclaré que Garcia lui pelotait le dos et les fesses et tentait de saisir son entrejambe lors d’un match de softball du personnel législatif en 2014.

Pourquoi ce silence radio ?

Portée par les réseaux sociaux, la campagne #MeToo visant à dénoncer les violences faites aux femmes a eu un écho planétaire. Cependant, la parole des femmes a pourtant mis plusieurs années avant de se libérer.

D’un côté, des milliers de femmes qui confessent publiquement leur peur d’être agressées, violées, une peur souvent nourrie par le fait qu’elles ont déjà été victimes par le passé.

En face, des milliers d’hommes se braquent ou se repassent le film de leurs relations passées, paralysés par la trouille d’être accusés d’agression. Ils ne savent plus comment se comporter, que ce soit par peur de nuire ou par peur de blesser…

Mais devant le niveau de gravité de certains faits, on peut se demander pourquoi les victimes ont mis autant de temps avant de se manifester publiquement.

Tout d’abord, il faut savoir qu’une personne victime d’une agression, qu’elle soit physique, psychologique ou sexuelle, ressent la plupart du temps de la honte. L’impression d’avoir été sali(e) par son agresseur.

À cela vient s’ajouter un fort sentiment de culpabilité. La victime se sent responsable de cette agression. “J’ai du lui laisser croire qu’il pouvait me faire ça.” ou encore “Ma jupe était trop courte.”.

Mais ce qui a été mis en exergue dans cette campagne #MeeToo c’est avant tout le poste occupé par les agresseurs.

Le plus parlant est l’exemple d’Harvey Weinstein qui était producteur. On peut donc dire qu’il a profité pleinement de sa position dominante pour réaliser toutes ces agressions.

On ne doute pas que les menaces ont dû être nombreuses pendant toutes ces années. Peur du licenciement, de l’impact sur la vie de famille ou encore l'image dans la société, les raisons de garder le silence sont nombreuses.


Parler pour se libérer !

C’est ce qui a permis à de nombreuses victimes d’agressions sexuelles d’oser parler de ce qu’elles ont subi.

Le phénomène de groupe a libéré la parole des victimes, “Je ne suis pas la/le seul(e) à avoir subi cela.”

Voilà pourquoi il est important de parler pour pouvoir se libérer.



Mais l'analyse montre que le mouvement # MeToo a secoué et continue de secouer les structures de pouvoir dans les secteurs les plus visibles de la société.

De nombreuses personnalités ont perdu leurs emplois principaux, des postes de direction importants ou des contrats importants, et dont les évictions ont été publiquement couvertes dans les reportages.


Enfin, il est important de souligner que même si #MeeToo a permis de mettre en lumière des agressions sexuelles commise par des hommes, la généralité n’a pas lieu d’être.

Rappelons-le, tous les hommes ne sont pas des agresseurs !



Donald Duguay

Fondateur - rédacteur

Fondateur du mouvement, il est animé d’une grande passion à venir en aide au suivant. De victime d’agression sexuelle à survivant, il choisit maintenant de devenir un agent de changement au service de la cause.