C’était le jour J.  L’avant-veille je ne savais même pas si je me rendrais là en un seul morceau tellement j’étais anxieuse et effrayée.  La cour, vous savez, ça peut être très impressionnant.  Surtout quand on a porté des accusations d’agressions sexuelles…

J’entrais dans la finale de ma tourmente qui ne m’avait pas lâchée depuis plus de deux ans.  Cette ultime tempête lors de laquelle j’allais, j’en étais certaine, souffrir encore un peu plus et pour longtemps.

En deux ans et demi, je n’avais pas su convaincre qui que ce soit de m’y accompagner. Je tentais désespérément de me résigner à me rendre seule au commissariat afin que l’enquêteur désigné à mon dossier m’escorte vers le palais de justice.

Depuis le soir fatidique de l’agression, je ne visionnais presque plus la télévision.  Les thématiques que j’y rencontrais me ramenaient inlassablement à une violence que je connaissais trop bien, et les nouvelles aussi.  Tout ce que je savais était que je ne pouvais plus dormir dans le noir, que j’avais peur de sortir et de le rencontrer dans un détour de ma ville même s’il en habitait une autre, que j’étais écœurée de penser à cet événement odieux et que j’étais déjà fatiguée de me battre. Vous pouvez bien vous imaginer que mon passage à la cour pour témoigner contre celui qui m’avait agressé me faisait très peur aussi.

Une bonne amie

Elle m’avait déjà lancé : « Si tu n’as personne pour t’accompagner, j’irai! »  Mais j’y croyais plus ou moins. Pas que je n’avais pas confiance en mon amie, non.  Mais les gens, souvent, disent des choses qu’ils ne pensent pas ou qu’ils regrettent aussitôt.

Pourtant, deux jours avant que le procès ne débute, elle logea un appel chez moi me demandant si j’y allais seule ou si j’avais trouvé une bonne âme pour venir avec moi.  Cet appel tomba pile poil car j’étais vraiment découragée.  Le trajet entre ma ville et la ville où les événements avaient eu lieu dure pas moins de quarante minutes.  Je ne me sentais pas la force de me rendre là-bas car tout en moi me criait que c’était insensé de m'y rendre seule.  Lorsque j’ai fondu en larmes, elle n’a pas attendu que je le lui demande : « J’irai te chercher au petit matin et je t’accompagnerai pour la journée! »

Elle ne le sait pas, mais cette amie, en m’offrant son aide, a complètement transformé mon monde intérieur de peur en un monde d’espoir.  

Le jour J

Comme elle m’en avait fait la promesse, elle est venue me chercher très tôt et nous avons discuté durant tout le trajet, de tout, de rien et de ce qui me préoccupait.  J’étais très nerveuse, mais j’avais moins peur.

Elle m’a conduite au poste de police et nous avons attendu l’enquêteur.  Nous avons quitté les lieux en même temps.  Moi avec la rutilante bagnole de l’enquêteur et elle dans sa Kia blanche.  Je me sentais comme si un ange veillait sur moi et honnêtement elle était un ange pour moi.

Mon amie a tout entendu de mon témoignage et quand j’ai terminé de parler, je me suis retournée.  Elle était à ma gauche et l’enquêteur à ma droite.  Elle, me tenant la main et lui me soutenant le bras.

Quelque chose avait changé en moi.  Je le sentais, je le savais mais je ne pouvais m’expliquer quoi exactement.  Une fois tous trois sortis de la salle d’audience elle m’a regardée et m’a adressé un énorme sourire de fierté et lui aussi.  J’étais leur championne!

Si j’étais entrée dans cette salle de la cour de justice la tête baissée en ne voyant que le bout de mes souliers se traîner au sol, c’est la tête bien haute que j’en suis ressortie ce jour-là.  Tous ceux qui étaient là pour que justice soit rendue, et que j’avais côtoyés pendant plus de deux ans étaient là et de leur présence, ils m’encourageaient à faire ce que je considérais mon devoir de citoyenne, oui, de femme, de fille, de mère…

Mais la seule présence qui m’a permis de m’élever et de reprendre enfin mon pouvoir c’est la sienne.  C’est celle de cette amie.

Merci

Quand on est seul dans un combat du genre, le fait que quelqu’un que nous aimons nous croit, nous encourage et nous démontre toute son affection en passant ce mauvais moment avec nous, eh bien, tout cela fait une énorme différence afin de recoller notre cœur cassé depuis trop longtemps.

Cette amie dans ma tourmente, je lui ai dit merci.  Mais jamais comme ici.  Je lui adresse toute ma reconnaissance et ma gratitude pour cette journée qu’elle m’a donnée.  Savoir qu’on compte à ce point pour quelqu’un, ça donne l’élan dont on a besoin pour s’envoler, car du coup nos ailes sont réparées.

Josée Durocher

auteure et blogueuse

Elle a choisi d’épouser trois causes sociales importantes: l’autisme et les agressions sexuelles ainsi que les violences conjugales. Ayant été victime trop souvent dans sa vie, elle a su, à force de résilience, se relever la tête et marcher vers son chemin de guérison. C’est un message positif qu’elle partage avec ses mots qui se veulent de véritables phares dans la noirceur trop commune vécue par trop de personnes.