Ce texte aborde la violence conjugale au sein des couples hétérosexuels et homosexuels et la façon dont elle est vécue dans les relations maritales, extra-maritales ou amoureuses, et ce, à tous les âges de la vie. Il lève le voile sur le problème, l’ampleur et les conséquences de la violence conjugale sous toutes ses formes, soit la violence subie par les femmes ou les hommes de la part de leur partenaire. Dans certaines sections, il est cependant davantage question de la violence exercée par les hommes à l'endroit des femmes, car cette problématique est mieux documentée et il est reconnu que plus de femmes que d'hommes sont victimes d'actes de violence grave de la part de leur partenaire et que les conséquences de ces gestes sont en général plus sérieuses pour les victimes féminines que pour les victimes masculines (1-2). Conformément à la Politique québécoise d’intervention en matière de violence conjugale : Prévenir, dépister, contrer la violence conjugale, elle aborde également la réalité des personnes vivant dans des situations particulières telles que les personnes immigrantes, aînées, handicapées, autochtones, gaies et lesbiennes.

𝗗𝗲́𝗳𝗶𝗻𝗶𝘁𝗶𝗼𝗻
𝙀𝙣𝙟𝙚𝙪𝙭 𝙖𝙪𝙩𝙤𝙪𝙧 𝙙𝙚 𝙘𝙚𝙨 𝙙𝙚́𝙛𝙞𝙣𝙞𝙩𝙞𝙤𝙣𝙨

Les études scientifiques disponibles à ce jour se concentrent presqu’exclusivement sur la violence exercée par les hommes à l’égard des femmes, ce qui fait en sorte que la situation inverse est moins bien connue. Peu d’auteurs se sont avancés sur la violence exercée par la femme envers son partenaire ou sur la violence réciproque dans un contexte conjugal. Cela ne signifie pas que ces formes de violence soient bénignes et acceptables, mais plutôt qu’elles sont moins documentées par les études qui se concentrent sur des échantillons cliniques (auprès de la clientèle en maisons d’hébergement, généralement constituée de femmes) (11).

La définition de la violence conjugale suscite de grands débats tant chez les chercheurs que chez les intervenants qui œuvrent dans le domaine (15). La violence conjugale ne peut être interprétée par une théorie unique ou expliquée par des causes uniques. Dans ce texte, la violence conjugale est définie selon deux perspectives, soit la violence conjugale comme une prise de contrôle et la violence conjugale situationnelle. Les définitions proposées témoignent de la complexité du phénomène et permettent de faire une distinction entre les types de violence conjugale en tenant compte du contexte, des motivations sous-jacentes et de la dynamique du couple.

𝟭. 𝗟𝗮 𝘃𝗶𝗼𝗹𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗰𝗼𝗻𝗷𝘂𝗴𝗮𝗹𝗲 𝗱𝗲́𝗳𝗶𝗻𝗶𝗲 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲 𝘂𝗻𝗲 𝗽𝗿𝗶𝘀𝗲 𝗱𝗲 𝗰𝗼𝗻𝘁𝗿𝗼̂𝗹𝗲
La violence conjugale définie ainsi implique une dynamique dans laquelle l’un des partenaires utilise diverses stratégies pour obtenir ou maintenir un contrôle général sur l’autre (9-11). Ce type de violence conjugale se caractérise surtout par un contrôle coercitif exercé dans différentes sphères, mais aussi par la fréquence et la gravité des comportements violents (12). Certains auteurs utilisent le terme « terrorisme intime » pour désigner ce type de violence (9-11-12). Bien qu’elle puisse être exercée par les deux sexes, les études démontrent qu’elle est généralement subie par les femmes et perpétrée par les hommes (11).

Dans sa Politique d’intervention en matière de violence conjugale. Prévenir, dépister, contrer la violence conjugale, le gouvernement du Québec a choisi d’aborder la question de la violence conjugale sous cet angle et de cibler la violence exercée par un homme à l’endroit d’une femme, bien qu’elle reconnaisse également que certains hommes puissent subir de la violence conjugale. Elle positionne ainsi la violence conjugale comme un moyen choisi pour dominer l’autre personne et affirmer son pouvoir sur elle, et non pas comme une perte de contrôle: « La violence conjugale se caractérise par une série d’actes répétitifs, qui se produisent généralement selon une courbe ascendante. (…) La violence conjugale comprend les agressions psychologiques, verbales, physiques et sexuelles ainsi que les actes de domination sur le plan économique. Elle ne résulte pas d'une perte de contrôle, mais constitue, au contraire, un moyen choisi pour dominer l'autre personne et affirmer son pouvoir sur elle. Elle peut être vécue dans une relation maritale, extramaritale ou amoureuse, à tous les âges de la vie. » (3)

𝟮. 𝗟𝗮 𝘃𝗶𝗼𝗹𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗰𝗼𝗻𝗷𝘂𝗴𝗮𝗹𝗲 𝘀𝗶𝘁𝘂𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻𝗻𝗲𝗹𝗹𝗲
La violence conjugale situationnelle survient lors de conflits ou de différends ponctuels entre deux partenaires (9) et résulterait d’une réponse inadaptée au stress, à l’exaspération et à la colère issus de conflits dans le couple (1-6-7). Sans présenter un schéma général de contrôle, cette violence s’inscrit plutôt dans une dynamique violente de gestion des conflits (9). La violence situationnelle peut être mineure ou sévère, fréquente ou isolée.

Dans les études scientifiques et les enquêtes populationnelles, la violence conjugale est surtout définie sur la base d’un ensemble d’actes violents entre partenaires, de nature criminelle ou non, mineurs ou graves, sans nécessairement prendre en considération le contexte dans lequel ces actes sont commis et les motivations sous-jacentes. Cela est attribuable aux limites des outils de mesure utilisés dans ces études qui ne permettent pas de bien cerner la violence dans une perspective de prise de pouvoir et de contrôle.  Par exemple, à partir de la définition de la violence utilisée dans la plupart des études et enquêtes, il est difficile de déterminer si la violence subie est le résultat d’une agression initiée par l’autre partenaire ou le résultat d’un geste d’auto-défense. Les enquêtes populationnelles réalisées auprès d’échantillons représentatifs de la population repèrent de manière presque exclusive la violence situationnelle (11).  Ces études concluent que ce type de violence a généralement plus de chance d’être réciproque et qu’il risque peu de mener à une escalade et de causer des blessures (1-6-7).

𝗩𝗶𝗼𝗹𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗰𝗼𝗻𝗷𝘂𝗴𝗮𝗹𝗲 𝗼𝘂 𝗰𝗵𝗶𝗰𝗮𝗻𝗲 𝗱𝗲 𝗰𝗼𝘂𝗽𝗹𝗲 ?

Il peut parfois être difficile de distinguer la violence conjugale de la chicane de couple. Dans tous les couples, il peut y avoir, dans des moments de colère et de frustration, des paroles blessantes, des propos dénigrants et autres comportements agressifs. Habituellement, ces épisodes sont occasionnels et ne s’insèrent pas dans un cycle répétitif dans lequel un des partenaires domine l’autre.

On parlera de violence conjugale lorsque de tels agissements sont courants et font partie de la dynamique relationnelle du couple. De plus, il pourra y avoir la recherche de contrôle et de pouvoir sur l’autre qui persistera dans le temps. La victime n’osera ni parler ni s’opposer ouvertement au conjoint par peur de ses réactions, des conséquences ou des représailles. La peur et l’impuissance sont des indices importants pour distinguer la violence conjugale de la chicane de couple (4-5-9).

𝗟𝗲𝘀 𝗳𝗼𝗿𝗺𝗲𝘀 𝗱𝗲 𝘃𝗶𝗼𝗹𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗰𝗼𝗻𝗷𝘂𝗴𝗮𝗹𝗲

La violence conjugale revêt plusieurs formes: violence psychologique, verbale, physique, sexuelle et économique (1-3). Bien qu’une personne puisse être victime d’une seule forme de violence, plusieurs formes peuvent être présentes de façon concomitante. De même, les formes de violence exercées à l’endroit d’un partenaire peuvent changer dans le temps. Toutes ces formes peuvent être utilisées pour contrôler la victime.

𝗩𝗶𝗼𝗹𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗽𝘀𝘆𝗰𝗵𝗼𝗹𝗼𝗴𝗶𝗾𝘂𝗲:
• Difficile à départager de la violence verbale
• Subtile
• Difficile à détecter par l'entourage et par la victime
𝙈𝙖𝙣𝙞𝙛𝙚𝙨𝙩𝙖𝙩𝙞𝙤𝙣𝙨 :
• Dévalorisation de l'autre
• Attitudes et propos méprisants
• Chantage et menaces implicites ou explicites (se suicider, enlever ou tuer les enfants)
• Négligence
• Isolement social, contrôle des sorties et des fréquentations (contrôle relationnel)
• Violence sur les objets et les animaux

𝗩𝗶𝗼𝗹𝗲𝗻𝗰𝗲 𝘃𝗲𝗿𝗯𝗮𝗹
• Souvent banalisée
• Accompagne la plupart du temps les autres formes de violence
• Utilisée pour intimider, humilier ou contrôler l’autre
𝙈𝙖𝙣𝙞𝙛𝙚𝙨𝙩𝙖𝙩𝙞𝙤𝙣𝙨 :
• Sarcasmes, insultes
• Hurlements
• Propos dégradants et humiliants
• Chantage et menaces
• Ordres intimés brutalement

𝗩𝗶𝗼𝗹𝗲𝗻𝗰𝗲 𝘀𝗲𝘅𝘂𝗲𝗹𝗹𝗲
• Souvent cachée en raison des tabous
• La moins dénoncée
• S’accompagne la plupart du temps d’autres formes de violence
𝙈𝙖𝙣𝙞𝙛𝙚𝙨𝙩𝙖𝙩𝙞𝙤𝙣𝙨 :
• Agressions sexuelles et attouchements sexuels
• Imposition d'actes dégradants ou de pratiques sexuelles non désirées
• Harcèlement, intimidation, manipulation ou brutalité en vue d'une relation sexuelle non consentie
• Dénigrement sexuel
• Coercition sexuelle et reproductive
• Viol conjugal

𝗩𝗶𝗼𝗹𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗲́𝗰𝗼𝗻𝗼𝗺𝗶𝗾𝘂𝗲
• Répandue, mais méconnue
• Entrave à l’autonomie financière, même lorsque la victime occupe un emploi
𝙈𝙖𝙣𝙞𝙛𝙚𝙨𝙩𝙖𝙩𝙞𝙤𝙣𝙨 :
• Privation ou contrôle des ressources financières et matérielles (contrôler le budget et les dépenses pour les besoins essentiels, exiger de rendre des comptes, saisir les revenus, les cartes d’identités ou les passeports, etc.)
• Contrôle et surveillance des activités économiques
• Création d'une dépendance financière (ex. interdire de travailler)
• Dépense excessive qui met en péril le budget familial

𝗖𝘆𝗰𝗹𝗲 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝘃𝗶𝗼𝗹𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗰𝗼𝗻𝗷𝘂𝗴𝗮𝗹𝗲

Lorsque la violence conjugale s’inscrit dans une dynamique de prise de contrôle d’un des partenaires, celle-ci s’installe généralement de façon subtile et progressive selon un cycle insidieux. Sa lente escalade la rend difficile à percevoir, et ce, pour n’importe qui. En effet, l’entourage ne s’aperçoit pas toujours de la situation de violence conjugale que subit la victime, et ce, en raison du contrôle qu’exerce le conjoint sur elle.

𝗤𝘂'𝗲𝘀𝘁-𝗰𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝗹𝗲 𝗰𝘆𝗰𝗹𝗲 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝘃𝗶𝗼𝗹𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗰𝗼𝗻𝗷𝘂𝗴𝗮𝗹𝗲?
La violence conjugale survient souvent à l'intérieur d’un cycle appelé le « cycle de la violence conjugale » qui comporte quatre phases : tension, agression, justification et réconciliation. On dit que ce cycle est insidieux, car il s’installe progressivement bien avant que les effets se fassent sentir de façon évidente. Malgré ce caractère insidieux, les personnes qui en sont victimes finissent par vivre dans un climat de terreur créé par leur partenaire où elles ressentent de la peur, de la honte, de la culpabilité, du doute et de l'impuissance.

• Ce cycle est mis en place par l'agresseur et lui permet de maintenir sa domination sur la victime,
• Dans une relation conjugale marquée par la violence, ce cycle se répète plusieurs fois et de façon de plus en plus accélérée.
• Les manifestations de violence ont de plus tendance à s’intensifier avec le temps et ce, sous toutes ses formes pouvant aller dans certains cas jusqu’à l’homicide conjugal. Plus il se répète, plus la phase de la « réconciliation » raccourcit, allant jusqu'à disparaître.

𝟭. 𝗧𝗲𝗻𝘀𝗶𝗼𝗻
𝙇’𝙖𝙜𝙧𝙚𝙨𝙨𝙚𝙪𝙧 a des excès de colère, menace l’autre personne du regard, fait peser de lourds silences.
𝙇𝙖 𝙫𝙞𝙘𝙩𝙞𝙢𝙚 se sent inquiète, tente d’améliorer le climat, fait attention à ses propres gestes et paroles.

𝟮. 𝗔𝗴𝗿𝗲𝘀𝘀𝗶𝗼𝗻
𝙇’𝙖𝙜𝙧𝙚𝙨𝙨𝙚𝙪𝙧 violente l’autre personne sur les plans verbal, psychologique, physique, sexuel ou économique.
𝙇𝙖 𝙫𝙞𝙘𝙩𝙞𝙢𝙚 se sent humiliée, triste, a le sentiment que la situation est injuste

𝟯. 𝗝𝘂𝘀𝘁𝗶𝗳𝗶𝗰𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻
𝙇’𝙖𝙜𝙧𝙚𝙨𝙨𝙚𝙪𝙧 trouve des excuses pour justifier son comportement.
𝙇𝙖 𝙫𝙞𝙘𝙩𝙞𝙢𝙚 tente de comprendre ses explications, l’aide à changer, doute de ses propres perceptions, se sent responsable de la situation.

𝟰. 𝗥𝗲́𝗰𝗼𝗻𝗰𝗶𝗹𝗶𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻
𝙇’𝙖𝙜𝙧𝙚𝙨𝙨𝙚𝙪𝙧 demande pardon, parle de thérapie ou de suicide.
𝙇𝙖 𝙫𝙞𝙘𝙩𝙞𝙢𝙚 lui donne une chance, lui apporte son aide, constate ses efforts, change ses propres habitudes.
𝙀𝙣𝙨𝙪𝙞𝙩𝙚, 𝙧𝙚𝙩𝙤𝙪𝙧 𝙖̀ 𝙡𝙖 𝙥𝙝𝙖𝙨𝙚 1.

𝗣𝗼𝘂𝗿𝗾𝘂𝗼𝗶 𝗹𝗲𝘀 𝘃𝗶𝗰𝘁𝗶𝗺𝗲𝘀 𝗿𝗲𝘀𝘁𝗲𝗻𝘁-𝗲𝗹𝗹𝗲𝘀 𝗮𝘃𝗲𝗰 𝗹'𝗮𝗴𝗿𝗲𝘀𝘀𝗲𝘂𝗿?

Plusieurs éléments font en sorte qu’il peut être difficile de briser le cycle de la violence conjugale dont (1-10) :

𝗟𝗮 𝗽𝗲𝘂𝗿 𝗱𝗲𝘀 𝗿𝗲𝗽𝗿𝗲́𝘀𝗮𝗶𝗹𝗹𝗲𝘀.
Les victimes de violence conjugale ont peur des menaces proférées par leur conjoint. Certaines craignent même pour leur vie et pour celle de leurs enfants.

Elles sont effrayées à l'idée d'entreprendre des démarches judiciaires, que ce soit pour dénoncer leur conjoint ou pour s'en séparer. Elles ont peur que la violence augmente. Plusieurs victimes considèrent que les lois ne pourront pas, à la suite d'une éventuelle séparation, leur offrir une protection adéquate contre l'agresseur.

𝗟’𝗶𝘀𝗼𝗹𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝘀𝗼𝗰𝗶𝗮𝗹.
Par ses comportements contrôlants, l’agresseur empêche souvent sa victime d’entretenir des relations et des contacts avec ses parents et amis. Il dénigre les personnes qui pourraient lui venir en aide ou lui interdit tout simplement de les fréquenter, la laissant ainsi sans ressources sociales et complètement isolée. Certaines n’obtiennent pas le soutien de leur famille et amis et ne connaissent pas les ressources d'aide aux victimes pouvant les aider et aider leurs enfants.

𝗟𝗮 𝗽𝗲𝘂𝗿 𝗱𝘂 𝗷𝘂𝗴𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁.
Elles redoutent le jugement de la famille, des amis et des intervenants. Elles ont l'impression qu'on ne les croira pas. Elles ne se sentent pas la force d'affronter les commentaires.

𝗟’𝗲𝘀𝗽𝗼𝗶𝗿 𝗰𝗼𝗻𝘀𝘁𝗮𝗻𝘁 𝗾𝘂𝗲 𝗹𝗲 𝗰𝗼𝗻𝗷𝗼𝗶𝗻𝘁 𝘃𝗮 𝗰𝗵𝗮𝗻𝗴𝗲𝗿.
L’expérience de la violence dans le cadre d’une relation d’amour est une expérience traumatisante et bouleversante. Parce que les comportements violents sont accompagnés d’une justification et d’une responsabilisation de la victime comme source du problème, il devient difficile pour cette dernière de remettre en question la relation. Elles ont aussi l'espoir que les choses vont changer. Elles croient aux promesses de changement de leur partenaire, espèrent que leur amour pour ce dernier arrivera à le changer. Elles croient qu'il changera si elles modifient leur propre comportement.

𝗘𝗻𝗷𝗲𝘂𝘅 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝘀𝗲́𝗽𝗮𝗿𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝘂𝗻 𝗰𝗼𝗻𝘁𝗲𝘅𝘁𝗲 𝗱𝗲 𝘃𝗶𝗼𝗹𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗰𝗼𝗻𝗷𝘂𝗴𝗮𝗹𝗲

Mettre fin à une relation dans un contexte de violence conjugale est un long processus qui peut comporter certains dangers. Des études démontrent que la séparation est l’un des moments les plus dangereux pour les victimes, car certains conjoints peuvent devenir agressifs et mettre en danger la vie de leur partenaire (1-13-14).

La séparation d’un conjoint ayant des comportements violents ne met pas nécessairement un terme à la violence (13).

• Au Québec, en 2012, 19 731 infractions contre la personne commises dans un contexte conjugal ont été rapportées à la police, 80 % ayant été commises contre des femmes et 20 % contre des hommes. De ce nombre, 5 688 infractions ont été commises à l’endroit d’une ex-conjointe et 1466 à l’endroit d’un ex-conjoint (source : DUC2 – MSP, demande spéciale).

𝗖𝗲 𝗾𝘂𝗶 𝗳𝗮𝗶𝘁 𝗾𝘂’𝗲𝗹𝗹𝗲𝘀 𝗮𝗿𝗿𝗶𝘃𝗲𝗻𝘁 𝗮̀ 𝗾𝘂𝗶𝘁𝘁𝗲𝗿 𝗹’𝗮𝗴𝗿𝗲𝘀𝘀𝗲𝘂𝗿

Le départ définitif d’une personne vivant de la violence conjugale est un long processus nécessaire pour se défaire graduellement de l’emprise du partenaire. C'est souvent au terme d'un long cheminement, marqué par l'ambivalence, que les victimes parviennent à briser le cycle de la violence conjugale. Le fait de vivre le cycle de la violence à plusieurs reprises rend souvent les personnes violentées ambivalentes, ne sachant plus si elles doivent partir ou rester. Souvent, elles partent pour voir si elles peuvent survivre en dehors de la relation. Dans certains cas, elles reviennent pour voir si la relation peut changer. Ce processus évolutif contribue à sortir les victimes du cycle de violence.

Une étude a montré qu’une femme victime de violence conjugale peut quitter son conjoint sept ou huit fois en moyenne avant de le quitter définitivement (8).

𝗩𝗼𝗶𝗰𝗶 𝗹𝗲𝘀 𝗽𝗿𝗶𝗻𝗰𝗶𝗽𝗮𝗹𝗲𝘀 𝗿𝗮𝗶𝘀𝗼𝗻𝘀 (1-7) 𝗾𝘂𝗶 𝗺𝗼𝘁𝗶𝘃𝗲𝗻𝘁 𝗹𝗲𝘀 𝗳𝗲𝗺𝗺𝗲𝘀 𝗮̀ 𝗾𝘂𝗶𝘁𝘁𝗲𝗿 𝗱𝗲́𝗳𝗶𝗻𝗶𝘁𝗶𝘃𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗹𝗲𝘂𝗿 𝗰𝗼𝗻𝗷𝗼𝗶𝗻𝘁 𝘃𝗶𝗼𝗹𝗲𝗻𝘁:
• Savoir qu'il existe de l'aide pour elles et leurs enfants
• Reconnaître l'impact de la violence conjugale sur les enfants
• Atteindre un niveau de violence qui dépasse leur seuil critique de tolérance (seuil qui diffère d'une femme à l'autre)

La majorité des victimes de violence conjugale ont besoin d'aide pour parvenir à quitter leur conjoint violent. Il existe des ressources pour les victimes et leurs enfants.

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Références
1. Heise, L. et Garcia-Moreno, C. (2002). La violence exercée par des partenaires intimes. Dans E.G. Krug, L.L. Dahlberg, J.A. Mercy, A. Zwi et R. Lozano-Ascencio (Eds.), Rapport mondial sur la violence et la santé (pp. 97-135). Genève: Organisation mondiale de la Santé.
2. Brennan, S. (2011). La violence conjugale auto-déclarée, 2009. Dans Statistique Canada (Ed.), La violence familiale au Canada: un profil statistique (pp. 8-21). Ottawa: Statistique Canada.
3. Gouvernement du Québec (1995). Politique d'intervention en matière de violence conjugale. Prévenir, dépister, contrer. Québec: Gouvernement du Québec.
4. Prud’homme, D. et Riendeau, L. (2004). Contexte de violence conjugale ou chicane de ménage: bien faire la distinction afin de mieux intervenir. Extrait des Actes du 4 ième colloque de l’Association québécoise Plaidoyer-Victimes.
5. Hirigoyen, M.F. (2005). Femmes sous emprise, les ressorts de la violence dans le couple. Paris: Oh ! Éditions.
6. Kelly, J.B. et Jonhson, M.P. (2008). Differentiation among types of intimate partner violence: Research update and implications for interventions. Family Court Review, 46(3), 476-499.
7. Léveillé, S., Chamberland, C. et Tremblay-Renaud, A. (2007). Quand le développement personnel des parents compromet aussi celui de leurs enfants : État de la situation. Dans C. Chamberland, S.Léveillé et N.Trocmé (Eds.). Enfants à protéger, parents à aider: Des univers à rapprocher. Québec: Les presses de l’Université du Québec.
8. Paradis, F., Levaque, R., Théorêt, J. et Langlois, L. (2004). Intervention auprès des victimes de violence conjugale. Trousse de formation à l'intention des médecins en médecine familiale (2 e édition). Beauport: Agence de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de la Capitale nationale, Direction de santé publique.
9. Johnson, M.P. (2014). Les types de violence familiale. Dans M. Rinfret-Raynor, E. Lesieux, M-M. Cousineau, S. Gauthier et E. Harper (Éds.). Violence envers les femmes. Réalités complexes et nouveaux enjeux dans un monde en transformation (pp. 15-32). Québec : Les presses de l’Université du Québec.
10. Stark, E. (2014). Une re-présentation des femmes battues. Contrôle coercitif et défense de la liberté. Dans M. Rinfret-Raynor, E. Lesieux, M-M. Cousineau, S. Gauthier et E. Harper (Éds.). Violence envers les femmes. Réalités complexes et nouveaux enjeux dans un monde en transformation (pp. 33-52). Québec : Les presses de l’Université du Québec.
11. Johnson, M.P. (2006). Conflict and control: gender symmetry and asymmetry in domestic violence. Violence Against Women, 12(11), 1003-1018.
12. Johnson, M.P., et Leone, J.M. (2005), The differential effects of intimate terrorism and situational couple violence. Findings from the National violence against women survey. Journal of Family Issues, 26 (3). 322-349.
13. Lindsay, M. (2014). Actes de violence perpétrés par des ex-conjoints au Canada. Ottawa : Division de la recherche et de la statistique, Ministère de la Justice.
14. Ministère de la Santé et des Services sociaux (2012). Rapport du comité d’experts sur les homicides intrafamiliaux présidé par Gilles Tremblay. Québec : Ministère de la Santé et des Services sociaux.
15. Langhinrichsen-Rohling, J. (2010). Controversies involving gender and intimate partner violence in the United States. Sex Roles, 62, 179-193.