Une boule dans l'estomac, la gorge sèche et l'envie urgente de crier ma colère, je relis en boucle le message de mon ex-conjoint, le père de mes enfants. Lorsque je me suis séparée il y a quelques années, j'étais loin de me douter que tout ceci allait continuer. Presque chaque message comprend des sous-entendus, des menaces subtiles, des accusations ou des insultes... Je me fais traiter de menteuse et remettre sur le nez chaque erreur. Selon lui, je suis folle et c'est le seul argument qu'il utilise pour justifier ce qu'il fait et ce qu'il dit. Il n'y a pas une semaine où j'ai l'esprit tranquille, où je ne surveille pas ce que je dis et ce que je fais afin d'éviter que ça vienne à ses oreilles et que j'aie à faire face à des représailles.

Pendant notre relation, je n'avais pas l'impression d'être victime de violence conjugale, parce qu'il a toujours été subtil. Il a été un fin manipulateur, me laissant croire que c'était moi qui avais un problème. Au fil des années, je me suis sentie de plus en plus étouffer. Prise chez moi avec les enfants alors que lui sortait comme il le voulait. Si je lui faisais part de ce que je ressentais, il me disait que je devais apprendre à gérer ma dépendance affective. Si je parlais à des hommes, même pour des raisons professionnelles, il se mettait à fouiller dans mon téléphone. Il était jaloux et possessif. Lorsque j'ai commencé à vouloir vraiment sortir et lâcher mon fou, il me faisait des commentaires négatifs et me disait qu'il avait honte de moi.

Lorsque je l'ai quitté, j'ai fait face à un autre homme. Il est devenu contrôlant. J'ai carrément été victime de harcèlement. À un certain point, j'avais peur qu'il franchisse un pas de plus et qu'il aille trop loin en me faisant du mal physiquement. Je ne me doutais pas de tout le ravage qu'il avait déjà fait dans ma tête et celui à venir, car avec ce genre d'homme, la violence psychologique n'arrête pas. Il a effectivement franchi le pas, mais pas avec de la violence physique.

Depuis des années, je cherche de l'aide pour que ça cesse. Malheureusement, il existe très peu de ressources pour contrer cette forme de violence, alors je me bats seule. J'essaie de garder la tête haute, garder le cap et maintenir ma priorité qui est le bien-être des enfants. C'est dur de ramer à contre-courant, c'est épuisant et c'est démoralisant. C'est un travail de tous les jours pour ne pas baisser les bras. Mon énergie, je l'utilise presque toute pour me battre et rencontrer des professionnels en espérant recevoir de l'aide, du soutien pour mes enfants et pour moi. La seule aide que je pourrais éventuellement recevoir est celle d'une travailleuse sociale. L'attente au CLSC pour en voir une est interminable. La DPJ ne peut rien faire, alors j'essaie de minimiser les contacts au maximum. Je m'efforce de passer le plus d'informations possible par les avocats, ce qui n'est pas évident étant donné les délais.

Malgré tout, on n’a pas le choix de rester en contact pour les enfants. Chaque échange est pour moi un calvaire. Une source d'anxiété énorme. De voir un texto ou un courriel de sa part génère chez moi des symptômes s'apparentant à une crise de panique. Pas évident de rester neutre! Qu'en est-il de mon estime personnelle? J'ai l'impression d'être une mauvaise personne, une mauvaise mère, car c'est comme ça qu'il me fait sentir à travers tous ses commentaires. Tout ce qu'il fait est orienté dans le but de m'atteindre et me faire du mal. À travers les enfants, mes amis, les avocats ou par les messages qu'il m'adresse personnellement.

Une forme d’aliénation parentale s'est dessinée, mais pas une franche. Une subtile, déviée. Celle qui est dure à détecter et à pointer du doigt. Le bien-être des enfants est affecté, car toute idée venant de moi est perçue comme mauvaise. La signature des deux parents étant nécessaire pour voir certains professionnels, la tâche est ardue pour arriver à voir les spécialistes dont l'enfant a besoin.  Quand je réussis à voir les spécialistes en question, ceux-ci me confirment ce que je pense; les enfants sont affectés et ont besoin de soutien. Leur père est rusé pour leur mettre des choses dans la tête et présenter le beau côté de la médaille aux autres lorsqu'il s'agit de lui. Les gens se retournent alors contre moi, supposant que je suis le côté moins doré alors que je fais des pieds et des mains pour le bien-être de mes enfants.

J'ai souvent appris par une tierce personne qu'il a essayé d'agir subtilement sans que je le sache pour des choses qui nécessitent mon consentement.  Il m'arrive également quelques fois d'apprendre par des amis communs qu'il enquête sur moi pour vérifier si ce que je lui ai donné comme information est vrai, pour essayer de prouver que je lui ai menti. Peu importe ce que je fais, il m'attend au tournant. Il place subtilement ses pions un peu partout et il avance. La plupart des gens ne s'en rendent pas compte. J'ai fini par voir clair dans son jeu et j'arrive même à prédire le but de ses actions, qui est souvent dévoilé des mois plus tard.

Je me sens démunie et épuisée. Mais je me dois d'être patiente et d'attendre que le peu d'aide disponible aux victimes de violence psychologique post-conjugale me soit offerte. Je dois être patiente pour aller de l'avant et espérer pouvoir enfin respirer librement sans avoir peur qu'on me couple le souffle au détour.

Livia Bernier

auteure et blogeuse

Fougueuse et passionnée, Livia a un regard vif sur la violence conjugale et les agressions sexuelles qu’elle met au service de la cause. Elle donne un coup de jeune et de fraîcheur à des problématiques vielles comme le monde.